LA CHRONIQUE DE SOPHIE IBORRA - « Je ne m’étais pas préparée à devenir un symbole » (Axelle Saint-Cirel, chanteuse lyrique)
Sophie Iborra

La chronique de Sophie Iborra
LTD/Ludovic Baron ; Sylvia Galmot
Sophie Iborra

La chronique de Sophie Iborra
LTD/Ludovic Baron ; Sylvia Galmot
Le 26 juillet, jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la chanteuse lyrique de 29 ans, drapée d'une robe Dior haute couture, livre une version bouleversante de l'hymne français sur le toit du Grand Palais et sous les yeux ébahis de plus de 1 milliard de téléspectateurs. Lorsque sa voix de mezzo-soprano résonne dans le ciel de Paris, rien ni personne ne peut troubler ce moment, pas même la pluie, qui s'est invitée au grand dam des organisateurs. Il faut rester concentrée, veiller à ne pas abîmer la robe et dominer ce trac qui envahit la jeune artiste au moment de monter les escaliers du célèbre monument parisien.
Depuis des semaines, dans le plus grand secret, elle prépare cette séquence inédite. Et comme tous les grands, elle doute : « Vais-je être à la hauteur, suis-je la bonne personne ? » Les questions tournent en boucle dans la tête de l'étoile lyrique montante d'origine guadeloupéenne « biberonnée » à la musique classique et au jazz, encore inconnue du grand public. « Il y a tant d'artistes qui auraient mérité d'être là, j'ai eu beaucoup de chance », insiste-t-elle. Lauréate en 2023 de la 5e édition du concours Voix des outre-mer, qui récompense les talents ultramarins, elle tape dans l'œil de Daphné Bürki, conseillère costumes et stylisme de cet événement planétaire en pleine préparation.
Dès lors tout s'enchaîne. Thomas Jolly, directeur artistique des Jeux, et Victor Le Masne, directeur musical des cérémonies, lui proposent d'être la voix de la France et de porter sa devise « Liberté, égalité, fraternité ». Rien que ça ! Née en région parisienne de parents antillais, Axelle Saint-Cirel incarne la diversité des visages de la République. « La pression était au maximum, je ne voulais pas décevoir, mais je ne m'étais pas préparée à devenir un symbole. » C'est à son retour de Malaisie, où elle passe les premières années de sa vie avec sa famille expatriée, que la jeune artiste prend conscience de sa couleur de peau, sans pour autant en faire une identité.
« Par chance je n'ai jamais été confrontée directement au racisme, mais quand je monte sur le toit du Grand Palais, je ne sais pas ce qui va se passer. » Dans un climat politique et social délétère où les questions d'identité sont au centre de tous les débats, elle prend la mesure du message adressé au peuple français. « Il fallait apaiser et rassembler, dit-elle. Notre pays, tout comme la musique, est riche, métissé et pluriel ; incarner cette idée de la France devant le monde a été pour moi un honneur, une fierté, mais aussi une grande responsabilité. »
De ce moment, la cantatrice garde avant tout le goût de l'émotion ressentie en repensant à la petite fille prête à tous les combats pour vivre sa passion pour l'opéra. À 20 h 55, elle ouvre le bal du tableau « Sororité » aux côtés des 10 « femmes en or », toutes combattantes et pionnières des droits des femmes en France. Parmi elles, Olympe de Gouges, Alice Milliat, Gisèle Halimi, Louise Michel ou encore Simone Veil. « C'était totalement incroyable de me retrouver là en tant que femme parmi ces femmes. » La chanteuse est féministe et le revendique. « Tout le monde devrait être féministe », s'exclame-t-elle avant de poursuivre : « Plus je vieillis, plus je m'aperçois que ce combat reste fondamental [...]. J'ai envie de continuer à le porter à mon échelle. »
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

À lire également
Assaillie de messages reconnaissants sur ses réseaux sociaux, elle est saisie par la puissance de l'impact de son image. En choisissant d'assumer ses cheveux naturels, elle décide de ne pas répondre à la norme sociale imposée. Objet de fascination comme de mépris, le cheveu texturé-crépu, frisé ou bouclé demeure encore aujourd'hui un problème dans l'esprit de nombreuses femmes qui gardent le stigmate d'un cheveu inapproprié, sauvage et récalcitrant. « Je savais que le cheveu était politique, mais je n'imaginais pas à quel point c'était aussi important pour toutes ces jeunes filles. » Bien décidée à poursuivre son engagement pour l'égalité, Axelle Saint-Cirel sera le 27 novembre sur la scène de l'Adidas Arena de Paris à l'occasion de l'événement solidaire Nos voix pour toutes. Ce concert, organisé par la Fondation des femmes, réunira une trentaine d'artistes afin de sensibiliser le public à la lutte contre les violences faites aux femmes.
Sophie Iborra
OPINION. « Trente ans d'allègements, et si c'était la courbe le problème ? »
OPINION. « Le bio-manufacturing, prochain tournant stratégique : la France peut-elle se permettre d’attendre »
« Recyclage et réemploi : des enjeux de souveraineté industrielle et écologique »
OPINION. « Asie centrale : la nouvelle frontière économique que la France ne peut plus ignorer »