La recette du cuistot Macron : par ici la bonne soupe...

 |   |  1084  mots
Ce mercredi 27 septembre, le président recevait 180 chefs étoilés à l'Elysée.
Ce mercredi 27 septembre, le président recevait 180 chefs étoilés à l'Elysée. (Crédits : Reuters)
Le premier budget de l'ère Macron propose à l'économie française un choc d'offre audacieux, mais dont l'efficacité reste à démontrer. Le gouvernement l'a équilibré en amplifiant les mesures en faveur des ménages modestes et en ayant la main moins lourde que prévu sur la baisse de dépenses.

« Je ne lâcherai rien »... « Ne lâchez rien »... Parmi les gimmicks de l'ère macronienne, on trouve souvent, entre deux « en même temps », cette expression - ne rien lâcher - qu'il répète à l'envi pour ponctuer ses discours, comme celui sur l'Europe prononcé mardi à la Sorbonne, ou ce mercredi lors du déjeuner des grands chefs pour le Bocuse d'Or, qui a opportunément eu lieu le jour même que la présentation à Bercy de son premier budget. Pendant que ses ministres de droite de Bercy, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin assuraient au petit-déjeuner le service après-vente d'un projet de loi de finances déjà amplement connu, le président recevait à déjeuner 180 chefs dans la grande salle des fêtes de l'Elysée, en compagnie de Guy Savoy, Yannick Alléno, Anne-Sophie Pic et Dominique Crenn, auteurs d'un menu savoureux en hommage à Paul Bocuse : huîtres Gillardeau crème glacée à la livèche, en mise en bouche ; langoustines du Guilvinec et ananas fermenté ; soupe d'artichaut à la truffe noire et « oreiller de la belle basse-cour »... De quoi en avoir l'eau à la bouche.

Les engagements tenus

« Ne lâchez rien », a donc réaffirmé le chef de l'Etat devant les ténors de la gastronomie française, « de votre exigence, mais continuons à l'expliquer, à la donner à voir, parce que je suis convaincu que, derrière cela, il y a une place pour nos jeunes en grand nombre et il y a une dignité dans cette excellence » (il parle de la cuisine française...). Parlait-il ainsi aussi pour lui-même, et pour le pays, dans une évocation inconsciente de son budget 2018, le premier acte fort de son quinquennat après les ordonnances réformant le marché du travail ? Le parallèle est audacieux, mais tentant, ne serait-ce que par la concordance des temps. Soyons sûrs d'une chose : le président est évidemment convaincu que son premier budget pose les bases de la reconquête économique de la France. Ce texte, qui occupera le Parlement tout l'automne, est tout entier le reflet des engagements de campagne du candidat dont il faut reconnaître qu'il est parvenu, après quelques couacs d'été, à les tenir tous.

Le test du "ruissellement"

Chacun se fera, selon sa sensibilité, son idée quant à savoir si « tout est bon dans ce budget Macron »... Une chose est sûre, et c'est plutôt bon signe, tout ce que Macron avait dit qu'il fera figure dans ce projet de loi de finances. Suppression de l'ISF, remplacé par un IFI immobilier d'un rendement cinq fois moindre, "flat tax" sur les revenus du capital avec un prélèvement forfaitaire unique de 30%, baisse de 33,3% à 25% de l'impôt sur les sociétés : par ici la bonne soupe, diront les « grincheux » et tous ceux qui ne voient dans ces mesures qu'un cadeau fait aux riches et ne croient pas aux vertus de la théorie du « ruissellement » qui veut que l'argent (des riches) peut (aussi) faire le bonheur (des pauvres), s'il est investi en France pour créer de l'activité et de l'emploi. "Reviens, Florent Pagny", s'est écrié le ministre des Finances en apprenant que le jury star de The Voice s'était « barré » au Portugal. Beaucoup sont sceptiques, à juste titre sur la réalité de ce retour des riches, inspiré de la courbe de Laffer qui dit qu'à partir d'un certain niveau, l'impôt tue l'impôt et l'activité. Pour la première fois, on va donc pouvoir tester en grandeur réelle les vertus du "ruissellement". Si les riches reviennent en effet investir en France, ou déjà cessent de partir et créent de activités nouvelles dans notre pays, alors la suppression de quelque 3 milliards d'euros d'ISF n'aura peut-être pas été vaine. A suivre donc...

Éviter l'indigestion

Mais comme dans tout plat un peu épicé, il faut aussi que le chef prévoit de la douceur et de quoi étancher la soif de ceux, plus nombreux, qui réclament leur part à la table du festin. Ce budget en porte la marque, surtout dans sa communication, qui met le « pouvoir d'achat » au cœur de ses « éléments de langage » : ainsi, les salariés au smic peuvent-ils compter sur l'équivalent d'un treizième mois d'ici la fin du quinquennat du fait de l'ensemble des mesures prévues : transfert cotisations salariales sur la CSG, exonération de taxe d'habitation, prime d'activité... représenteraient ainsi un gain net de 1.425 euros en 2022 pour un smicard célibataire. Ah, la belle opération de com' pour tenter de faire avaler les mauvaises nouvelles ! Car il y en a dans ce repas, comme la hausse de la fiscalité sur le diesel, le paquet de cigarettes à 10 euros, les APL... autant de mesures qui peuvent avoir leur justification, mais qui toucheront fortement les ménages modestes.

L'équilibre de la recette Macron suffira-t-il à nous éviter l'indigestion ? Ladite recette repose sur deux piliers : l'accélération du choc d'offre entamé sous François Hollande avec la création du CICE (politique inspirée par le conseiller Macron), avec un budget très « business friendly » selon le langage utilisé à "En Marche" ; et un soutien, plus modeste, de la demande, avec des mesures pour les ménages ciblées sur les plus modestes et qui pourraient contribuer à soutenir la reprise. Une grosse tranche d'investissement, une couche de soutien à la consommation, le tout saupoudré d'une prévision de croissance plutôt prudente pour 2018, avec un soupçon de chance, cela pourrait marcher.

Ajoutons le plat de résistance, la confirmation du retour du déficit de la France sous les 3% du PIB, « allegro ma non troppo », qui va enfin permettre au pays de sortir de la procédure de déficit excessif engagée par Bruxelles. La chance du cuistot Macron, c'est que, dans la concoction de ce budget, il bénéficie d'une conjoncture favorable, qui alimente ce que Jacques Chirac avait appelé en 2000 une « cagnotte » fiscale imprévue et bienvenue : grâce à de bonnes rentrées d'impôt sur les sociétés et de TVA, divine surprise, le déficit tombe dès cette année à 2,9% du PIB (Merci Hollande et Sapin...) et le budget 2018, équation réputée « impossible » en juillet est, ô miracle, moins « austéritaire » que prévu en septembre, avec seulement 16 milliards de baisse des dépenses publiques et 7 milliards de baisse des impôts. C'est qu'il ne faudrait pas gâter la sauce, Mr Magic Macron !

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 28/09/2017 à 11:56 :
J'attends la même réception pour les "resto du coeur" "les maraudes des rues" avec au menu les mêmes plats qui sont servis quotidiennement à ceux qui ne "sont rien"
a écrit le 28/09/2017 à 11:35 :
Les riches échaudés par d’incessants changement de notre fiscalité , vont certainement réfléchir avant de remettre de l'argent en France. Pour les retraités qui ont travaillé pour avoir une pension correcte, Macron adopte une attitude de dédain , un retraité riche avec 1400 e par mois ? Pour le reste, les communes compenseront forcément le manque de rentrées fiscales. Vive Jupiter.
a écrit le 28/09/2017 à 10:58 :
Titre vulgaire traitement superficiel du dossier. Où va la Tribune?
Réponse de le 28/09/2017 à 12:09 :
A volo....
a écrit le 28/09/2017 à 9:31 :
"Un choc audacieux" ??? Ah ben ouais : plus des dizaines de milliers de chômeurs depuis l'arrivée de micron à l'élysée ! Déjà qu'il avait fait ses "preuves" (hummmm) alors qu'il "gérait" (ah oui ?) l'économie française sous hollande... Un choc ? Certes. Mais surtout un incroyable choc socio-économique que les petits franchouillards vont se prendre en pleine gu... Mais qu'on on élit un dangereux illuminé avide de pouvoir et de servir ses petits copains de la finance et de l'industrie, à quoi (de bon) faut-il s'attendre ? Ah oui : encore une chose ... Après avoir été le candidat qui a le plus dilapidé l'argent au cours de sa campagne électorale au cours de laquelle il a enchaîné phrases vides et discours creux, micron est encore en train de creuser à vitesse grand V la dette de la france. Ce sont ses successeurs qui seront heureux de l'avoir ainsi vu creuser la tombe socio-économique de la france...
a écrit le 28/09/2017 à 9:07 :
"qui veut que l'argent (des riches) peut (aussi) faire le bonheur (des pauvres), s'il est investi en France"

ET il est étrange que personne ne dise la réalité, à chaque fois que les états font des cadeaux aux riches, ces centaine de milliards partent directement dans les paradis fiscaux, c'est marrant cette habitude qu'ont nous élites et leurs médias d'oublier cet énorme sujet qui est en train d'anéantir les économies mondiales ?

Ah mais oui c'est suis je bête, "les paradis fiscaux c'est terminé" comme nous a dit notre si extraordinaire président sarkosy.

"Merci Hollande et Sapin..."

Pourtant ils n'arrêtent pas de nous dire et leur cohorte de prêtres et autres inquisiteurs néolibéraux que c'était un budget "insincère" ?

Bref on nous prend pour des gonds.
a écrit le 28/09/2017 à 8:13 :
" ...il y a une place pour nos jeunes en grand nombre et il y a une dignité dans cette excellence " .... quand le verbiage prétentieux remplace l'efficience !
... un label LREM !
a écrit le 28/09/2017 à 7:50 :
Il faut taxer l'énergie. Il n'y a pas d'autre solution.
a écrit le 27/09/2017 à 22:43 :
La cuisine du cuistot Macron c'est plutôt le style nouvelle cuisine:
Comme disait Philippe Bouvard:
"Le propre de la nouvelle cuisine est de vider le portefeuille sans remplir l'estomac."

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :