Et si la Data nous permettait de diminuer le gaspillage alimentaire ?

Incorporer la date de péremption des produits alimentaires dans le code barre permettrait de mettre à profit toutes les utilisations possibles des datas. Notamment contre le gaspillage. Par Arno Pons, Directeur général de l' agence de communication digitale 5eme Gauche, enseignant à SciencesPo.

4 mn

(Crédits : DR)

En bonne communicante Ségolène Royal a fait conclure un accord à la volée pour compenser la censure du conseil constitutionnel de l'article relatif au gaspillage alimentaire (qui avait été incorporé dans la loi sur la transition énergétique).
On peut évidemment discuter de la forme, il n'était pas forcément utile de pointer du doigt une énième fois la grande distribution qui n'est pas la plus à la traîne sur le sujet, mais force est de reconnaitre que des décisions ont été actées par la Ministre...
Le travail remarquable de Guillaume Garot , à l'origine de toutes les initiatives politiques dans ce domaine, ne restera donc pas lettre morte.
Tout le monde peut donc se féliciter de cet accord qui stimule et encadre les dons aux associations.

Un rendez-vous manqué

Mais cet épisode est également un rendez-vous manqué supplémentaire.
L'État une fois de plus n'a pas su faire preuve d'imagination et s'est contenté d'appliquer les mêmes méthodes : accoucher d'une production juridique tout en dénonçant une catégorie d'acteurs (aujourd'hui les distributeurs, hier Uber face aux taxis).
Les ministres doivent cesser de penser que nous attendons d'eux de nouvelles lois, comme si la création de normes était une fin en soi, la valeur étalon de leur action!
Les politiques se trompent d'objectif, il faut remplacer l'inflation législative par l'imagination disruptive.

Déléguer l'innovation

L'État devrait cesser de poursuivre seul les missions d'ordre public, il devrait déléguer l'innovation et la formulation des solutions aux forces vives déjà en place.
Il ne doit pas s'appuyer uniquement sur les réseaux associatifs, mais accepter de se reposer sur les entreprises privées qui poursuivent la même mission que lui.
Sur le gaspillage alimentaire les initiatives ne manquent pas, le social business est un vrai terreau d'innovation en France.

Que ce soit Zero-gâchis, Wearephanix, ou les précurseurs Eqosphère qui travaillent auprès de la grande distribution pour réduire le gaspillage via des circuits d'économie circulaire, ou bien encore Checkfood l'application qui aide les ménages à ne plus jeter d'aliments chez eux, toutes ces start-ups ont imaginé des solutions qui sont des réponses concrètes à l'ambition du gouvernement de faire baisser le gaspillage de moitié pour 2025.

Imposer la date de péremption dans les codes barres

L'État peut capitaliser sur cet ecosystème d'entrepreneurs sociaux et leur offrir, non pas une loi, mais des moyens qui leurs permettent d'aller plus loin et plus vite.
Et ces moyens ce n'est pas de l'argent mais de la DATA.
Ségolène Royal se rendrait encore plus utile si elle prenait la décision qui changerait totalement la donne sur la lutte contre le gaspillage alimentaire : rendre obligatoire la présence de la donnée « date » (DLC ou DLUO) dans les codes barres.
En effet, en rendant actif cette donnée l'Etat permettrait à ces start-up et aux associations concernées de gérer de manière beaucoup plus efficace ces dons.
Prenons l'exemple concret de Checkfood dont le principe est d'alerter le consommateur lorsqu'un produit acheté va bientôt être périmé. Une fois reçu la notification sur son portable le consommateur a deux choix : manger ou donner (le produit est alors automatiquement géolocalisé et mis à disposition des associations).
Si les codes barres comprenaient les dates, les informations pourraient être enregistrées automatiquement, levant ainsi les freins à l'usage par le grand public. L'enjeu est énorme car si nous arrivions à transformer le gaspillage des ménages en dons, ce serait jusqu'à 264 000 tonnes de distribués, soit potentiellement 520 Millions de repas offerts à ceux qui en ont besoin !

La data, une question centrale

La question de la data est donc centrale car elle débloquerait les freins auxquels ces acteurs sont confrontés dans leur organisation.
D'autant plus qu'avec l'open data toutes les mesures issues du gaspillage pourraient être analysées par une instance indépendante qui irriguerait l'ecosystème de données précieuses et aideraient à analyser quelles sont les sources principales de gaspillage.
L'Etat pourrait alors grâce à ces data travailler avec la grande distribution sur l'autre pan de cette lutte : la surproduction.
Nous avons tous intérêts à savoir ce qui est sous-consommé (donc gaspillé) pour éviter de sur-produire.
Cette politique irait en outre dans le sens des décisions attendues pour la planète lors du COP21 que ce même gouvernement préside ...


Arno Pons, Directeur général de l' agence de communication digitale 5eme Gauche, enseignant à SciencesPo.

4 mn

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Commentaires 15
à écrit le 08/09/2015 à 13:50
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"Les politiques se trompent d'objectif, il faut remplacer l'inflation législative par l'imagination disruptive" Voilà une belle ambition!

à écrit le 08/09/2015 à 10:18
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D'un côté l'Etat imagine des usines à gaz fiscales et de l'autre il complique la legislation. Il ferait mieux comme le dit l'article de déléguer en soutenant les initiatives privées et en stimulant l'imagination plutôt que de montrer du bout du doigt...

à écrit le 04/09/2015 à 8:34
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C'est en lisant ce type de tribune que l'on réalise que l'on est gouvernés par des gens qui n'ont aucune imagination. Si on peut lutter contre le gaspillage et soutenir l'innovation en France dans le même temps, alors il ne faut pas hésiter.

à écrit le 04/09/2015 à 8:24
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C'est vrai que si on pouvait savoir automatiquement depuis son portable tout ce qui va être périmé ce serait vraiment génial. Pas que pour la nourriture, pensez aux médicaments. Ce serait du coup moins de trou à la sécu si on jetait moins.

à écrit le 04/09/2015 à 8:18
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De Toute façon on sait bien que Sego fait des coups de com. Des propositions comme celle-ci c'est pas assez médiatique pour elle. Et c'est bien dommage.

à écrit le 04/09/2015 à 8:10
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Excellente idee, il n'est pas normal que la donnée principale ne soit pas utilisable. Ce sera moins opaque, et évitera que chacun ait une responsabilité tronquée sur le cycle de vie des produits consommables. Tous les acteurs seront coresponsables, e...

à écrit le 03/09/2015 à 16:33
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Content de lire un type prof à SciencesPo qui dit que l'Etat peut donner plus de moyens sans dépenser un euro de plus. Si être disruptif permet à notre gouvernement de trouver des solutions qui ne dépendent pas de nos impôts alors là j'applaudis!

à écrit le 03/09/2015 à 12:49
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C'est en lisant ce type d'analyse que l'on se dit que l'Etat n'a pas pas de vision d'ensemble et encore moins à long terme. Voilà une idée qui: ne coûterait rien au gouvernement, donnerait de la croissance aux start-ups, permettrait d'avoir un disco...

à écrit le 03/09/2015 à 10:07
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Merci pour cet article concret, je comprends enfin le rôle du mot 'data'! Tentons cette approche: que l'Etat redevienne Stratége et délégue l'exécution aux entreprises françaises déjà en place me parait être du bon sens. C'est du "Gagnant-gagnant"...

à écrit le 03/09/2015 à 10:03
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Excellente idée, l'Etat devrait se rendre utile autrement et aider des initiatives comme ces start-ups. Cette nouvelle conception du rôle du politique, plus "disruptif" et moins "administratif", est plus en phase avec la nouvelle économie.

à écrit le 02/09/2015 à 21:39
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"520 Millions de repas offerts à ceux qui en ont besoin !" Ont-ils vraiment besoin de notre aumône ? Je pense qu'ils ont plus besoin de dignité que de notre aumône. A l'écoute des plus pauvres, on se rend compte que les distributions alimentaires son...

à écrit le 02/09/2015 à 15:52
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je trouve désolant l état d'esprit de certaines personnes ; à la lecture de cet article j ai plus retenu une volonté construite et bien argumentée de changer le système , la structure du système et surtout en soulignant la mauvaise répartition des r...

à écrit le 02/09/2015 à 10:12
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" rendre obligatoire la présence de la donnée « date » (DLC ou DLUO) dans les codes barres." y a-t-il la place ? On a trois chiffres pour le pays, y a le code du fabriquant, le code du produit, un cheksomme peut-être à la fin (contrôle d'intégrité) ...

à écrit le 02/09/2015 à 9:54
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"nous permettait du diminuer le" de diminuer ?

à écrit le 02/09/2015 à 9:26
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Clair qu'il faut aider le con-somateur à lire. Puisque l'école a déjà été bien détruite. Et avec la crise en cours, je sens que de moins en moins de personnes pourront se permettre de jeter. Restez accroché à votre smartphone : il vous dira toujours ...

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