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Pourquoi les taux d'intérêt fixes, exception française, vont perdurer

Photo de Ivan Best

Jérôme Robin

Publié le 08 décembre 2014 à 16:16 - Mis à jour le 09 décembre 2014 à 10:14

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La France de distingue de la plupart des pays par la prééminence des taux d'intérêt fixes, s'agissant des achats d'immobilier. Une habitude dangereuse pour les banques en cas de remontée des taux, mais elles tiennent néanmoins à ce particularisme. Par Jérôme Robin, président et fondateur de Vousfinancer.com

La question est sur toutes les lèvres depuis quelques semaines : les crédits à taux fixes vont-ils disparaitre ? Cette crainte - car c'en est bien une à un moment où les taux historiquement bas soutiennent le marché immobilier - est née de la recommandation du Comité de Bâle de favoriser le crédit immobilier à taux variable. D'après ce comité dont la mission est d'assurer la stabilité et la régulation du système financier mondial, le niveau actuellement très bas des taux fixes crée un risque porté par les banques en cas de remontées de taux. En effet, les banques prêtent actuellement à 2,5 % en moyenne et se refinancent à court terme à moins de 1 %. Toutefois, en cas de remontée des taux Euribor ces prochaines années, elles pourraient être amenées à se refinancer à des taux supérieurs aux taux des crédits immobiliers auxquels seront adossées ces nouvelles ressources... Proposer des taux révisables dont l'évolution est liée aux index Euribor permettrait de transférer ce risque aux emprunteurs.

Les banques pas favorables aux taux variables...

Toutefois, si les banques ont bien conscience de ce problème, elles ont rapidement réagi en adressant une lettre au Comité de Bâle dans laquelle elles s'alarment d'une disparition du taux fixe. Car l'impact pour le marché pourrait être réel : actuellement 96 % des crédits sont accordés à taux fixes. Et si la quasi-majorité des emprunteurs qui ont souscrit des crédits à taux révisables depuis 2008 sont aujourd'hui gagnants - certains bénéficiant actuellement de taux de crédit à 1 % - les Français restent averses aux risques et peu enclins à souscrire ce type de prêts, et même s'ils y ont intérêt.

... en raison de la psychologie de leurs clients

En immobilier, la rationalité n'a que peu de place et c'est davantage la psychologie qui guide les comportements... C'est pourquoi les banques ont conscience que sonner le glas des taux fixes reviendrait à donner un coup de frein à la demande de crédit et donc à se tirer une balle dans le pied... Car le crédit immobilier reste leur principal vecteur de conquête de nouveaux clients, et notamment de jeunes clients avec qui elles vont pouvoir mettre en place une relation de long terme, d'autant que le niveau actuellement très bas des taux d'intérêt minimise le risque de renégociation de prêt à l'avenir. Sans compter que le taux de défaillance sur les crédits à taux fixe est bien plus faible que sur les révisables... On se souvient des conséquences de la crise de 2008 dans les pays d'Europe du sud où des emprunteurs ont vu leurs mensualités décoller...

Les banques ont des solutions pour contrer le risque de hausse des taux

D'autres solutions existent pour contrer le risque de hausse du coût des ressources adossées à ces prêts à taux très bas. Les banques anticipent d'ailleurs d'ores et déjà en demandant des contreparties croissantes aux crédits qu'elles accordent, car les produits d'épargne mais également l'argent disponible sur les comptes courants sont considérés comme des ressources. Les crédits à taux mixtes sont également un bon compromis : à taux fixe sur une première période (3, 5, 7 ou 10 ans selon les offres), ils passent à taux révisables ensuite, à un moment où l'acheteur peut être amené à revendre, mais surtout à un stade où les intérêts représentent une part moindre de la mensualité versée, contribuant à diminuer le risque de hausse de l'échéance pour l'emprunteur.

Ainsi, les taux fixes ne sont pas prêts de disparaître. Et si les taux révisables devaient les remplacer, il faudrait une période de transition suffisamment longue pour faire évoluer les comportements, sans risquer de gripper le marché immobilier. En attendant, les banques feront tout pour défendre les taux fixes. Après tout, n'est-ce pas justement notre modèle Français reposant sur l'octroi de crédit immobilier essentiellement à taux fixes, qui a contribué à la résistance des banques françaises en période de crise ?

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Jérôme Robin

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