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Cop 21: les financements privés, un mauvais calcul?

Photo de Ivan Best

Maxime Combes

Publié le 11 juin 2015 à 06:08 - Mis à jour le 11 juin 2015 à 09:04

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Faire appel au financement d'entreprises polluantes pour boucler le budget de la conférence climatique de décembre (Cop 21) est une erreur: c'est le meilleur moyen d'accréditer l'idée que cette conférence pourrait avoir tout d'une mascarade. Par Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec, @MaximCombes

Pour quelques millions d'euros, François Hollande et le gouvernement ont décidé de confier une partie du financement de la conférence de l'ONU sur le changement climatique (COP21), qui se tiendra sur l'aéroport du Bourget en décembre, à des entreprises décriées pour leurs pollutions et émissions de gaz à effet de serre : EDF, Engie, Air France, Michelin, Suez Environnement, BNP-Paribas. Au risque de polluer les préparatifs de la COP21, conférence voulue « historique », et de susciter un climat de défiance auprès du grand public et d'une partie de la société civile. Le jeu en valait-il la chandelle ?

Faisons les calculs

Le gouvernement se justifie : il faudrait « réduire le plus possible l'addition pour le contribuable ». Pourtant, les chiffres ne sont pas si évidents. Il est prévu que l'organisation de la COP21 (location et aménagement du lieu, sécurité, communication, transport des délégations, etc) coûte environ 187 millions d'euros, répartis sur les budgets 2015 et 2016. Le gouvernement voudrait que 20 % de ce budget, soit environ 35 millions d'euros, proviennent d'entreprises privées. Les premiers sponsors rendus publics le 27 mai devraient apporter 9 à 10 % du budget, soit à peine une quinzaine de millions d'euros, dont une majorité sous la forme de fourniture de services.

Pour se faire une idée, prenons le budget du prochain Euro de football qui se tiendra en France en juin 2016. Son budget est de 1,7 milliard d'euros. Près de 700 millions d'euros, soit près de 40 % du budget, proviennent de fonds publics. Pour l'Euro2016, le contribuable paiera donc quatre fois le budget total de la COP21. Soit près de vingt fois le montant que le gouvernement souhaiterait obtenir des sponsors privés de la COP21. Difficile ainsi d'affirmer qu'il était vital pour les finances publiques de faire appel à des entreprises privées pour financer la COP21.

« Historique » la COP21 ? Oui, au Panthéon des conférences les plus polluées

Un financement 100% public de la COP21 était donc envisageable. Et plus aisé tant le gouvernement peine à obtenir ces quelques millions d'euros. Confier 20% du financement de la COP21 à des multinationales privées est donc un choix foncièrement idéologique. Une idéologie qui conduit à associer l'image d'entreprises « championnes de la pollution » à une conférence que François Hollande souhaite « historique ». En 2013, lors de la conférence de Varsovie, renommée « conférence du charbon » tant la présence des entreprises fossiles était visible, l'ensemble des ONG et associations avaient quitté les négociations. Le gouvernement a donc pris le risque de générer pareille frustration et de faire entrer la COP21 au Panthéon des conférences de l'ONU les plus polluées par les polémiques sur les sponsors privés.

Préserver la COP21 des polémiques n'a pas de prix

Lorsque l'on souhaite organiser une « conférence historique » et laisser « sa trace dans l'histoire », comme le prétendent François Hollande et le gouvernement, encore faudrait-il se donner la peine d'en soigner l'image et de s'assurer qu'une telle conférence ne sera pas polluée par ses sponsors. Or, les Amis de la Terre et Oxfam viennent de montrer qu'EDF et ENGIE rejettent chaque année l'équivalent de près de la moitié des émissions de la France et continuent d'investir dans les centrales à charbon. Suez Environnement - tout comme Engie - est un lobby actif en faveur de l'exploitation des hydrocarbures de schiste là où il faudrait sans doute instaurer un moratoire sur toute nouvelle exploration d'énergies fossiles. Tandis que BNP-Paribas est une des banques françaises les plus impliqués dans le financement des énergies fossiles aux quatre coins de la planète.

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Des entreprises pas nettes sur le plan du climat

Plus aucun article sur la COP21, plus aucune analyse des négociations ne pourra omettre que la COP21 est financée par des entreprises qui ne sont pas nettes sur le plan du climat. On aurait voulu saper la crédibilité de la COP21 et l'adhésion du public à la lutte contre les dérèglements climatiques, s'y serait-on pris différemment ? N'envoie-t-on pas à des citoyens préoccupés par leur vie de tous les jours et peu confiants dans la capacité de ses grandes conférences à résoudre le défi climatique, le message selon lequel cette COP21 ne sera qu'une nouvelle mascarade qui ne mérite guère d'attention ?

C'est là qu'intervient un nouvel argument du gouvernement : ces financements privés seraient la condition pour que ces entreprises s'impliquent et modifient leurs systèmes de production de façon à émettre moins de gaz à effet de serre. Étrange argument. L'État, pourtant actionnaire majoritaire d'EDF et très significatif d'Engie, aurait pu exiger que ces énergéticiens s'engagent, a minima, et avant de financer la COP21, à se retirer de tous les projets de centrales à charbon en cours. Il n'en est rien : contre quelques maigres millions d'euros, le gouvernement a préféré offrir sur un plateau une campagne de relations publiques à des champions de la pollution, qui pourront par ailleurs défiscaliser leurs dons à hauteur de 60 %.

Ce n'était clairement pas le meilleur calcul.

Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec,
@MaximCombes sur Twitter

Maxime Combes

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