Eviter les écueils de la blockchain

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Comment les prestataires de services bancaires doivent anticiper les bouleversements qui les attendent pour éviter le naufrage. Par Georges Anidjar, directeur général Europe de l'Ouest chez Pegasystems

On ne cessera jamais de s'étonner en voyant combien les entreprises, aussi expérimentées soient-elles, tendent trop souvent à sous-évaluer l'impact d'un changement majeur à l'horizon, quand bien même elles ont parfaitement conscience que ce laxisme peut leur valoir de sérieux ennuis. Aussi paradoxal que cela puisse paraître venant d'eux, les prestataires de services bancaires sont pourtant les premiers à pêcher de la sorte dans leur approche de ce qui pourrait bien conduire, dans un futur proche, au bouleversement le plus profond de l'histoire de leur secteur : la blockchain.

Une blockchain est un registre public distribué qui peut consigner de façon sécurisée toutes sortes d'informations et relier tout actif à son propriétaire. Si cette technologie a suscité tant d'émoi dernièrement, c'est parce qu'elle permet d'effectuer des transactions en une poignée de minutes, voire de secondes, ce qui pourrait révolutionner complètement le secteur bancaire. Certes, nul ne peut à ce stade préjuger de l'impact exact que la blockchain aura sur le secteur financier. Certains sont convaincus qu'il s'agira là d'une avancée bénéfique, tandis que d'autres redoutent que son émergence ne leur impose de modifier radicalement leur modèle économique, laissant derrière elle un champ de ruines.

Un gigantesque iceberg nommée Blockchain

En tout état de cause, il semble évident que le navire Services Financiers risque de devoir d'ici peu scruter attentivement l'horizon sous peine de percuter le gigantesque iceberg que pourrait devenir la blockchain. Un constat que corrobore une récente étude internationale réalisée auprès de 500 responsables des secteurs de l'assurance et des services financiers issus de 56 pays. En effet, il en ressort que près de deux tiers (60%) des prestataires de services financiers internationaux qui estiment avoir un minimum de connaissances concernant la blockchain voient en celle-ci l'avancée technologique la plus importante depuis Internet. Pour près de la moitié (45%) d'entre eux, la conjonction des portefeuilles blockchain et de l'émergence du modèle de prêts entre particuliers pourrait même « sonner le glas du système bancaire tel que nous le connaissons aujourd'hui ».

Cela étant, malgré le gigantisme de l'iceberg qui se dessine à l'horizon, la majorité des acteurs du secteur bancaire se refusent encore à changer de cap, quand ils n'optent pas tout bonnement pour la politique de l'autruche. En effet, on apprend de la même étude que plus d'un tiers (35%) des personnes interrogées à travers le monde reconnaissent n'avoir jamais entendu parler de la blockchain, tandis que près d'un quart (23%) de ceux qui en connaissent l'existence avouent ignorer comment fonctionne cette technologie.

La victoire de nouveaux prestataires plus agiles?

Il est difficile de concilier ces deux séries statistiques quand on les analyse objectivement. D'un côté, on trouve une fraction non négligeable de prestataires de services bancaires convaincus que cette nouvelle technologie émergente est susceptible de transformer en profondeur tous les aspects de leur métier. De l'autre, une communauté qui déclare n'avoir jamais eu vent de cette technologie ou ignorer tout de son fonctionnement.

Ce sont les membres de cette seconde catégorie qui suscitent le plus d'inquiétude. Aucun de nous ne peut prédire l'avenir ou même se prévaloir d'une idée précise des implications de l'arrivée de la blockchain. La hausse des attentes des clients concernant le stockage de leurs données sur la blockchain va-t-elle révolutionner l'industrie au point de précipiter la chute de bon nombre de banques et compagnies d'assurances les plus établies au profit de prestataires plus modernes, plus agiles et plus digitalisés ? Il est encore trop tôt pour le savoir. En revanche, il va sans dire qu'il n'est jamais trop tôt pour commencer à s'intéresser à la source de potentiels bouleversements et songer à ses implications pour votre entreprise.

Immobilisme

Notre enquête nous a appris que 17% seulement des cadres dirigeants du secteur bancaire ont déjà mis en place une stratégie pour préparer l'impact de cette nouvelle technologie, et que seuls 16% d'entre eux ont constitué une équipe entièrement dédiée à ce sujet. Ces chiffres dénotent un inquiétant degré d'immobilisme face au changement technologique. Bien que cela n'ait rien d'étonnant - les institutions bancaires et financières n'ont jamais eu la réputation d'être des précurseurs en matière technologique - il y a une différence de taille entre celui qui, tandis qu'un tsunami se profile, prend les mesures qui s'imposent et celui qui, dans la même situation, se munit d'un masque et de palmes et attend que la vague arrive pour faire trempette.

À ceux qui évoluent dans le monde des services financiers, je dirai simplement ceci : plus tôt votre entreprise et vous prendrez le temps d'appréhender les répercussions, d'évaluer les risques et d'élaborer des stratégies adaptées à l'arrivée de la blockchain, mieux vous serez armés pour éviter le naufrage. Les organisations qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui ont d'ores et déjà commencé à mobiliser des équipes en vue de limiter les risques et d'exploiter tout le potentiel de la digitalisation. La blockchain est vraisemblablement vouée à changer radicalement la façon dont nous utilisons, recueillons et dépendons des données lors des transactions effectuées par les clients, qu'il s'agisse d'informations personnelles, du détail des actifs ou même de données en temps réel relatives aux devises virtuelles.

L'iceberg de la blockchain a beau se tenir aujourd'hui à une distance rassurante de nous, il se présentera sur notre trajectoire plus tôt que nous ne l'imaginons. Sauf à ce qu'ils parviennent à tirer un trait sur cette culture de l'immobilisme qui est leur talon d'Achille, les prestataires de services financiers finiront tôt ou tard par se retrouver dans une situation où chaque femme et homme se battra pour sa survie, sans qu'il leur soit possible de se réfugier à bord d'un canot de sauvetage. En anticipant comme il se doit l'arrivée d'un changement majeur, les organisations peuvent mettre au point les solutions les mieux adaptées pour se tenir hors de danger, au lieu de devoir déplacer des montagnes pour ne pas couler.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2016 à 12:54 :
Le principe est donc de diminuer les données individuelles et d'automatiser les données collectives pour en accélérer la réponse!

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