Elections européennes : démocratie et influence pour la France

 |   |  1145  mots
(Crédits : DR)
Donner sa voix à un parti contestataire ou s’abstenir aux élections européennes contribue à réduire l’influence française en Europe. par Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, enseignant à Sciences Po. Dans le cadre d’un partenariat Euralia – Fondation Robert Schuman

 Les élections au Parlement européen le 25 mai 2014 permettront aux Français de désigner celles et ceux qui les représenteront à Strasbourg et à Bruxelles pendant cinq ans : elles leur offrent une occasion rare de peser directement sur le fonctionnement de l'Union européenne sur la base d'un choix politique et démocratique mais qui revêt aussi un enjeu fort en termes d'influence nationale.

Une institution de plus en plus stratégique

L'enjeu des élections européennes est de désigner les membres de la seule institution européenne élue au suffrage universel direct, représentants qui s'expriment de plus en plus en fonction de clivages partisans marqués. En outre, il s'agit de désigner les membres d'une institution de plus en plus stratégique pour l'influence exercée par les États qui sont membres de l'UE. Cette influence dépend directement de l'audience individuelle et collective des représentants élus dans chaque pays, qui varie d'abord en fonction de l'appartenance politique des parlementaires désignés mais aussi en fonction de leurs profils personnels.

L'état des lieux de l'influence de la France au Parlement européen laisse apparaître que la France dispose d'importantes marges de progression en la matière, et qui pourront être mises à profit si des avancées sont enregistrées sur ce double registre.

 Pourquoi le « vote utile » est bien utile

Tout d'abord, la présence et l'organisation des élus français au sein des groupes politiques qui pèsent au Parlement européen sont déterminantes en termes de capacité à obtenir des présidences de groupe politique, de commission, de présence dans les commissions influentes, de productivité (le nombre de rapports qu'un député peut obtenir étant variable lui aussi en fonction de l'importance du groupe auquel il appartiendra), etc.

A cet égard, il est donc essentiel pour les citoyens de bien mesurer la nature et la portée de leur vote, afin de se prononcer en toute connaissance de cause. Le caractère « intermédiaire » des élections européennes donne fréquemment lieu à des votes contestataires visant à sanctionner le pouvoir en place, voire les partis traditionnels. Cette contestation peut aussi s'adresser à la construction européenne elle-même, surtout dans un contexte de crise, marquée par une défiance croissante à l'égard de l'Union européenne.

 Un éparpillement des voix dommageable

Lorsque ce vote contestataire profite aux partis de gouvernement qui sont dans l'opposition, il peut utilement renforcer leur poids au sein de groupes influents du Parlement européen. Mais lorsque le vote contestataire profite à de plus petits partis ou à des formations extrémistes, il produit un éparpillement des voix dommageable en termes d'influence nationale, dès lors que les élus de ces partis siégeront dans des groupes dont le poids politique est très limité.

Si le choix d'un vote contestataire est bien sûr parfaitement légitime, ses conséquences en termes d'influence nationale au Parlement européen doivent être mises en évidence. A cet égard, l'importance d'un « vote utile » est d'autant plus grande que le mode de scrutin européen, proportionnel, ne sélectionne pas de lui-même les partis dominants.

 L'abstention n'est pas un choix sans conséquences

Le même raisonnement peut être fait s'agissant de la faible participation aux élections européennes, qui produit elle aussi des effets négatifs du point de vue de l'influence française à Strasbourg et à Bruxelles : elle favorise en effet mécaniquement les partis protestataires, dont l'électorat a tendance à se mobiliser davantage, et qui auront alors un nombre d'eurodéputés supérieur à ce que leur poids politique réel leur permettrait d'envisager. Les abstentionnistes qui auraient choisi de voter pour des représentants appelés à siéger au sein des groupes politiques qui pèsent au Parlement européen doivent donc eux aussi savoir que leur non vote contribue, en partie, à l'affaiblissement de la capacité de la France à peser au sein du Parlement européen.

 Implication et influence des eurodéputés

Par ailleurs, l'influence nationale au Parlement européen peut également être analysée en termes d'implication et de disponibilité des députés. A cet égard, le nombre de députés qui cumulent leur mandat avec un autre mandat local constitue une donnée importante : les élus exerçant un autre mandat bénéficient certes d'un ancrage de proximité dont ne disposent pas les autres députés ; reste que cumuler le mandat de député européen avec un mandat local ou régional, semble a priori le plus sûr moyen de n'y consacrer qu'un temps limité et donc d'exercer une influence réduite.

Or, la France semble se singulariser parmi les principaux pays en termes quantitatifs au Parlement européen par un fort taux de cumul (40,5% pour la France, contre une moyenne de 19,7% pour les six pays que sont l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Italie, la Pologne et le Royaume-Uni).

Le manque de motivation des députés européens

Le débat sur la nomination des têtes de liste pour les prochaines élections européennes a, en outre, accentué le problème du manque de motivation des députés européens. Il est fréquent d'entendre dénoncer le choix de candidats « faute de mieux » et de constater que les élections européennes sont parfois utilisées par les partis afin de « caser » ou promouvoir des militants et responsables partisans pour des raisons liées à la vie interne du parti, plus qu'à la vocation européenne des candidats, ou même afin de « recaser » des recalés du suffrage universel ou du gouvernement.

Analyser la motivation de tel ou tel député ou de tel ou tel candidat est crucial en termes d'influence nationale au sein du Parlement européen. Néanmoins, cette donnée relève pour une grande part de la subjectivité. La notoriété ou bien la capacité à capter des voix, si elles permettent de « grossir » un groupe politique au Parlement, ne garantissent en revanche pas l'implication du futur député. Certes, les contre-exemples sont aussi nombreux pour les députés qui pourraient être qualifiés de « recasés » et qui n'en ont pas moins exercé efficacement plusieurs mandats au Parlement.

Des candidats à la vocation européenne visible

Il semble, à tous égards, largement préférable de voter pour des candidats dont la vocation européenne est visible et dont le parcours est en cohérence avec un mandat au Parlement européen.

In fine, les élections européennes de mai 2014 doivent constituer une opportunité pour prendre au sérieux le choix de celles et ceux qui nous représenteront pendant cinq ans au Parlement européen. Ce sont la démocratie et l'influence de la France à Strasbourg et à Bruxelles qui sont en jeu.

 

Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, enseignant à Sciences Po

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/03/2014 à 18:04 :
jai bien rigolé pour les municipales !! alors pour les européennes on va se marer!!
a écrit le 08/03/2014 à 14:35 :
Clovis n'étant plus enseigné au collège depuis qq années, il est possible que certains lecteurs ne comprennent pas l'expression "souviens-toi du vase de Soissons". Perso, je me souviens très bien des traités signés dans le dos des français, et je rendrai mon avis prochainement sur la question
a écrit le 08/03/2014 à 11:48 :
Moi, j'ai choisi mon camp, le jour où Pôle-emploi a refusé mon inscription parce que ma carte d'identité française était "périmée" !
a écrit le 08/03/2014 à 11:40 :
"Donner sa voix à un parti contestataire ou s’abstenir aux élections européennes contribue à réduire l’influence française en Europe" => C'est certain, il est plus facile de mener un troupeau à la falaise que des brebis revêches !
a écrit le 08/03/2014 à 10:54 :
L'article pointe le manque de motivation des députés européens tout en prônant le vote dit utile (pour le PS et l'UMP, en gros, j'imagine). Or ces partis recyclent à tour de bras leurs bras cassés, leurs ex, leurs rentiers en mal de placements retraite, à l'occasion de ce scrutin !
Non, pour moi, le vote utile pour les européennes est bien l'exact inverse : faire entrer au parlement de nouvelles têtes, motivées et déterminées à mettre en échec la perte absolue de souveraineté de la France (on peut se mettre d'accord pour appeler ça la perte d'influence de la France en Europe), le transfert du pouvoir du peuple vers des pseudo-experts que l'on charge de négocier le traité de libre-échange avec les Etats-Unis ou l'autorisation des OGM... Une majorité euroréaliste et alternative au parlement européen, voilà qui nous serait bien utile, si ce n'est salutaire !
a écrit le 07/03/2014 à 12:00 :
L'article pointe le manque de motivation des députés européens tout en prônant le vote dit utile (pour le PS et l'UMP, en gros, j'imagine). Or ces partis recyclent à tour de bras leurs bras cassés, leurs ex, leurs rentiers en mal de placements retraite, à l'occasion de ce scrutin !
Non, pour moi, le vote utile pour les européennes est bien l'exact inverse : faire entrer au parlement de nouvelles têtes, motivées et déterminées à mettre en échec la perte absolue de souveraineté de la France (on peut se mettre d'accord pour appeler ça la perte d'influence de la France en Europe), le transfert du pouvoir du peuple vers des pseudo-experts que l'on charge de négocier le traité de libre-échange avec les Etats-Unis ou l'autorisation des OGM... Une majorité euroréaliste et alternative au parlement européen, voilà qui nous serait bien utile, si ce n'est salutaire ! Personnellement ce sera avec le bulletin Debout La République, surtout que le parti de Dupont-Aignan a déjà posé les bases d'un futur groupe avec d'autres partis européens
a écrit le 07/03/2014 à 11:04 :
Le ps parcours la campagne avec comme verbatim votez ps pour lutter contre le libéralisme . Ils vont faire un tabac mdr.
a écrit le 07/03/2014 à 10:54 :
Elections Européennes, ils n'ont que ça à la bouche, et pour cause, on miroite un sacré bon poste de député européen qui vient pointer et qui repart aussi sec...mais en ayant sa paye sans bosser! tu parles si ils s'accrochent! et puis de toute façon pour se qu'ils tiennent compte de l'avis des peuples !! rappelons nous le référendum de 2005 ! une HONTE!
a écrit le 06/03/2014 à 21:57 :
M'oublie !!! Référendum de 2005 non respecté !!!
a écrit le 06/03/2014 à 21:35 :
Très bon article et tout à fait exact. Vive l'Europe si contestée par ceux qui voudraient la démanteler alors qu'il faut au contraire aller de l'avant sous forme de Confédération ou proche d'une Fédération et créer une défense commune. L'invasion de Poutine en Ukraine et sa stratégie bien connue chez ses voisins rappelle la très grande importance d'une Europe unifiée et forte.
Réponse de le 07/03/2014 à 10:57 :
elle en prend GUERE le chemin l'europe, très grande "Europe unifiée et forte"! ce n'est pas prêt d'arriver et en attendant cette "très grande Europe utopique", car PAS VOULUE par les oligarques de toutes sortes, les peuples TRINQUENT pendant que eux, boivent !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :