Vers la fin de la rente du nationalisme pétrolier

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Des employés de Rosneft.
Des employés de Rosneft. (Crédits : Reuters)
La décision inattendue de la Russie de céder une partie de la compagnie pétrolière Rosneft, avant l'introduction en Bourse d'une partie du capital d'Aramco, la compagnie publique saoudienne, montre que la privatisation du secteur est en marche.

La faiblesse des prix du baril ces dernières années et la volonté de décarboniser l'économie pour lutter contre le réchauffement climatique redistribuent les cartes dans le secteur pétrolier.

C'est dans ce contexte qu'il convient d'apprécier la vente de quelque 20% de la compagnie publique russe Rosneft, pour 10,2 milliards d'euros. Les acheteurs sont l'une des plus importantes sociétés de négoce de matières premières de la planète, Glencore, et le fonds souverain du Qatar.

Le PIB de la Russie va se contracter de 1,5%

Certes, Moscou avait manifesté sa volonté de privatiser le géant russe, qui extrait 5 millions de barils par jour, soit deux fois et demi la consommation quotidienne de pétrole en France. La Russie a en effet un besoin impératif de recettes pour soutenir un PIB fragile qui devrait baisser de 1,5% cette année.

Mais la décision est aussi politique car la rente générée par le pétrole va s'amenuiser avec la montée en puissance d'autres sources d'énergie comme le gaz naturel, les renouvelables et le nucléaire. C'est donc maintenant qu'il convient d'amorcer une transition vers une économie plus diversifiée.

1.000 milliards de dollars

L'exemple le plus frappant est celui de l'Arabie Saoudite. Les autorités ont annoncé en début d'année leur volonté d'introduire une partie du capital de la compagnie pétrolière publique, l'Aramco, en Bourse en 2017. Le royaume est en train de lancer nombre de réformes pour faire évoluer son modèle économique et compte sur les recettes que pourrait générer ce qui s'annonce comme la plus importante introduction boursière de tous les temps - la valorisation de la société pourrait atteindre 1.000 milliards de dollars ! - pour financer son développement.

L'accord récent sur un plafonnement de la production de l'Opep obtenu pour faire remonter les cours vers les 60 dollars, tant voulu par l'Arabie Saoudite, n'est d'ailleurs pas tout à fait neutre. Plus le prix du baril sera élevé, plus l'Aramco sera valorisée.

Cette ouverture des compagnies nationales pétrolières - les deux plus importantes du monde - est-elle le signal d'une prise de conscience que l'âge de l'après-pétrole a commencé? On peut le penser même si ce processus prendra du temps. Mais il risque de s'accélérer. Et il n'est pas sûr que tous les pays producteurs puissent mener à bien cette transition au mieux.

Le Venezuela, exemple emblématique

L'exemple emblématique est le Venezuela qui est déjà au bord du chaos économique et traverse une grave crise sociale. L'opposition a d'ores et déjà annoncé que si elle revenait aux affaires, elle privatiserait PDVSA, la compagnie pétrolière publique.

Pour autant, la privatisation n'est pas une opération évidente à mener. Ainsi, fin 2012, le nouveau pouvoir au Mexique avait dit vouloir libéraliser le secteur énergétique et ouvrir le capital de la Pemex, la compagnie nationale, au bord de la faillite. Mais à ce jour le processus n'a pas pu être mené à bien. D'une part, en raison des oppositions politiques et de l'état d'une société exsangue et mal gérée, aux effectifs pléthoriques, et d'autre part, en raison du fort ralentissement des investissements dans le secteur pétrolier et du prix bas du pétrole.

L'avenir risque d'être difficile pour nombre de compagnies publiques qui à la différence des entreprises privées sont focalisées sur la nécessité de rentabiliser au mieux des investissements lourds et qui s'inscrivent sur le long terme.

La productivité élevée des puits américains

Sans compter que la révolution du « fracking » aux Etats-Unis, freinée par les prix bas du baril, n'est pas finie. Non seulement le président Donald Trump entend assouplir la législation sur l'exploitation locale mais certaines données font état d'une augmentation de la productivité des puits pétroliers américains. Aujourd'hui, 400 puits pompent autant que les 1.150 actifs au début de 2013.

L'âge d'or du nationalisme pétrolier est bel et bien terminé. Et Ryad et Moscou l'ont compris.

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Commentaires
a écrit le 09/12/2016 à 13:34 :
Heu... Vous ne pensez pas que cette privatisation c'est plutôt profiter du fait que les cours remontent un peu pour vendre mais au final savoir que l'avenir du pétrole est derrière lui plutôt ?

Nous sommes au sein d'une économie financiarisée et donc guidée par la seule pensée courtermiste, cela me semble quand même plus plausible comme explication.
a écrit le 08/12/2016 à 23:29 :
Ces privatisations traduisent le fait que l'AS et la CEI cherchent du cash sans alourdir leur dette, même si les situations fondamentales des deux pays ne sont pas comparables. On a connu ça en France dans les années 80 à 2000.

Poutine a mené la Russie à une quasi faillite et sa dette peu crédible du fait des sanctions internationales et du poids énorme du lobby militaire, elle n'a pas le choix de ne pas vendre.
L'Arabie Saoudite pourrait emprunter et même beaucoup mais il s'agit d'un choix stratégique, elle souhaite investir dans l'économie mondiale. Avoir des actions un peu partout dans les bourses du monde est bien plus sûr qu'un puits de pétrole. Les Koweiti l'ont bien expérimenté quand Saddam a envahi leur pays, les obligeant à fuir et l'a quitté en laissant des milliers de puits en feu.
a écrit le 08/12/2016 à 20:20 :
décarboniser l'économie ???? (2eme ligne) c'est grave à ce point???

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