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Europe : l'emballage bois sauvé... pour le moment

Olivier de Lagausie

Publié le 16 décembre 2023 à 07:08 - Mis à jour le 16 décembre 2023 à 11:17

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OPINION. Les parlementaires européens se sont prononcés, le 20 novembre, sur un important projet de règlement « Emballages et Déchets d'Emballages », qui incluait la recyclabilité des emballages. Le texte initial prévoyait de contraindre les industriels à abandonner les emballages ne disposant pas d'une filière de recyclage dédiée, même s'ils sont écologiques et indispensables à la protection des produits concernés. Heureusement, un amendement exempte, pour l'heure, les emballages bois (boîte à camemberts et autres bourriches et barquettes) de telles obligations qui auraient nui à l'emploi,...

... goût de nos spécialités tricolores, et... à l'environnement ! Par Olivier de Lagausie, Délégué Général du Syndicat des Industriels Français de l'Emballage Léger en bois (SIEL)

Dans l'euroscepticisme ambiant, se féliciter d'une décision venue de Bruxelles n'est pas si courant. Raison de plus pour saluer le vote des députés européens qui, le 20 novembre dernier, ont ni plus ni moins sauvé de sa disparition annoncée un élément emblématique de l'art de vivre à la française : les petits emballages en bois.

Ceux qui protègent certains des fleurons gastronomiques tricolores, comme le camembert ou le Mont d'Or, ou qui entrent dans la composition des bourriches d'huîtres et de certains paniers de fruits et légumes. Une belle victoire, donc, qu'il convient de célébrer comme telle, mais qui ne fait disparaître cette interrogation : pourquoi Bruxelles avait-elle besoin, en premier lieu, d'organiser la mise à l'écart des emballages en bois ?

Les dangers du texte initial

Le Parlement européen se prononçait en réalité sur un texte bien plus large : le règlement « Emballages et Déchets d'Emballages » (PPWR), un projet qui entend améliorer la durabilité de l'écosystème européen de l'emballage. Trois priorités étaient fixées : réduire, réutiliser et recycler. Difficile, à première vue, de s'opposer à un tel programme. Mais dans sa mouture initiale, le règlement PPWR prévoyait en effet d'interdire la commercialisation de tous les emballages non recyclables. C'est compréhensible pour un matériau qui existe en quantité limité (matériau non-renouvelable), mais quid du bois ?

Le bois est un stock illimité si... on replante des arbres ! Cela s'appelle la gestion durable d'un matériau renouvelable. Or c'est précisément le cas en Europe et dans la filière emballage bois. Et c'est pour cela que le bois d'emballages usagés doit aussi pouvoir être utilisé en énergie renouvelable : par cette action nous n'exerçons pas de pression sur le stock forestier et on va dans le sens des énergies renouvelables, clefs pour l'avenir. Oui, la fin de vie de l'emballage bois coche toutes les cases du vertueux : par la valorisation énergétique, en alimentant les chaudières ou centrales électriques, ou même sous forme de compost, et sous forme de panneaux, en recyclage donc.

Mais revenons maintenant aux emballages ménagers : lorsque les consommateurs sont invités à placer dans la fameuse « poubelle jaune » les boites de camemberts, celles-ci finissent en « refus de tri » et en énergie, ces petits emballages n'étant in fine pas pris en compte dans le processus de recyclage, car le volume de déchets concernés - moins de 30 000 tonnes par an, une fraction négligeable du total des déchets ménagers produits chaque année par les Français - ne permet pas de rendre une telle filière viable économiquement.

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Conséquence : s'il avait été adopté en l'état par les eurodéputés, le règlement PPWR aurait contraint à la création ex nihilo, d'une technologie et d'installations de tri dédiées. Compte tenu des faibles volumes de déchets, la mise en place d'une telle filière aurait représenté une solution aussi irréaliste que contre-productive.

Les parlementaires européens ont finalement, sur la ligne d'arrivée, fait prévaloir le bon sens. Un amendement (n°392), proposé par le groupe Renew, a en effet introduit une dérogation en faveur des emballages en bois qui sont en contact avec les denrées alimentaires. Un droit de déroger aux exigences de recyclage, qui devra cependant être évalué par la Commission européenne et être plus amplement discuté au niveau du Conseil. Le SIEL est très confiant sur ce sujet car les documents d'évaluation existent. Sauvé par le gong, l'emballage en bois de nos huîtres et de nos camemberts demeure en sursis jusqu'à l'adoption définitive du règlement. L'occasion de revenir ici sur ses nombreux avantages, tant en termes environnementaux qu'économiques - sans oublier son apport, irremplaçable, à la qualité internationalement reconnue des produits qu'il protège.

Le bois, une kyrielle d'avantages

Le bois présente en effet une kyrielle d'avantages. C'est un matériau d'avenir, car il est renouvelable, biosourcé et géré durablement dans l'Union européenne. Il s'appuie sur des filières locales : en France, 48% des emballages sont vendus à moins de 100km de leur lieu de production et 93% des clients sont français. D'après une étude de l'ADEME, le bois présente un bilan écologique nettement préférable au plastique ou au carton, sur les indicateurs emblématiques  : consommation d'énergie, émissions de CO2, eau consommée ou impact sur l'effet de serre sur 20 ans. Le bois propose, de plus, des emballages solides aux qualités anti-microbiennes reconnues, avec une excellente régulation de l'humidité. Il s'avère aussi nettement plus efficace que le polystyrène pour conserver les poissons au-delà de 5 jours. L'emballage léger en bois joue aussi un rôle de protection ou d'affinage. Enfin, il est sans danger pour les consommateurs, et biodégradable dans l'environnement (ce qui ne veut pas dire qu'on peut l'abandonner dans la nature !).

Autant de raisons pour lesquelles les traiteurs et les métiers de bouche plébiscitent, eux aussi, les emballages légers en bois. En France, la filière se développe pesant quelque 2.000 emplois, 45 entreprises et 257 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Voter le règlement tel que présenté initialement aurait condamné des emballages vertueux, au profit de solutions plus polluantes : quoi de plus absurde ? Félicitons-nous donc, tout en demeurant vigilants quant à la suite des discussions européennes, que les députés européens aient parfaitement compris la situation et, par leur vote, aient sauvegardé notre filière bois, ses emplois, et un peu de ce qui fait notre patrimoine culinaire. Il reste à élargir l'exemption pour simplifier la collecte, le tri ainsi que la valorisation la plus évidente au cas par cas, puisque chacun l'aura compris, le broyat de bois géré durablement à plusieurs destinées possibles en fin de vie, toutes favorables aux citoyens, aux consommateurs, à l'environnement.

Olivier de Lagausie

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