Chine : à quand le tournant vert annoncé ?

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(Crédits : Reuters)
En pleine COP21 que Pékin - et une grande partie de la Chine - vit un de ses pires épisodes de pollution de l'air. Il faut changer de modèle économique, et vite. Mais comment? Par André Loesekrug-Pietri, Président de A CAPITAL Fund @AndrePietri

L'histoire est parfois ironique, voire cruelle : c'est en pleine COP21 que Pékin - et une grande partie de la Chine - vit un de ses pires épisodes de pollution de l'air.

25 fois les taux autorisés par l'OMS, l'obscurité en pleine journée, un paysage urbain digne d'un film de science fiction. Et rien n'y fait : fermetures de milliers d'usines, suspension des constructions, arrêt des poids lourds . L'instruction est claire : tout le monde est incité à rester chez soi.

Au sein même du gouvernement, certains commencent à se rendre compte que des mesures progressives, aussi drastiques soient elles, ne seront pas suffisamment efficaces à la fois sur la pollution, mais aussi pour la montée des eaux, les pollutions des nappes phréatiques ou la qualité des productions agricoles. Même si les discours sont aujourd'hui extrêmement volontaristes, on peine à voir des effets décisifs sur les centrales charbons, le déploiement des véhicules électriques, l'économie circulaire. Le tournant vert tarde a voir le jour, sauf dans les capacités installées en énergies renouvelables - ce qui fait tourner les usines de panneaux solaires chinois. Et alors que la Chine est en pleine urbanisation avec des millions de nouveaux logements construits chaque année, le bâtiment est le grand oublié de la transition énergétique - secteur qui consomme pourtant 40% de l'énergie produite. Ces nouveaux bâtiments seront autant de gouffres énergétiques pour les décennies à venir. Or point de mesure draconiennes vis-à-vis des développeurs immobiliers ou des grands propriétaires de parcs immobiliers.

Un changement de modèle économique nécessaire


C'est un changement de modèle économique qui est nécessaire, mais qui met gravement en danger le modèle économique productif peu efficient en terme de ressources sur lequel est basé le succès de la Chine. On estime aujourd'hui qu'il faut 3 fois plus d'énergie par unité de PIB qu'aux Etats-Unis, 8 fois plus qu'au Japon ! L'enjeu va bien au-delà de la pollution : ce qui se passe devrait probablement devenir une des principales cause de mortalité en Chine et dans les régions 'sous le vent', un enjeu majeur de santé publique, un défi immense en terme d'attractivité économique. Et cela a commencé : on ne compte plus les compétences qui ne reviennent plus, les expatriés qui partent, les millionnaires chinois qui investissent sous des cieux plus cléments. Au moment où l'économie devient une économie de l'intelligence - et la Silicon Valley montre bien à quel point attirer les talents du monde entier est un atout majeur pour toute économie avec des ambitions mondiales - cela devient un obstacle majeur pour la Chine.

Quelles solutions?

Les Allemands au début des années 2000 avaient un problème majeur de compétitivité, le « Standort Deutschland ». Aujourd'hui c'est à présent une course contre la montre dans laquelle est engagée la Chine pour sauver le « China Dream » . Ce n'est même plus une question de volonté ou d'avoir un gouvernement décisif : aujourd'hui, comment sauver la prospérité acquise tout en basculant aussi rapidement que possible dans un nouveau modèle. Malheureusement, personne n'a de solutions convaincantes pour l'instant.

André Loesekrug-Pietri
Président de A CAPITAL Fund
@AndrePietri

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Commentaires
a écrit le 08/12/2015 à 15:17 :
La Cop, conférence globale, est une ineptie, essentiellement à caractère marketing et médiatique, car les pollutions sont locales voire régionales, et très peu globales, nécessitant des réponses adaptées en niveau et en intensité. Le phénomène de "matérialité" perceptible au niveau mondial, n'est que l'extension exacerbée et généralisée de causes et de phénomènes distincts reliés entre eux pour les besoins de la démonstration, afin de convaincre et initier les processus de correction. Cette démarche ne doit pas être étendue aux solutions, sinon cela reviendrait à écraser une mouche avec des gants de boxe. i.e. On ne fait pas sauter 1kmm2 de terrain pour éliminer 10 taupes dans son jardin.
a écrit le 08/12/2015 à 13:28 :
A, laissons les chinois à leurs problèmes, ils sont suffisamment intelligents pour se dépatouiller eux-mêmes. Regardons d'abord chez nous : réseau de transport en commun pauvre, hormis dans les centres-ville, mauvaise transition énergétique : construire des bornes de recharge électriques, quelle galère, sans compter que les capacités de production sont insuffisantes pour alimenter 10% du parc automobile actuel...et il faudra produire bien plus la nuit car les véhicules seront essentiellement rechargés la nuit... Alors que l'hydrogène a une crédibilité bien plus importante d'un point vue réseau de distribution (reconversion des stations actuelles) et pollution rejetée (nulle). Alors avant d'aller regarder à l'autre bout de la planète...

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