Le quota carbone individuel au secours du climat

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Sur la base d'une estimation de la capacité de la planète à absorber 8 milliards de tonnes de CO2 en 2022, chacun des 8 milliards d'êtres humains recevrait un quota d'une tonne de CO2, soit l'équivalent des émissions d'un vol aller-retour Paris New York.
Sur la base d'une estimation de la capacité de la planète à absorber 8 milliards de tonnes de CO2 en 2022, chacun des 8 milliards d'êtres humains recevrait un quota d'une tonne de CO2, soit l'équivalent des émissions d'un vol aller-retour Paris New York. (Crédits : Reuters)
OPINION. La taxe carbone dans son concept actuel s'avère insuffisante pour remplir ses objectifs. Un quota individuel de carbone établi scientifiquement permettrait en revanche de taxer les pollueurs tout en favorisant les personnes en grande précarité des pays en voie de développement. Par Philippe Géraudel, multi-entrepreneur en nouvelles technologies de l'information et de la communication.

La création de la taxe carbone en France avait un objectif vertueux, inciter financièrement à la réduction de la consommation carbonée. Mais elle négligeait une dimension essentielle: le besoin de justice dans la répartition de l'effort. Le mouvement des gilets jaunes s'est chargé de le rappeler. Alors, quelle solution pour les décideurs publics? Comment poursuivre la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES)? Comment la rendre équitable? Mieux, comment en faire un instrument de diminution des inégalités? La solution existe: le recours à un mécanisme de "quota carbone" individuel échangeable entre individus.

Une responsabilité profondément inégale dans le réchauffement climatique

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, les réductions globales de gaz à effet de serre (GES) décidées lors des conférences des parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s'avèrent un échec depuis 1995, date de la première COP tenue à Berlin il y a 25 ans. Les gains réalisés en émissions de GES au niveau mondial sont systématiquement annulés par l'accroissement des émissions de CO2 engendré par la course à la croissance.

Reste une piste : réduire très rapidement ces émissions en agissant dès maintenant sur la consommation individuelle de biens et de services. On le sait, cette consommation est profondément inégale et varie considérablement entre habitants des pays riches et habitants en grande précarité des pays en voie de développement. La responsabilité des uns et des autres dans le réchauffement climatique n'est pas comparable et l'équité exige d'en tirer toutes les conséquences. Pour y remédier, chaque individu recevra annuellement sur son "compte carbone" la même quantité de droits d'émission de GES, sorte de "droit de tirage". Ainsi, à titre d'exemple, sur la base d'une estimation de la capacité de la planète à absorber 8 milliards de tonnes de CO2 en 2022, chacun des 8 milliards d'êtres humains recevra un quota d'une tonne de CO2, soit l'équivalent des émissions d'un vol aller-retour Paris New York, alors qu'une baguette de pain représente 140 g de carbone et un kilomètre en voiture diesel 250 g.

Le pollueur sera le payeur

Une place de marché mondiale négociera directement les quotas de carbone disponibles entre les acheteurs qui dépassent leur quota et les vendeurs qui n'utilisent pas la totalité du leur. Un Européen qui rejette en moyenne 8 tonnes de carbone par an sera ainsi obligé d'en acheter 7 tonnes. Pour être dissuasif, le prix de chaque tonne supplémentaire sera progressif suivant un barème à ajuster chaque année.

Avec une progression (indicative) du type  2e tonne=37€, 8e=226€, 16e=870€, 20e=1360€, les huit tonnes de l'Européen lui coûteront 828€ ,soit 2.27€/jour, les 16 tonnes de l'Américain 5.240€ ,soit 14,36€/jour, les 20 tonnes du Koweïtien 9.910€, soit 27.15€ /jour. Les plus grands "pollueurs" apprendront ainsi à leurs dépens à réduire leurs émissions de CO2. Autre effet bénéfique, les industriels se verront fortement incités à réduire le bilan carbone de chaque article produit afin de rester compétitifs en rejet de CO2 comme en prix.

Une arme contre la pauvreté

En contre partie, les personnes en grande précarité des pays en voie de développement, faibles consommatrices de biens et services, verront leur pouvoir d'achat augmenter significativement. Leur tonne de carbone sera divisée en 20 lots de 50kg qui seront mis sur le marché suivant 20 prix décroissants allant de 1.360€ la tonne pour le 20ème lot à 37€ pour le 2ème. Ainsi, à titre d'exemple, la vente de leurs 10 lots les plus chers leur rapporterait 1,28€ par jour, celle de 18 lots 1.35€ par jour.
Ces sommes sont non négligeables si l'on veut bien se rappeler que 780 millions d'êtres humains vivent avec moins de 1,71 € par jour.

Toujours sur la même base théorique, la seule contribution de moins de 100 millions d'Européens suffirait à apporter ce supplément de 1.35€ à ces 780 millions d'humains très pauvres. Chaque compte carbone sera géré comme un compte bancaire et les transactions comptabilisées en euros et en grammes de CO2 rejetés, 1 baguette de pain étant égale à 1€ et 140g de CO2.

Les conditions d'une véritable résilience de la planète

Progressivement, grâce à ce cercle vertueux, s'enclenchera une diminution des inégalités sociales et environnementales entraînant dans son sillage amélioration de niveau de vie, d'accès à l'éducation, de santé publique, de natalité et réduction des migrations, des famines, des épidémies, etc. Sur la base d'une capacité d'absorption de carbone par la terre demeurant constante, d'une croissance démographique maîtrisée et d'une poursuite des efforts écologiques, l'espoir est réaliste d'une régénérescence de notre écosystème.

La création du "quota carbone" ne sera pas suffisante: il restera indispensable d'inciter et soutenir par des "primes carbone" substantielles le développement des économies
d'énergie, de l'économie circulaire, des énergies renouvelables, de l'agriculture responsable et du contrôle des naissances dans les pays en voie de développement.

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Commentaires
a écrit le 19/06/2020 à 23:56 :
Bonjour, juste pour répondre qu'une large majorité de scientifiques s'accorde sur l'impact anthropique du changement climatique, il est a présent PROUVE que le CO2 et autres CH4, NOx, H2O permettent un effet de serre qui rend notre planète habitable, sans cet effet de serre notre planète aurait une température moyenne identique à celle de la lune (environ -18°C). Les données enregistrées dans les roches sédimentaires carbonatées ou les glaces nous renseignent sur l'évolution des températures d'une part ainsi que sur la composition de l'atmosphère et on peut remonter à plusieurs centaines de milliers d'années (on pourra évoquer les cycles de Milankovitch). Mais iIl a fait beaucoup plus chaud sur notre planète il y a déjà plusieurs millions d'années et le contexte a favorisé le stockage du CO2 dans la matière que nous exploitons actuellement sous forme de ressources énergétiques fossiles, restituant ainsi ce CO2 à l'atmosphère et accentuant la situation climatique de réchauffement. "Jardinier" vous faites preuve de mauvaise foi, les optimums observés peuvent tout à fait correspondre à des cycles naturels (activité solaire par exemple) mais complétés par des évènements ponctuels dont on peut ignorer l'existence par manque de données (ce qui n'est pas le cas par exemple du minimum observé au XVIII°s par une activité volcanique particulière). Dans l'ensemble, nous avons une idée assez bien établie et prouvée des facteurs qui influencent le climat (pas la météo hein!) et les activités humaines par les modifications de la composition atmosphérique ne sont pas négligeables. L'idée de quotas de CO2 ne serait qu'un début de changement de paradigme. Ne serait il pas plus RAISONnable à l'échelle globale de préférer une indexation des valeurs marchandes sur un coût environnemental que sur la quantité d'un métal ?! Sans avoir une connaissance profonde ni profane des sujets économiques et environnementaux tout en conciliant l'égalité des êtres humains, il peut sembler assez logique d'adapter notre mode de vie à sa compatibilité avec le climat.
D'un point de vue expérimental je tiens à répondre à "jardinier" que des modèles (obsolètes?) élaborés et utilisés pour le rapport Meadows des 60's ont été éprouvés par la REALITE, le modèle avait prédit l'évolution climatique que nous connaissons avec notre libération de CO2. On peut noter qu'il est assez rare de disposer d'une telle épreuve des faits vis à vis d'une modélisation.
D'être peu convaincu de l'idée de quotas pour éviter de devoir changer son train train est une chose, nier la réalité et ses responsabilités vis à vis de l'enjeu climatique en est une autre. Vous autres climatosceptiques ne semblez pas avoir le courage d'assumer que ce qui vous dérange le plus n'est pas l'impact anthropique sur le changement climatique mais bien le changement idéologique que la situation impose. Pour prendre l'analogie d'une Terre malade, vous êtes au stade du déni, vivement l'acceptation pour que l'on puisse avancer.
a écrit le 19/06/2020 à 0:07 :
La mise en place de ces quotas me semble inévitable, n'en déplaise aux commentateurs climatosceptiques présents ici. Il existe des modèles prédictifs depuis maintenant 50ans et dont les scénarios ont pu être éprouvés par l'expérience du réel (rapport meadows des 60's). Peut-être reste il quelques incompréhensions parcellaires (on retrace et comprend assez bien les changements climatiques des au moins 100 000 dernières années, le principe de l'effet de serre qui n'est pas une théorie puisqu'il devrait faire en moyenne la même température sur terre que sur la lune...bref). Voyons une opportunité de changer un tant soit peu nos habitudes pour vivre mieux et longtemps.
a écrit le 18/06/2020 à 8:06 :
Non Mr WIKI, tous les scientifiques sont loin d’être d’accord sur les causes du changement climatique et de la tendance au réchauffement que nous observons. Certes et particulièrement en France, nous n’avons droit qu’à un seul son de cloches via les média et une poignée de climatologues (toujours les mêmes!) mais cela ne signifie aucunement que des scientifiques ne s’interrogent pas sur les lacunes et les incohérences notoires de la théorie actuelle de l’effet de serre (nom qui constitue en soi déjà une tromperie) et de l’importance jouée par le CO2.
Cette théorie est sensée prédire l’avenir mais n’explique pas les évènements climatiques observés dans le passé : ce qui est pour le moins ennuyeux!
Comment expliquer vous en effet les épisodes climatiques observés au cours des 3000 dernières années (épisodes chauds comme les optimums médiéval et romains par exemples ou froid comme le minimum de Maunder?)
Au jour d’aujourd’hui, il n’existe aucune preuve expérimentale formelle que le réchauffement observé est dû essentiellement dû à l’augmentation des taux de gaz carbonique dans l’atmosphère. Si vous en connaissez une faites nous en part !
a écrit le 17/06/2020 à 18:29 :
Dans le genre n'importe quoi, je crois que cet article bat tous les records.
Réponse de le 18/06/2020 à 6:42 :
Effectivement, la bêtise qui bat son plein dans de nombreux articles de nos beaux journaux nationaux trouve là un pic tout à fait exceptionnel.
Mais c'est dans l'air du temps, on s'habitue à tout: il suffit d'insister sans vergogne!
a écrit le 17/06/2020 à 11:21 :
Oui
On pourrait presque assister à une nouvelle évangélisation au prétexte d’un dieu carbone.
Comme ci les Koweïtien avaient un quelconque problème avec le carbone!
Oui, à trop réfléchir, ces pseudo intellectuels vont réinventer le fil à couper le beurre et l’eau tiède!
a écrit le 17/06/2020 à 11:01 :
Il est plus facile de taxer, avec monnaies sonnantes et trébuchantes, que de permettre le recyclage naturel du carbone... une nouvelle rente se met en place!
a écrit le 17/06/2020 à 9:52 :
Encore une réglementation très contraignante en vue, alors que les fondements scientifiques sont très controversés. Encore une mesure qui favorisera les riches pouvant payer. Nos libertés disparaissent devant les contrôles en tous genres. Supprimez donc les humains et créez des zombies qui accepteront tout ! Et combien de nouveaux ponctionnaires pour mettre cela en oeuvre ? Franchement il y a des "pseudo-intelligents" qui feraient mieux d'aller cueillir des fraises.
Réponse de le 17/06/2020 à 21:47 :
Fondements scientifiques controversés ? Vous êtes scientifique? Parce que tous les scientifiques sont d’accord sur le fait que les émissions de CO2 doivent diminuer. Quant à la comptabilité, on comptabilise bien les euros lorsqu’on achète un produit. Dans un monde moderne comme le nôtre, on doit pouvoir savoir faire. C’est une manière de remettre un peu d’égalité entre ceux qui ont pollue pendant des siècles et ceux qu’il ont exploités

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