Escroqueries liées aux bitcoins : réagissons !

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Sandrine Lebeau est responsable conformité chez Coinhouse (ex-Maison du Bitcoin), William O'Rorke est avocat-associé chez Blockchain Legal.
Sandrine Lebeau est responsable conformité chez Coinhouse (ex-Maison du Bitcoin), William O'Rorke est avocat-associé chez Blockchain Legal. (Crédits : DR)
L'explosion des arnaques aux faux bitcoins, qui inquiète l'Autorité des marchés financiers, préoccupe aussi les acteurs de l'écosystème. Sandrine Lebeau, responsable conformité de Coinhouse, et William O’Rorke, avocat-associé de Blockchain Legal, proposent de créer une task-force, associant autorités et acteurs du secteur.

Depuis plusieurs mois, le phénomène des escroqueries liées aux bitcoins s'est considérablement aggravé. Loin d'être un phénomène marginal, nous avons affaire à un réseau criminel organisé dont les victimes sont nombreuses pour des montants significatifs entraînant souvent des drames familiaux et psychologiques.

Des techniques de manipulations mentales

La principale caractéristique de ce type d'arnaque est l'emploi, par ces auteurs, de techniques de manipulations mentales. Après une inscription sur une plateforme fictive, la victime est mise en confiance par de multiples échanges téléphoniques et des manœuvres sophistiquées (site internet, création de compte en ligne, promesses de rendement important, contrats d'investissement, compte auprès d'établissement bancaire légitime, conseils financiers "honnêtes", etc.). Au fur et à mesure, les escrocs mettent en confiance les clients et obtiennent un investissement progressif de sommes de plus en plus importantes. Au final, les fonds s'évanouissent systématiquement à l'étranger. 
Évidemment, ces techniques de fraudes sont facilitées par la méconnaissance des épargnants français en matière de crypto-actifs.

Des fraudes sophistiquées mises en œuvre par des réseaux mafieux

Malheureusement, ces réseaux mafieux ont déjà fait leurs preuves dans la fraude à la TVA (cf. quotas carbone), aux diamants ou au trading binaire/FOREX (marché des changes). Leurs discours sont imparables et bien rodés mais, à la fin de la relation, lorsque le client souhaite la restitution des fonds, ils deviennent souvent menaçants. Ceci explique également les montants par victime qui peuvent atteindre des dizaines voire des centaines de milliers d'euros.

L'Autorité des marchés financiers (AMF), qui alerte sur l'ampleur du phénomène, a déjà reçu les plaintes de 700 épargnants pour "31 millions d'euros de perte" depuis janvier 2018.

Lire aussi : L'explosion des arnaques aux faux bitcoins inquiète l'AMF

Chez Coinhouse, nous recevons des appels tous les jours de victimes de ces arnaques. Compte tenu du faible nombre de personnes se signalant, on peut raisonnablement supposer que le montant total avoisine plusieurs centaines de millions d'euros uniquement pour la France !

Aux États-Unis, la FTC (Federal Trade Commission) s'attend à un montant total de 3 milliards de dollars en 2018 concernant ce type de fraude.

Comment se prémunir contre ces arnaques ?

Le bitcoin peut être complexe à appréhender mais, au final, les mêmes règles s'appliquent qu'aux actifs financiers classiques: avant d'investir, il est d'abord primordial d'en maîtriser le fonctionnement.

Le bitcoin est un jeton numérique qui présente des propriétés intéressantes pour les paiements : rapide, sécurisé, décentralisé, et donc, irréversible. C'est également un véhicule d'investissement risqué et volatile, sans garantie quant aux retours sur investissement.

Aucun acteur sérieux ne fait du démarchage téléphonique en promettant des retours sur investissement rapides, garantis et stratosphériques. Lorsqu'un interlocuteur essaye de vous manipuler, fuyez. Au moindre doute, ne réalisez pas d'opérations, et contactez le site "Epargne info service" (AMF/ Banque de France/ACPR).

Des systèmes de prévention

La communauté Blockchain s'est mobilisée afin d'avertir les épargnants des risques. Le forum "CryptoFR" a communiqué une liste des 333 faux sites d'investissements francophones. Coinhouse et Blockchain Legal Avocats organisent une conférence afin de sensibiliser au sujet.

Au plan réglementaire, la loi Pacte prévoit un cadre français attractif et souple qui permettra d'identifier les acteurs légitimes. Toutefois, le parcours législatif et les dispositions de transpositions nécessitent encore plusieurs mois, voire un an, période pendant laquelle les escrocs poursuivent leurs activités...

Lire aussi : Loi Pacte : le cadre juridique des levées de fonds en ICO adopté

A court terme, avant l'application effective des dispositions législatives, nous proposons aux autorités publiques de créer une task-force regroupant acteurs judiciaires, autorités de régulation et associations de l'écosystème pour accélérer la lutte contre ce phénomène.

A plus long terme, la lutte contre la fraude ne sera efficace qu'avec l'émergence d'un secteur français et européen des services en crypto-actifs légitime, puissant et reconnu : le flou réglementaire, l'interdiction de faire de la publicité sur Google ou Facebook ainsi que l'impossibilité de bancariser en France les acteurs honnêtes ne fait que renforcer les fraudeurs !

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