Facebook et les Gafa face à leurs responsabilités

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La firme a dû témoigner devant le Congrès et montrer qu'elle avait pris la mesure des fake news (fausses nouvelles) dans le contexte des polémiques sur la propagande russe. Plusieurs anciens cadres de Facebook se sont dits horrifiés devant le Frankenstein que les ingénieurs ont créé, de façon plus ou moins consciente.
La firme a dû témoigner devant le Congrès et montrer qu'elle avait pris la mesure des fake news (fausses nouvelles) dans le contexte des polémiques sur la propagande russe. Plusieurs anciens cadres de Facebook se sont dits horrifiés devant le Frankenstein que les ingénieurs ont créé, de façon plus ou moins consciente. (Crédits : Michael Dalder)
[ ÉDITO ] Facebook investit en France, merci. Mais ne soyons pas dupes ni naïfs : si le réseau social fondé par Mark Zuckerberg se montre aussi généreux, c'est bien sûr parce que la France brille dans les nouvelles technologies, mais aussi parce que Facebook a un besoin urgent de montrer patte blanche et d'amadouer les pouvoirs publics. Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction de La Tribune.

Bien sûr, il faut se féliciter des annonces faites lundi par Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, lors de sa venue au sommet « Choose France » organisé à Versailles par Emmanuel Macron en prélude au forum de Davos. La firme a prévu d'investir dans notre pays 10 millions d'euros supplémentaires pour l'antenne parisienne de Fair, le laboratoire consacré à l'intelligence artificielle dirigé depuis New York par le Français Yann LeCun, devenu une véritable star, c'est important à l'heure de la bataille mondiale pour l'IA. L'accord pour former 50.000 chômeurs au numérique aussi, tant il est certain que là se situent les métiers de demain. Et voir l'une des rares dirigeantes de la Silicon Valley lancer un programme d'accompagnement des femmes entrepreneures, baptisé « She Means Business », est essentiel dans un secteur dominé par un machisme techno-geek anti-moderne. Facebook va aussi financer en France dix serveurs de dernière génération destinés à des organismes de recherche ou à des startups pour leur donner accès à la puissance de calcul nécessaire à l'âge de la data : en 2016, l'Inria, l'ENS et l'Université Pierre-et-Marie Curie en avaient bénéficié.

Ne soyons ni dupes ni naïfs

Mais ne soyons pas dupes ni naïfs : si le réseau social fondé par Mark Zuckerberg se montre aussi généreux, c'est bien sûr parce que la France brille dans les nouvelles technologies, mais aussi parce que Facebook a un besoin urgent de montrer patte blanche et d'amadouer les pouvoirs publics - dans tous les grands pays - après une année 2017 marquée par la multiplication des polémiques à l'égard des Gafa. D'ailleurs, Google aussi investit en France, avec 300 recrutements en 2018, la création d'ateliers numériques dans quatre villes en régions afin de former 100 000 personnes au digital.

À Versailles, Sundar Pichai, le nouveau PDG de Google, a aussi promis à Emmanuel Macron de créer en France un centre de recherche fondamentale, à l'image de celui de Zurich, pour développer la recherche en IA dans les domaines de la santé, de l'environnement, des arts et des sciences. Là encore, un bel hommage à l'attractivité de l'Hexagone et au dynamisme de son écosystème, encore confirmé par la forte présence de startups françaises de toutes les régions de la French Tech au salon CES Las Vegas.

L'hyperpuissance des Gafa

Tout cela est bel et bon à prendre. Mais cela ne suffira pas pour éteindre les critiques qui montent à l'égard des Gafa. Plus le temps passe et plus il apparaît que Google (Alphabet), Apple, Facebook et Amazon, les quatre géants du Net, dont l'addition des capitalisations frôle les 3 000 milliards de dollars, plus que la production annuelle de richesse de la France, sont devenus trop puissants. Et 2018 pourrait bien être l'année d'un grand tournant dans l'attitude des États à l'égard de ces monstres du numérique.

L'Europe, qui a été complètement colonisée par les géants de la Silicon Valley, commence à mener cette bataille, sur deux fronts. D'abord, le front fiscal, car le numérique soulève la question de la disparition des frontières. La France est à la pointe de ce combat, menaçant d'une taxe sur le chiffre d'affaires si un accord n'est pas trouvé dans les deux ans. Le deuxième front est celui de la concurrence, avec une offensive principalement ciblée pour l'instant sur Google, qui a conduit la Commission européenne à infliger au groupe une amende record.

Nouveau front

Un autre front est en train de s'ouvrir, celui du danger que font peser des réseaux sociaux comme Facebook pour le fonctionnement de la démocratie. Aux États-Unis, où Facebook est le premier diffuseur d'informations, l'élection présidentielle de 2016 a servi de révélateur.

La firme a dû témoigner devant le Congrès et montrer qu'elle avait pris la mesure des fake news (fausses nouvelles) dans le contexte des polémiques sur la propagande russe. Plusieurs anciens cadres de Facebook se sont dits horrifiés devant le Frankenstein que les ingénieurs ont créé, de façon plus ou moins consciente. L'acte d'accusation est multiforme : diffusion de fausses informations, enfermement des utilisateurs dans des « bulles idéologiques » par le jeu des algorithmes, appels à la haine.

L'Allemagne prévoit une amende de 50 millions d'euros pour tout contenu litigieux qui ne serait pas supprimé dans les vingt-quatre heures, et en France, Emmanuel Macron envisage de légiférer pour aller jusqu'à déréférencer des contenus, voire supprimer des comptes, ce qui pose la question pas évidente de la censure d'État.

Facebook cherche la parade

Facebook cherche la parade en investissant massivement, non seulement dans les technologies, mais aussi dans les hommes : 10.000 personnes sont chargées de la surveillance du réseau pour répondre aux sollicitations de plus en plus nombreuses de retrait de contenus. Mais le sujet est en réalité plus global : la culture du clic, du « like » (le « j'aime »), à laquelle poussent les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, a des effets non maîtrisés sur notre cerveau, celui des plus fragiles en premier lieu. L'addiction au mobile et l'addiction aux réseaux sociaux vont de pair et nul ne sait très bien mesurer l'impact de cette « virtualisation » sur notre vie en société.

Facebook a en tout cas bien entendu le message : pour ne pas se voir attribuer la responsabilité d'éditeur, ce qui le tuerait, le groupe créé à Harvard par Mark Zuckerberg veut redevenir ce pour quoi il a été créé et a connu un tel succès : un réseau social favorisant les interactions entre ses membres. Ce qui vaut pour Facebook vaut pour tous les Gafa et leurs équivalents : un grand pouvoir implique une plus grande responsabilité. C'est cette prise de conscience qui commence, mais si elle est bienvenue, elle arrive bien tard. Trop tard ?

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Commentaires
a écrit le 01/02/2018 à 11:04 :
"Facebook et les Gafa face à leurs responsabilités", pensez vous qu'elles se sentent responsables de quoi que ce soit? Seul ceux qui "consomment" sans se poser de question sont responsables mais malheureusement accrocs pour ne pas s'en apercevoir!
a écrit le 31/01/2018 à 21:50 :
La responsabilité passe par «  la réparation « 
La réparation ce n’est pas «  forcément «  des créations de «  postes » pour «  nouveaux tests »
Mais un «  remboursement «  en faveur de la jeunesse mondiale ... que certains réseaux ... ont fait ... une orientation... vers le «  faux »
Pendant que «  eux » ont «  booster «  leur évolution...

On l’impression » encore » d’etre Dans un théâtre de «  dupes »


Le problème vient de la «  base « 
La théorie «  matérialiste « 
C’est le problème de l’humanité .
a écrit le 31/01/2018 à 18:33 :
Ce qui n'est pas à la pointe c'est le site de La Tribune qui n'a toujours pas découvert AJAX pour mettre à jour ses myriades de pub par page ... pendant que l'on est en train de lire ou voir une vidéo!
Avant de parler technologie, il faudrait peut-être être à jour...
a écrit le 31/01/2018 à 16:57 :
Gafa voit l’étau se resserrer de plus en plus dans le monde. Le mot d’ordre, ces entreprises doivent payer des impôts là où elles font des bénéfices. Certes les impôts n’on pas évolué pour traquer ce genre de services internationaux. Mais la faille a été trouvé, et gafa fait tout pour calmer la tempête : investir dans certain pays stratégiquement agressifs
a écrit le 31/01/2018 à 10:21 :
Tandis que les médias de masse sont fortement remis en question à cause de leur compromission totale vis à vis de leurs propriétaires actionnaires c'est un haro sur facebook et les réseaux sociaux qui soit disant produisent des mensonges.

Quand les médias nous ont répercuté en grands pompes les déclarations de sarkozy affirmant que les paradis fiscaux c'était fini ils ne se posaient pourtant pas autant de question.

Quand Takhiédine accusait ouvertement sarkozy, les médias ont prit la défense de ce dernier essentiellement, pareil avec Courroy et-c...

Bref tandis que nos médias de masse sont particulièrement concentrés à nous parler de la vraie vérité, les méchants milliardaires du net eux nous mentent en permanence.

La fabrique à opinion aujourd'hui est en pleine forme. Si on fait un tour de presse d'ailleurs ça ne m’étonnerait pas que cette messe soit dites dans de nombreux autres médias de masse.

On nous prend pour des gonds incapables de différencier la vérité du mensonge, c'est plus pratique pour nos dirigeants politiques et financiers, forcément...

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