Comme chaque année depuis cinq ans, le milieu associatif renouvelle son opération appelée Défi de janvier, inspirée du Dry January britannique. Dès la première édition, en janvier 2020, cet événement a connu un succès un peu inattendu. Il avait été lancé certes de manière enthousiaste mais dans l'improvisation du fait du retrait du soutien de Santé publique France, qui dépend du ministère de la Santé. Certains ont attribué un peu rapidement sa célébrité à cette publicité involontaire que le gouvernement lui a faite en cédant à la pression du lobby viticole. Or d'année en année, la popularité de l'opération ne cesse de croître. En ce mois de janvier 2024, les sondages les plus prudents indiquent que 33 % de la population adulte envisage de faire une pause dans sa consommation d'alcool*. La couverture médiatique est exceptionnelle, intriguant même la presse internationale. Quels enseignements peut-on tirer de cet événement devenu un rendez-vous annuel ? On peut déjà avancer que le rapport à l'alcool a changé profondément dans la société française. Alors que le secteur économique surfait sur la certitude que la consommation, en particulier de vin, était consubstantielle à notre culture, des interrogations, voire des inquiétudes, se sont fait jour à bas bruit. La pédagogie inlassable des acteurs de santé sur les risques et les dommages a fini par infuser dans l'opinion. Peu à peu, l'alcool n'a plus seulement été perçu comme un produit plaisir, mais aussi comme un produit à risque. Ce glissement progressif a formé un terreau favorable à la réussite du Défi de janvier.