Finances publiques : Nicolas Sarkozy est-il sérieux ?

Ivan Best

Ivan Best
La politique, c'est bien sûr la gestion des contradictions. Il est possible de les résoudre, de les contourner, ou de les masquer. Candidat à la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy opte manifestement pour cette troisième solution. Il fait semblant de ne pas voir la contradiction pourtant fondamentale de son programme, au risque de se décrédibiliser. Quelle est-elle ? L'ancien chef de l'Etat veut baisser massivement les impôts, rapidement. Le chiffre qu'il avance désormais, dans une interview au Figaro, s'élève à 40 milliards d'euros (il était plus proche de 30 milliards début septembre). Il sous-entend depuis la publication de son livre-programme que ces allègements fiscaux interviendront rapidement, afin de créer ce qu'il appelle un « choc de confiance ». Mais ces baisses d'impôt ne vont-elles pas creuser le déficit des comptes publics, lui demande-t-on ? Absolument pas, répond-il désormais, voulant manifestement donner des gages de sérieux budgétaire, après une période de flottement sur le sujet. De toute façon, le trou est déjà creusé par Hollande, qui ment sur les comptes, dit-il. Donc, il négociera au niveau européen un nouveau délai pour ramener le déficit sous les 3% du PIB. Au lieu de l'échéance de 2017 promise par François Hollande, qui a obtenu deux reports, ce sera 2019, affirme désormais Nicolas Sarkozy:
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L'équilibre budgétaire serait atteint en 2022. Est-ce possible ? Sans doute, au vu du point de départ d'un déficit public de 3,5% du PIB en 2015 -seul chiffre avéré-. Mais à condition, bien sûr, de ne pas avoir la main trop lourde sur les baisses d'impôts. Car peut-on les baisser massivement et rapidement, à hauteur de 2 points de PIB, tout en ramenant le déficit sous les 3% ? L'arithmétique, ici, reprend ses droits : c'est évidemment impossible. L'argument de la baisse des dépenses ne tient pas la route : Nicolas Sarkozy l'admet, elles n'interviendront que progressivement. Si les 100 milliards d'euros d'économies peuvent être atteints, c'est seulement à la fin du quinquennat (au passage, on peut s'interroger sur la réalité de ces100 milliards, reposant notamment sur 31 milliards d'euros d'économies sur l'assurance maladie, sur un budget de 163 milliards).
De deux choses l'une, donc. Soit Nicolas Sarkozy procède aux fortes baisses d'impôts évoquées depuis la fin août, et il est alors impossible de revenir sous les 3% de déficit en 2019, comme il l'annonce. Soit le candidat à la primaire veut tenir cet engagement budgétaire, et il lui faudra alors renoncer aux allègements fiscaux massifs et rapides.
Ne pas trancher clairement entre ces deux options, ce serait à coup sûr faire preuve d'un manque de sérieux.
Ivan Best