Energie renouvelable : le potentiel des eaux usées

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(Crédits : Reuters)
Exploitée encore trop marginalement, le chaleur renouvelable issue des eaux usées suscite un intérêt croissant en France. D'autres pays comme la Suisse ou la Hongrie l'exploitent déjà largement. Par Thierry Martin et Aurélie Gaudillère, co-fondateurs d'Enerlis.

La France s'apprête à entrer dans la phase active de sa transition énergétique. Pour des motifs liés à la préservation de la planète, mais aussi pour des raisons de souveraineté et de sécurité, il nous est devenu essentiel de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. La refonte de notre modèle énergétique est désormais indispensable.

Les énergies renouvelables sont ainsi devenues aussi importantes pour assurer notre indépendance que pour nous prémunir des augmentations annoncées du coût des énergies carbonées. Si les éoliennes et le photovoltaïque sont devenus très visibles, il existe également, sous nos pieds, des ressources insoupçonnées et encore inexploitées.

En France, un potentiel de 2,4 millions de foyers

La récupération de l'énergie fatale dispersée dans les eaux usées n'est rien d'autre que l'application du circuit court à la production énergétique. Une énergie jusque-là négligée est alors utilisée pour produire celle nécessaire au chauffage ou au refroidissement de bâtiments, d'immeubles ou de quartiers. Éprouvé dans de nombreux pays comme la Hongrie  ou la Suisse (avec plus de 300. 000 logements chauffés), le principe consiste à capter la chaleur de l'eau évacuée dans nos égouts, pour la restituer à l'aide d'un échangeur de faible dimension au cœur des bureaux et des logements. Selon Suissénergie, le potentiel total d'énergie ainsi récupérée représenterait 12 % de la consommation en eau chaude du pays. A l'échelle de la France, c'est un potentiel de 2,4 millions de foyers qui pourrait être concerné.

Avec des puissances comprises entre 1 et 8 MW, les centrales de valorisation des eaux usées comblent jusqu'à 100 % des besoins en énergie fossile des bâtiments. Facile à mettre en œuvre, moins contraignante que la géothermie par exemple, cette technologie robuste et d'un entretien aussi simple qu'économique présente l'un des meilleurs retours sur investissement du marché.

Parent pauvre

Enfin, couplées à des sources intermittentes photovoltaïques, ces installations permettent de tendre vers l'autonomie énergétique des bâtiments, présentant, de ce fait, un intérêt considérable pour les activités tertiaires : entreprises, hôpitaux, établissements scolaires, piscines, gymnases et autres équipements publics.

Malgré ses atouts indéniables, la chaleur renouvelable reste le parent pauvre de la transition énergétique dans notre pays, comme le déplorait dernièrement la Cour des Comptes. Une marginalisation en passe de s'achever, devant l'intérêt croissant que lui manifestent, aujourd'hui, les grands acteurs de la filière, le ministère de la Transition Energétique, l'ADEME ainsi que de nombreux syndicats des eaux.

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a écrit le 26/06/2018 à 8:44 :
La rentabilité des opérations de récupération de chaleur n'est possible (et interessante) à obtenir que pour des installations de taille suffisante, quand il existe concommittance des besoins de chaleur et des rejets. Ca concerne donc plutôt l'industrie ou les grands réseaux urbains (rentabilisation difficile !) , même si il existe quelques réalisations en habitat ... La pompe à chaleur pour récupérer la chaleur des parkings : ca fait cher pour peu d'énergie... Quand le parking est à -5, on arrete tout ? Si on n'atteint pas les -5, c'est que la PAC est minuscule donc peu rentable. Opération de démonstration dont je doute qu'elle se multiplie. Quand au photovoltaique associé, c'est bien pour faire du Buzz... quand il y a un distributeur sérieux derrière qui assure l'alimentation avec des centrales classiques et un mix énergetique garantissant la fourniture 100 % du temps.
a écrit le 25/06/2018 à 15:14 :
On voit bien que compter sur le secteur privé pour imposer la pensée écologique n'est pas raisonnable.

Si elle était non financière encore l'économie pourrait s'y adapter mais nos actionnaires milliardaires veulent produire toujours moins cher toujours plus en faisant toujours plus de marge bénéficiaire. On est aux antipodes de l'économie circulaire.

Comment faire entendre deux principes opposés ?
Réponse de le 25/06/2018 à 16:43 :
En fait, c’est justement le contraire de votre déclaration. Toutes les énumérations faites dans l’article sont des initiatives privées ! Au contraire de l’approche française où l’Etat omnipotent doit décider à Paris de ce qui doit ce faire au détriment de ce qui peux ce faire ! Cette prise de conscience de votre État permettra ensuite de dicter des directives contraignantes et souvent contradictoire aux objectifs, comme souvent dans l’énergie renouvelable français (plus grand potentiel européen !). Pour vous donner un autre exemple suisse, les garages en sous sol des collectifs sont maintenant équipés de pompes à chaleur permettant de récupérer la chaleur résiduelle des véhicules ! Cette approche toute simple sera probablement retranscrite en France par une directive gouvernementale (parisienne) dans probablement 30 ans !
Réponse de le 26/06/2018 à 9:32 :
"Toutes les énumérations faites dans l’article sont des initiatives privées "

Et donc où sont les résultats ? Qui s'occupe de les surveiller ?

Quel est le bilan du secteur privé en matière de lutte contre le changement climatique et la pollution svp ?

@ multipseudos, comem d'habitude vous ne comprenez rien de ce que j'écris et n'hésitez pas à venir le proclamer, c'est bien mais c'est bizarre.Toutes les énumérations faites dans l’article sont des initiatives privées

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