Bitcoin à 30.000 dollars ou pourquoi "l'or des fous" crée la surprise

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(Crédits : DADO RUVIC)
OPINION. Le prix du bitcoin a battu record sur record ces dernières semaines, ce qui n'est pas sans rappeler la fin de l'année 2017 où son cours avait flambé avant de s'écrouler. Quel sera le scénario cette fois-ci ? (*) Par Jacques Favier, auteur du site « La voie du Bitcoin » et co-auteur de plusieurs livres, il est l'un des fondateurs du « Cercle du Coin ».

Au tournant de l'année, comme il y a trois ans, Bitcoin aurait donc refait surface dans la mer de l'oubli où certains voudraient le noyer sous les « cryptomonnaies nationales », la technologie « 3615Blockchain » et les formulaires Cerfa, pour en rester à la France, bien placée dans le peloton des champions qui ne connaissent pas d'échecs mais dont les recettes ne marchent pas.

Comme il y a trois ans, après un ébrouement au printemps de 5.000 à 7.000 dollars et un trot d'été au-delà des 11.000 dollars, l'automne a vu l'insolent Bitcoin partir au grand galop vers de nouveaux sommets et dépasser les 30.000 dollars.

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Plus dure sera la chute ? Curieusement la principale différence entre les deux épisodes semble, pour le grand public, le silence des moqueurs. Pourquoi « la monnaie qui rend fou » (Libé le 30 novembre 2017) montait-elle alors, sinon par une folie spéculative qui forcément finirait mal ? « C'est une folie complète ce truc » disait finement François Lenglet le 29 décembre 2017 sur le plateau de C dans l'air. Mais aujourd'hui, même sur les réseaux sociaux où la finesse n'est pas toujours de mise, les plus pittoresques contempteurs ont pratiquement cessé de glouglouter. Quant aux banquiers centraux, ils ont remisé les spectaculaires incantations (N'y touchez pas) pour de sèches notes de bas de page.

Les larmes de crocodile versées en 2018 sur ceux qui, ayant acheté au plus haut, auraient perdu trois fois leur mise (les deux tiers, si l'on maitrise la règle de 3 devraient aujourd'hui en toute logique être réaffectées à ceux qui avaient ensuite vendu au plus bas.

S'il est raisonnable de penser que l'ascension actuelle sera suivie comme les précédentes d'une correction plus ou moins sévère, cette banalité moralisatrice n'épuise pas le sujet et n'empêche même pas de remarquer que les plus bas (le dernier à 3.185 dollars) sont... de plus en plus élevés.

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Depuis trois ans, en vérité, ceux qui n'avaient pas « enterré » Bitcoin, ont suivi sa trajectoire, les yeux rivés sur des graphiques où les cours, en ordonnée, sont exprimés sur une échelle en progression géométrique (1/10/100/1000 dollars etc). Ce type de graphique, auquel les médias préfèrent toujours le spectaculaire tableau à échelle arithmétique et ses montagnes russes, est en réalité le seul qui puisse rendre intelligible, sinon prévisible et gérable à l'aide de courbes de régression logarithmique, la recherche de prix de Bitcoin depuis son humble origine. Bien sûr, il existe des dizaines de lectures de ces courbes, étayées par autant d'indicateurs chiffrés, auxquels les chartistes ajoutent les oracles inspirés du moine mathématicien Fibonacci.

Sur l'axe linéaire du temps, en revanche, bat régulièrement le rythme des halvings, ces moments critiques qui interviennent une fois tous les 210.000 blocs (environ quatre ans) et qui, en divisant par deux la récompense offerte (en bitcoin) par l'algorithme à chaque fois qu'un nouveau bloc est miné, déterminent le ratio entre le flux de nouveaux bitcoins et le stock existant.

Bitcoin

Chaque halving (et le dernier, qui eut lieu le 11 mai dernier, ne semble pas devoir faire exception) inaugure plus ou moins un nouveau rythme de hausse, dont la durée ne semble pas excéder le temps d'une grossesse, avec un sommet qui pourrait se situer quelque part entre 4 et 15 fois le plus bas précédent. Je laisse chacun à son abaque.

Parmi ce que suit la communauté et qui conforte sa confiance, il y a, encore peu perceptible en dehors de l'écosystème, la vie propre de Bitcoin : la résolution de ses imperfections (les propositions d'améliorations, plus de 340 depuis l'origine, énoncées, discutées et pour quelques dizaines acceptées et implémentées sur la blockchain historique) voire des crises que cela peut provoquer (le dénouement par le fork de 2017), la progression du nombre d'adresses chargées (33 millions à ce jour contre 30 au début de l'été et 25 lors du précédent pic) ou du nombre de sites marchands ou de systèmes de paiements ouverts à Bitcoin (Paypal en fin 2020) et évidemment celle de la puissance de calcul total du réseau, véritable élément de souveraineté, pour parler comme les politiques.

Enfin on doit évidemment intégrer les chocs exogènes, autrement dit les craquements annonciateurs d'un possible effondrement d'un système légal qui est celui d'une monnaie faite de dette. Toutes les crises de la dette, bancaire en 2008, nationale en 2013, pandémique aujourd'hui, semblent devoir se résoudre par l'accélération de l'émission de monnaie, sans guère de limite mais non sans conséquences : tout étant plus fragile, tout est plus encadré et surveillé. Il y a bien longtemps que l'argent est confiné en banque.

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Bitcoin est donc un bon trouillomètre. À cet égard il est intéressant de noter que cet « or des fous » a dépassé son précédent sommet même par rapport à l'or (autour de 15 onces contre 12 il y a trois ans). Les "bitcoineurs" enthousiastes des premières années ont été rejoints par les premiers gestionnaires à avoir compris que « trop dangereux » ne signifiait rien et qu'un portefeuille bien diversifié devait désormais incorporer Bitcoin (0,5% ? 3% ?) ce qui suffirait à le propulser bien plus haut. Ils sont aujourd'hui rejoints par les gestionnaires qui font des paris plus offensifs, ou qui sont animés par le FOMO*. Curieusement, alors que l'on n'entend plus parler à l'antenne de la fameuse tulipomania telle que la racontent sottement les économistes, on pourrait voir quelque chose qui ressemblerait à ce qui se passa historiquement à Amsterdam vers 1637 et qui, loin de concerner la foule grossière, n'anima guère que des élites marchandes éclairées découvrant de nouveaux paradigmes. Si tel est le cas, il y aura des secousses, mais comme la tulipe qui enrichit toujours les Pays-Bas, Bitcoin est là pour longtemps et enrichira ceux qui le comprendront.

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*Fear Of Missing Out : phénomène psychologique désignant l'angoisse de manquer quelque chose, et qui contribue à expliquer pourquoi les investisseurs sont plus disposés à acheter quand les cours montent que quand ils baissent.

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Commentaires
a écrit le 06/01/2021 à 10:41 :
Vu tout l'argent virtuel qu'a généré l'économie financière, avec ses paradis fiscaux et ses arrosages massifs des bourses par l'argent public, sans parler de cette aberration totale de l'intermédiaire privé entre les banques centrales et les Etats, le bitcoin n'est il pas une émergence logique vu que ça fait belle lurette que la finance s'est détachée de toute valeur réelle ?

Et encore une fois ce sont les américains qui l'ont compris largement les premiers se faisant encore une fois d'immenses fortunes avec pe,ndant que nous autres européens ne ocurons même pas après, on en est encore à se la raconter. Tout ces papiers pour dire que ça valait rien alors que ce sont ces papiers qui ne valent plus rien dorénavant au final hein...

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