La Blockchain est-elle réellement un gouffre énergétique ?

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Sébastien Bourguignon.
Sébastien Bourguignon. (Crédits : DR)
Si le Bitcoin fait fantasmer de nombreux "mineurs", persuadés que la fortune est à une portée de clic, la réalité est moins réjouissante. Car la fabrication de cette monnaie virtuelle coûte cher à notre planète. La réduction de son empreinte environnementale est donc au cœur des enjeux de son développement. Par Sébastien Bourguignon, directeur-conseil et influenceur digital chez Margo.

Si la Blockchain soulève de nombreux débats, son caractère énergivore est actuellement particulièrement discuté. Alors que vient de s'achever la semaine du développement durable, il est légitime de faire le point sur la question du potentiel impact environnemental de cette technologie, à la base des oppositions entre pro et anti-Blockchain.

Comparons ce qui est comparable

Le point dur sur lequel achoppent les experts concerne une des nombreuses fonctionnalités de certaines blockchains, notamment celles du Bitcoin et de l'Ethereum, numéro un et deux mondiaux : leur algorithme de consensus, et plus précisément, l'algorithme "proof of work" engageant leur plus grosse consommation d'énergie. Demandant une importante puissance de calcul, de par la nécessité de résoudre des équations cryptographiques complexes faisant appel à des machines très spécialisées, le mécanisme de consensus engendre en effet des coûts énergétiques importants. Si l'on ne prend pour exemple que le Bitcoin, la blockchain aujourd'hui la plus critiquée sur ce sujet, celle-ci dévorerait l'équivalent de la consommation électrique annuelle de l'Irlande, ou encore de la production électrique de 4 centrales nucléaires, et plus d'électricité que 159 pays dans le monde, soit environ 30,25 TWh d'électricité (2017).

Pour autant ces chiffres sont à prendre avec précaution, l'approche scientifique leur faisant globalement défaut, notamment en ce qu'elle manque encore grandement d'analyse comparative avec la consommation énergétique d'autres industries. Pourtant, citons quelques exemples éclairants : une seule requête sur le moteur de recherche Google équivaut à la consommation d'énergie d'une ampoulée allumée pendant une heure ! À eux seuls, les data-centers du géant américain font ainsi tourner pas moins de 14 centrales électriques ! Mieux encore, en 2013, une étude rapportait la consommation du web à l'équivalent de la production électrique de 30 centrales nucléaires, les data-centers consommant quant à eux près de 3% de l'énergie mondiale. Enfin, si l'on doit étudier en détail cet "or digital" qu'est le Bitcoin, comparons-le donc à la production... d'or justement ! Cette dernière nécessite 310.000 MJ/Kg soit un besoin en énergie de 86.112 KWh. À raison de 2.700 tonnes d'or produites par an, le coût énergétique de cette production (233 TWh) représente presque 8 fois celui de la consommation annuelle de Bitcoin...

Plutôt que de condamner, innovons vers plus de durabilité

Si les chiffres parlent d'eux-mêmes, à l'heure de la préparation de la COP24 il est bien entendu difficile de défendre complètement cette consommation qui, si elle se veut toute relative, on l'aura compris, demeure pourtant trop élevée. Réduire l'empreinte technologique des blockchains, plutôt que la combattre, là est aujourd'hui le véritable enjeu. Et en la matière, les progrès sont fulgurants. Pour exemple, les machines réalisant le minage (validation des transactions) sont aujourd'hui 2,5 fois plus efficaces en consommation d'énergie que la génération précédente. La recherche d'optimisation va jusqu'à pousser les mineurs à s'installer dans des pays où la température ambiante permet d'éviter les processus de refroidissement par des installations trop énergivores. En parallèle naissent de nouvelles fonctionnalités (Lightning Network, notamment) permettant de réaliser des transactions pair-à-pair, ne prévenant la Blockchain principale que du résultat final, et d'en limiter par conséquent le volume et donc la consommation énergétique relative.

Si Bitcoin est assurément énergivore, nul ne le contredira, non seulement elle est loin d'incarner à elle seule tout l'écosystème de la Blockchain, mais la réduction de son empreinte environnementale est également bien au cœur des enjeux de son développement. Si les preuves de cette évolution restent donc très attendues, veillons à ne pas occulter, par la lumière faite sur ses points faibles actuels, les bénéfices réels d'une telle technologie et l'horizon d'innovation qu'elle est en mesure de nous ouvrir. Il serait dommage de la condamner, à peine née...

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(*) Par Sébastien Bourguignon, directeur conseil et influenceur digital chez Margo.

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Commentaires
a écrit le 08/06/2018 à 18:12 :
le monde est fou :

d’un côté on nous rabâche qu’il faudrait économiser l’énergie et de l’autre coté ... innovation d’une monnaie virtuelle qui dépense l’énergie comme 4 centrales nucléaires...

ou est le «  bon sens » ?
Réponse de le 10/06/2018 à 17:09 :
Justement, Bitcoin est beaucoup moins énergivore que le système monétaire officiel.
Réponse de le 04/08/2018 à 10:23 :
@Rocou : peut-être... mais en tout cas pour le moment il s'y RAJOUTE jusqu'à preuve du contraire.

Et avant que l'un remplace l'autre, l'eau aura coulé sous les ponts... Continuons de regarder ailleurs.

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