Le développement durable et le développement personnel sont étroitement liés

OPINION. Le chemin vers la transition bas carbone de la société passe par des changements de comportements majeurs. Pour y parvenir, le développement personnel offre une palette d’outils efficaces et sous-estimés. (*) Par Valérie Mas, co-dirigeante et co-fondatrice de WeNow, PME française spécialiste de l’écomobilité.

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Réduire sa consommation passe par le fait de ralentir, pour prendre les bonnes décisions, souligne Valérie Mas.
"Réduire sa consommation passe par le fait de ralentir, pour prendre les bonnes décisions", souligne Valérie Mas. (Crédits : Arthur Minot)

L'environnement est devenu le premier souci des Français, devant la santé, d'après une récente étude, et ce malgré la pandémie actuelle. Aurait-on déjà gagné une première bataille sur le climat, celle de la prise de conscience par le grand public ? Les institutions publiques comme les entreprises sont toutes à la recherche de solutions innovantes pour modifier durablement nos comportements, tant les progrès à accomplir pour réduire notre empreinte écologique restent immenses. « La pollution de la planète n'est qu'un reflet d'une pollution psychique intérieure », écrit l'auteur et coach spirituel Eckart Tolle. Le développement personnel porte en germe des solutions pertinentes pour nous aider à passer à l'action en faveur de l'environnement. Voici pourquoi.

Parce qu'il est question de changer nos comportements

Le développement durable, comme le définit le rapport Brundtland, est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Des états aux entreprises en passant par les individus, tous ces acteurs du changement doivent progresser dans leurs actions pour réduire notre empreinte collective.
Pourtant, le rôle des individus est plus important qu'il n'y paraît. Ce sont les individus qui gouvernent, avec leurs peurs, leurs egos, leur envie de se faire réélire. Ce sont des individus qui dirigent et font fonctionner les entreprises, avec leurs habitudes, leurs contraintes financières. Et ce sont les individus, encore, qui consomment, plébiscitent certains produits. Nous avons besoin d'individus qui changent eux-mêmes pour faire changer le système. Or différentes études sociologiques ont démontré qu'une poignée d'individus déterminés suffit à faire basculer les masses, 16 % selon certaines études. Ces observations rejoignent aussi le principe sociologique des 10%, constaté par Malcolm Gladwell et baptisé « Tipping Point » (« Point de bascule »).

Ces individus déterminés ont pris conscience des enjeux et ont réussi à dépasser leurs contraintes personnelles pour agir différemment. Des individus qui ont mené une démarche personnelle de réflexion, de remise en question de leurs croyances, de leurs idées. Une démarche exigeante, car il n'est pas facile de s'extraire des pressions sociales, du regard des autres, de la pression des actionnaires ou encore de la pression électorale. Ces individus présents à tous les niveaux de la société ont tous en commun une chose : ils ont pris - et prennent régulièrement - le temps de réfléchir, de se questionner profondément eux- mêmes sur leurs valeurs et le sens qu'ils veulent donner à leur vie. C'est précisément le principe du développement personnel.

Le développement personnel est le travail que l'on opère pour devenir la meilleure version de soi-même. Cette démarche, chacun la réalise progressivement avec l'âge. Le développement personnel propose une démarche volontariste de travail sur soi-même pour accélérer ce processus. D'après Jacques Salomé, psychosociologue, le développement durable est « toute démarche de changement dans laquelle je prends le risque de m'auto- responsabiliser, en vue de remettre en cause mes modes de pensée, mes croyances, mes certitudes et mes comportements au quotidien. » Il complète : « En devenant un agent de changement pour moi-même, je deviens un agent de changement pour autrui. Je deviens, au sens profond du terme, un être planétaire. »

Or, le développement durable implique de trouver un équilibre entre satisfaction des plaisirs immédiats et pérennité de notre écosystème. Sans cette démarche de changement personnel, difficile de lutter contre la vision extérieure traditionnelle. A grande échelle, le sujet est, certes, très complexe. Pourtant, chacun peut réfléchir à sa propre échelle pour repenser ses priorités, poser des limites. Avoir une vision globale de la gestion de son énergie permet de créer son propre écosystème vertueux. Cela nécessite un type de changements typiquement induits par une démarche de développement personnel.

Parce qu'il est question de rapport au temps

Nous vivons dans un monde en constante accélération dont la consommation est le reflet. Lorsque nous sommes stressés, nous développons des habitudes compulsives (manger plus, scroller sans fin sur les réseaux sociaux...). Inversement, lorsque l'on prend un peu plus le temps, on consomme moins. Il est recommandé aux personnes qui veulent faire un régime et moins manger de poser leurs couverts entre deux bouchées. Au lieu de, machinalement, porter la portion suivante à la bouche, cela permet de reprendre conscience du goût des choses, mais aussi de son état de satiété. Car à manger rapidement, automatiquement, on mange parfois trop. C'est aussi vrai pour nos achats. Si l'on prenait le temps de réfléchir à ce que l'on veut acheter, de désirer ces produits, on achèterait moins et on jetterait moins.

Réduire sa consommation passe donc par le fait de ralentir pour prendre les bonnes
décisions. Nous avons pris l'habitude d'agir de manière instinctive, sans trop réfléchir. Acheter un objet sur un coup de tête, mais finalement inutile. Cliquer sur une commande en ligne pour recevoir un objet sans prendre le temps de réfléchir à grouper d'autres commandes. Le jetable fait partie de nos vies, au point que les masques jetables jonchent aujourd'hui le sol de nos villes. On ne prend plus le temps de s'arrêter et de re-questionner nos choix. En fait, le développement durable interroge fortement notre relation au temps et notre relation au moment présent.

Travailler sur soi implique de prendre du recul et de s'extraire de la routine et des pressions de la vie quotidienne. Mieux, le travail sur soi implique l'expérience de l'impérieuse nécessité de vivre plus intensément le présent pour moins vivre dans cette tension en avant permanente vers le futur. C'est vrai pour les consommateurs, qui ont re-découvert lors des confinements qu'il y avait certaines choses dont ils pouvaient se passer, mais c'est aussi vrai pour les professionnels ou encore les politiques.

Parce qu'il faut activer tous les talents

Nous sommes face à un défi immense : transformer notre société de manière à ce que les générations suivantes puissent vivre aussi bien que nous. Pour y parvenir, tous les talents vont être indispensables.

Or nous avons tous un talent. Ce talent, nous ne le connaissons pas toujours. Nous ne le reconnaissons pas toujours. Parce que nous avons une idée préconçue de ce que doit être un talent, ce qu'attend la société. Parce qu'on nous a appris qu'il était inconvenant de briller. Marianne Williamson a écrit: « Quand nous laissons notre propre lumière briller, nous donnons aux autres la possibilité de faire la même chose. ». Il est de notre devoir à tous d'oser briller et activer nos talents pour les mettre au service de cette grande reconstruction. C'est exactement l'objectif du développement personnel : se découvrir, connaitre ses talents, les cultiver et les faire grandir.

Je suis plus que jamais convaincue que le développement durable passe
impérativement par le développement personnel. C'est d'autant plus indispensable que nous devons changer de modèle de société. Depuis plusieurs siècles, nous avons construit une société basée sur l'idée de la croissance, du progrès, que demain sera toujours meilleur. La croissance est enthousiasmante car elle n'a pas de limite. Viser la réduction est bien moins enthousiasmant. Contrairement à la croissance, la décroissance a une limite finie : le zéro. Impossible de bâtir sur une notion de ce type un modèle enthousiasmant. Et si nous changions de focus ? Et si nous mettions plutôt l'accent sur le développement personnel ? Une notion qui, elle aussi, est infinie ?

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*Valérie Mas est aussi créatrice du podcast « En Route » qui vise à donner envie d'agir en faveur du climat, et auteure du blog etincelle.blog consacré à l'éducation positive.

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Commentaires 3
à écrit le 03/12/2020 à 11:45
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Visiblement il est impératif de construire un nouveau dogme pour passer d'une rente financière a une autre et cela se prépare dés à présent par une publicité suivie de réforme! Il n'y a aucune confiance dans l'adaptation individuelle!

à écrit le 02/12/2020 à 19:05
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"Réduire sa consommation passe par le fait de ralentir, pour prendre les bonnes décisions" Parce qu'avant nous prenions de mauvaises décisions alors que les gouvernements et forces économiques affirmaient le contraire ? non pas possible ! LOL !

à écrit le 02/12/2020 à 16:40
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Entièrement d'accord, le développement du rable perso j'en ai plein le dos. Faut pas me chercher moi.

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