Travail dominical : en finir avec le cas-par-cas !

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Pierre Gogin milite pour l'égalité et la liberté d'ouvrir son magasin le dimanche, sans préférences sectorielles. Mais veut aussi des compensations pour les salariés qui se portent volontaires. | DR
Pierre Gogin milite pour l'égalité et la liberté d'ouvrir son magasin le dimanche, sans préférences sectorielles. Mais veut aussi des compensations pour les salariés qui se portent volontaires. | DR (Crédits : DR)
Le virulent débat sur le travail du dimanche ne finira que quand les pouvoirs publics arrêteront les différenciations sectorielles. Par Pierre Gogin, président délégué de la Fédération Professionnelle des Entreprises et Vice-Président du Conseil du Commerce de France.

Le débat permanent sur l'ouverture des commerces le dimanche, avec ses contentieux réguliers, démontre que cette question concerne nos vies privées, l'éducation de nos enfants, nos loisirs, interroge sur la place du travail, se place au cœur des évolutions de nos sociétés et des technologies de communication, mais aussi renvoie à l'efficacité de l'entreprise et donc à l'emploi. Il est de ce fait illusoire d'envisager de régler le problème posé hors cette globalité des enjeux.

Et l'égalité commerciale ?

La question de l'ouverture des commerces le dimanche doit d'abord être regardée du point de vue du consommateur. Force est de constater que la législation actuelle vient le limiter ou l'orienter dans sa fonction d'acheteur : oui au verre à la terrasse d'un café, oui au cinéma, oui à l'achat d'une plante, mais non à celle d'un vélo ou d'une perceuse, oui à l'achat d'un meuble de salon mais non à celle d'un four à micro-­ondes. Et plus grave : oui à vos achats sur internet, mais non à ceux en magasins !

Cette incohérence devient ubuesque et il n'est donc pas étonnant que les consommateurs soient désormais près de 70% à souhaiter plus d'ouvertures des commerces le dimanche. Écoutons les!

Arrêtons le cas par cas et écoutons les chefs d'entreprises

Et arrêtons le saupoudrage de réponses règlementaires sectorielles qui ne mènent qu'à des frustrations et des ruptures d'égalité du commerce. Si des magasins de meubles peuvent ouvrir le dimanche il faut bien sûr le permettre aussi à ceux de l'électroménager. Et puisque rien n'empêche une jardinerie, autorisée actuellement à ouvrir, de vendre des vêtements de pluie ou des vélos ou des outils…

Il est illusoire de maintenir une interdiction aux secteurs du bricolage, du sport ou de l'équipement de la personne. Les secteurs ne sont pas étanches entre eux et seule une vision globale du commerce et de la consommation apportera une réponse efficace et durable.

Écoutons également les chefs d'entreprise et les commerçants. Ils disent quasiment tous de leur laisser la liberté d'ouvrir ou pas leurs commerces le dimanche. Ils ne disent pas que tous les magasins du commerce de détail doivent être ouverts. Ils veulent pouvoir jouer à égalité avec les pure-­players d'internet et ne pas dérouler tous les boulevards pour Amazon.com !

Les commerçants et chefs d'entreprises souhaitent simplement rester maîtres de ce qui est bon, opportun ou efficace pour l'entreprise. Et donc pour l'emploi. Écoutons les. Et on verra que, en fonction des localisations et des opportunités, certains commerces ouvriront le dimanche, mais d'autres pas. Certains ouvriront puis fermeront et d'autre le contraire, la souplesse restant un gage d'adaptation et donc d'efficacité.

Pas de travail dominical sans compensations

D'autant plus que cette liberté du chef d'entreprise peut très bien rejoindre celle du salarié.
Le volontariat de celui­-ci pour travailler le dimanche doit et peut être respecté et assuré. Il n'est pas souhaitable d'empêcher l'étudiant de payer ses études. Il est dogmatique de chercher à interdire la mère de famille d'augmenter son revenu dès lors qu'elle peut, par un effet de roulement des équipes, travailler un ou deux dimanches par mois.

Deux conditions doivent simplement être réunies pour protéger le salarié : le vrai volontariat et les compensations. Les compensations salariales du travail dominical doivent être, dans le principe, encadrées par la loi, et devront être mises en oeuvre concrètement par un accord d'entreprise ou de branche. Le principe est de conserver au dimanche son caractère de journée différente des autres, de jour de la semaine privilégié pour la vie de famille, l'éducation, les amis, le repos, les loisirs, le sport. Il faut conserver ce repère sociétal tout en préservant les libertés.

Une réforme globale pour plus de liberté

Pour cela et à l'exception sans doute de certains contrats de travail spécifiques, comme par exemple les contrats saisonniers en zones touristiques, la majoration salariale significative pour travail le dimanche doit être la règle. Jusqu'à présent toutes les réformettes sur ce sujet ont échoué car elles ont été sectorielles et sont venues complexifier la législation.

Celle­-ci doit désormais être simplifiée notamment en revenant sur les arrêtés de fermeture obsolètes et les dérogations sectorielles ou géographiques aux frontières trop floues et contestables. La réforme doit être globale pour le commerce et bien intégrer ces objectifs de liberté des entreprises et des consommateurs, ainsi que de volontariat et de compensations pour les salariés.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2013 à 14:38 :
Le dimanche je reste au lit dans ma couette j'aurais un pensé pour les forçats du dimanche.
a écrit le 29/10/2013 à 13:18 :
Hé bé, que d'agressivité dans les commentaires!

Si le travil du dimanche est assujetti au volontariat et avec des compensations, je n'y voit aucun problème. J'en connais même pas mal dans mon entourage qui seront les premiers à le faire. Cela augmente sensiblement le revenu en ces périodes de crise, ce qui n'est pas négligeables. Cela participerait aussi à une augmentation du PIB, donc de la croissance, donc de la baisse du chômage.

Alors pourquoi nier ces évidences? Au nom d'une habitude née de notre éducation judéo-chrétienne?

A refuser le changement, on se sclérose, et on finit par disparaître prématurément.

Alors choisissez: on libère un peu le carcan pour améliorer globalement notre quotidien, ou on continue à s'enfermer dans nos certitudes obsolètes, et on finira par crever... et certainement bien plus vite que d'aucuns le pensent ici!
a écrit le 29/10/2013 à 11:54 :
allez à munich et dans toute l 'allemagne ! rares sont ceux qui bossent ! essayez de faire du shopping un week end en allemagne comme d'ailleurs en alsace !! c'est la journée de Dieu..
on évoque l'allemagne quand ça arrange !!
bricorama est interdit, castO et leroy merlin autorisés : le même secteur c'est donc injuste ?
QUI S Y RETROUVE ?
a écrit le 29/10/2013 à 8:04 :
Demander à l'administration française une vision globale participe du rêve...
a écrit le 29/10/2013 à 6:57 :
Je travaille le dimanche toute les semaines depuis 10 ans, de plus de nuit.... Aucune majoration ni pour la nuit, ni pour le dimanche, nada. Et les syndicats s'en moque. Et on est des centaines de milliers comme cela....
a écrit le 29/10/2013 à 3:34 :
Ouvrir les commerces le dimanche dans les coins fortement touristiques pourquoi pas, mais ailleurs je ne vois pas bien l'intérêt de la démarche vu que de toute manière que le Français de base dépense ses 100? sur 6 jours ou sur 7, en ligne de compte il n'aura toujours que 100? à dépenser. Et puis quid de la vie familiale? Une journée par semaine réservée à la famille ne me paraît pas excessif.
Réponse de le 29/10/2013 à 5:30 :
@ ptitpere, Et pourquoi vous ne nous laissez pas la liberte de choisir? Y a marre des bobos, des socialo-fachos qui decident a votre place la definition de la famille et de ce qu'elle doit faire de ces dimanches. Vichy, Moscou c'est fini, laissez nous la liberte de decider si je veux faire mes courses le Samedi ou le Dimanche
Réponse de le 29/10/2013 à 5:55 :
Suis d'accord avec vous sur le fait que c'est pénible un Etat qui veut tout réguler, mais dans le présent le problème c'est qu'une fois qu'on donnera le droit aux grandes surfaces et autres d'ouvrir le dimanche, tous les salariés seront obligés de suivre et n'auront pas d'autres choix que d'accepter. Après que le petit commerçant ouvre sa boutique si ça lui chante c'est son buisness c'est son problème, même si personnellement je trouve ça un peu regrettable le chemin que prend l'humanité qui cantonne l'être humain à un rôle de travailleur/consommateur H24 365 jours par an, mais si c'est ce que veulent les gens pour eux-mêmes, libres à eux de mener ce genre de vie. Malheureusement je le répète la majorité des salariés n'ont pas envie de ça et seront obligés de s'y plier quand même.
Réponse de le 29/10/2013 à 8:48 :
@ ptipere, Lorsque vous decidez d'etre Infirmiere, pretre ou cuistot, vous travaillez le Dimanche.
Pourquoi vous trouvez regrettable que les employes des grandes surfaces travaillent le Dimanche ? Non franchement, je ne comprends pas votre logique.
Quand a votre theorie de travailler 24/24h sachez que memes en Chine on ne travaille pas le Samedi et Dimanche dans les entreprises.
Réponse de le 29/10/2013 à 9:52 :
a NY / londres ect ...tout est fermé le dimanche .. si on autorise le travail le dimanche en france, cela deviendra une norme, et nous ne pourront plus y echapper lorsuqe le patron vous demandera de le faire....
Réponse de le 29/10/2013 à 11:04 :
@ Hades, A Londres les magasins sont fermes le dimanche!!??? On parle bien de Londres capital d'Angleterre et pas Londres a cote Aurillac??? Qui vous parle d'autoriser le travail le dimanche? Reveillez vous, le travail le dimanche est DEJA autorise pour le tourisme, l'hotelerie, securite, hopitaux. La question c'est de l'etendre a l'ouverture des magasins, pas plus pas moins. Il faut arreter de dire que c'est la GENERALISATION.
a écrit le 28/10/2013 à 21:12 :
entendu ce matin à la radio :les manifestations pro travail du dimanche ont été orchestrées , financées ,et managées par les enseignes de bricolage.aujourd'hui ,dans les magasins ,il y a conflit entre ceux qui ont suivi les directions ,et ceux qui étaient contre .
a écrit le 28/10/2013 à 20:34 :
Je travaille dans un hypermarché, selon la convention collective du magasin, je travaille le dimanche et je ne suis pas payé plus et ce n'est absolument pas sur la base du volontariat; alors, les gens qui sont pour l'ouverture des commerces le dimanche peuvent venir travailler à ma place si elles le souhaitent...
Moi je suis CONTRE
Réponse de le 29/10/2013 à 5:33 :
@ Pierre, Chiche !? Allez y ! Donnez votre Dem' si vous ne voulez pas bosser, y a pas mal de gens qui veulent bosser a votre place.
a écrit le 28/10/2013 à 20:16 :
Excellent article, mais pourquoi n'arrive-t-on pas à un accord? est-ce si difficile? ça fonctionne parfaitement bien chez les anglo-saxons, sommes nous si bêtes ou si religieux ou si incapable de convaincre? c'est pourtant facile d'organiser dans le cadre des 35heures la possibilité d'ouverture les magasins, avec compensation pour ceux qui veulent bien se soumettre au travail le dimanche.
Ces tergiversations, sont particulièrement agaçantes et démontrent notre incapacité à s'adapter aux besoins de la société dans son évolution.
Que fait le Ministre en charge?

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