Les femmes sauveront-elles l’Amérique ?
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Rarement une élection américaine aura autant exacerbé les passions et suscité autant de fascination et d'appréhension. Alexis de Tocqueville, dans son essai De la démocratie en Amérique, publié en 1835, spéculait sur les dangers de la démocratie, qui pourrait dégénérer en despotisme. La campagne pour élire le 47e président des États-Unis semble confirmer cette terrible prédiction.
Il y a cinquante ans se déroulait le combat de légende entre les boxeurs Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa. Cet affrontement entre les deux poids lourds constituerait presque un échange d'amabilités et une discussion de salon au regard de la violence et des insultes qui ont caractérisé les dernières semaines du duel entre Kamala Harris et Donald Trump. L'un qualifie sa rivale d'« handicapée mentale » et l'autre son opposant de « dérangé ».
Pour la candidate démocrate, les clés de la Maison-Blanche passent par une surmobilisation de l'électorat féminin, qui selon les sondages lui est pour les deux tiers acquis. Elle devra faire mieux que Hillary Clinton, dont l'échec en 2016 s'explique en partie par l'incapacité à entraîner un vote féminin massif en sa faveur. Paradoxalement, Kamala Harris, née dans un milieu modeste d'un père d'origine jamaïcaine et d'une mère venue d'Inde, apparaît comme la candidate des élites.
Pas sûr que l'appui tapageur de Taylor Swift, Beyoncé et autres stars de Hollywood soit décisif et rende populaire l'ex-sénatrice de Californie. Tandis que Donald Trump, le milliardaire, l'homme de la Trump Tower, à New York, le fils d'un richissime promoteur immobilier, se veut le héraut et le défenseur des gens ordinaires, des habitants des moyennes et petites villes, souvent oubliées de la croissance et du rêve américain.
D'ailleurs cette élection de tous les paradoxes révèle les clivages entre tenants des traditions et partisans de l'émancipation, entre féministes et virilistes... Ces fractures dans la société ne manquent pas de réjouir dirigeants russes et chinois, trop heureux de voir une démocratie américaine en lambeaux. Incapables de donner au monde l'exemple d'un État apaisé, uni et accueillant, les dirigeants politiques américains risquent de voir le rôle de conscience et de gendarme du monde leur échapper.
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L'Amérique, qui s'apprête donc à vivre des heures cruciales, avec un vote très serré et probablement contesté, va devoir vite tourner la page de cette campagne haineuse. Le pourra-t-elle ? Make American Democracy Great Again, voilà pourtant le défi de la première puissance mondiale. À moins que l'élection de Donald Trump ne la fasse basculer dans le monde des régimes autoritaires, comme l'a laissé entendre celui qui a déjà été président. En 2021, il a quitté le pouvoir sans avoir reconnu sa défaite et après avoir incité ses partisans à envahir le Capitole. Près de quatre ans plus tard, l'esprit de vengeance n'est pas compatible avec la démocratie.
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