Transmission d’entreprise familiale, un mâle pour un bien
Sophie Iborra

L'éducation et la lutte contre les stéréotypes, partout et tout le temps, sont probablement le préalable indispensable.
La Tribune
Sophie Iborra

L'éducation et la lutte contre les stéréotypes, partout et tout le temps, sont probablement le préalable indispensable.
La Tribune
Dans les dix prochaines années, quelques 600.000 entreprises devraient, soit être reprises, soit être condamnées à fermer boutique. La cause ? L'âge de leurs dirigeants actuels, majoritairement des hommes. Seuls 10% de ces repreneurs sont des femmes. Or, elles sont près de 40% à créer leur propre structure. La part des transmissions familiales représente environ 30% des sessions toutes tailles d'entreprises confondues. Un véritable vivier d'opportunités pourtant encore souvent réservé aux descendants plutôt qu'aux descendantes.
Et si transmettre une entreprise familiale, revenait avant tout à transmettre le pouvoir ? Au moment de passer la main, le dirigeant, en bon père de famille, veut s'assurer que son entreprise, sera entre de bonnes mains. Pas question de céder ce bien précieux à n'importe qui. La dimension affective y est centrale. Ainsi, le père, car il s'agit souvent d'un homme, aura tendance à chercher son successeur en la personne qui lui ressemble le plus. Il n'est donc pas rare que les filles soient écartées de la transmission. En cause : ces fameux biais inconscients ou un manque de modèle de référence. Résultat, la majorité des cédants ou transmetteurs privilégient souvent le fils, le gendre ou même le neveu plutôt que leur fille.
Alors « faut-il tuer le père » ? Pas si simple. Et pour cause, les stéréotypes sont tenaces y compris dans la sphère familiale. Les déconstruire dans une relation père-fille peut être complexe, et parfois, risqué. Au-delà d'une transmission patrimoniale, il s'agit bien d'une transmission du pouvoir qui, de facto, n'est pas naturelle surtout pour les anciennes générations.
De ce fait, les filles, victimes des mêmes biais, préfèrent souvent laisser la place à leur frère ou à leur mari qu'elles considèrent plus compétents pour reprendre le flambeau familial Syndrome de l'imposteur, quand tu nous tiens ! Elles veulent bien prendre leur part dans le joyau familial mais en se limitant, souvent, à des fonctions support comme le marketing ou la communication et encore quand elles restent à bord du navire.
On ne le répétera jamais assez, l'éducation et la lutte contre les stéréotypes, partout et tout le temps, sont probablement le préalable indispensable pour ouvrir le champ des possibles et s'assurer que le genre ne soit pas un facteur déterminant, même inconscient, au moment de transmettre l'objet de (presque) toutes les convoitises. Cela vaut pour la cellule familiale, mais aussi pour l'ensemble des parties prenantes (famille, salariés, banques, clients, partenaires etc.).
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Il faut peut-être, aussi, revaloriser l'image du repreneuriat familial en luttant, par exemple, contre cette petite musique qui tendrait à sous-estimer les compétences et le mérite d'un « héritier » et, a fortiori, d'une « héritière » souvent stigmatisés comme « fils ou fille à papa ». Reprendre le flambeau lorsqu'on est « la fille de » ne va pas de soi. Bien souvent, le fondateur à la barre depuis de nombreuses années a su imposer un style et une certaine une autorité. Or, on sait bien que pour beaucoup, les femmes ne l'incarnent pas. La présomption d'incompétence est forte, en particulier lorsqu'il s'agit d'une activité dite « masculine ». Les femmes ont donc à combattre un double frein, celui de leur légitimité et celui de leur autorité.
Certains diront qu'en plus, ce sont bien les filles qui ne veulent pas s'engager. Soit. Alors, peut-être que les encourager à reprendre l'entreprise familiale, c'est d'abord les impliquer dès le plus jeune âge dans cette aventure familiale. C'est partager avec elles une histoire, une identité, une passion commune, en leur laissant une juste place sans idées préconçues, ni conclusions trop hâtives sur leurs envies et leurs aspirations futures. On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
De la même façon, nous aurions, tous et toutes, intérêt collectivement à faire connaître et à valoriser les avantages à se lancer dans cette démarche (qu'ils soient économiques, financiers, fiscaux ou sociaux) en mettant, notamment, en lumière les nombreux rôles modèles qui ont ouvert la voie. Enfin, accompagner les cédants, repreneurs et forces vives de l'entreprise, de préférence par quelqu'un d'extérieur à la famille, quelqu'un qui connaît bien le fonctionnement de ce type d'entreprise, et la stratégie des PME qui sont majoritaires dans ces transactions, pourraient en faciliter le processus.
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Mesdames, même si la reprise d'une entreprise familiale peut sembler difficile et lourde de responsabilités, elle peut, aussi, être source de grandes satisfactions et de cohésion familiale. Fille ou garçon, quelle que soit l'activité du bien commun, c'est surtout l'occasion de poursuivre l'œuvre d'une ou même de plusieurs générations en mettant votre touche, en apprenant autant que possible et en faisant surtout ce que vous aimez.
Sophie Iborra
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