Fléchage du Livret A vers la défense, une solution de pis-aller
Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.
Reuters
Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.
Reuters
Le mythe des « dividendes de la paix », véhiculé en son temps par Laurent Fabius comme un coup politique populiste, a résulté trente ans plus tard en un large sous-investissement dans le bien public que constitue la défense nationale. Le sous-investissement en infrastructure routière conduit à des routes surchargées et accidentogène. Le sous-investissement dans la santé publique aboutit à des hôpitaux concentrés et surchargés avec des services d'urgence débordés. Le sous-investissement dans la défense nationale conduit à une incapacité à soutenir l'effort de guerre d'un allié tant en termes de munitions qu'en termes de matériels. Selon de nombreux experts, l'armée française, pourtant la plus capable en Europe occidentale, serait incapable de mener une guerre terrestre à haute intensité comme celle qui ébranle le flanc Est de l'Union européenne (UE). Il y a d'abord un problème de stock de munitions disponibles, de matériels roulants et volants disponibles, d'équipements de dernière génération disponibles, et du nombre de militaires. Il y a également une base industrielle sous-développée, sous capitalisée, fragmentée, et en grande difficulté pour produire et livrer munitions et matériels.
Quelle est la situation presque deux ans après le début du conflit ? Au vu des postures martiales de Emmanuel Macron qui parle d'« économie de guerre », on peut penser que bon an mal an, avec du retard à l'allumage, les chaînes de production ont été réactivées via des commandes publiques suffisantes à la fois pour servir le conflit en cours et remplir les stocks.
base industrielle et technologique de défense)
française. La perception européenne et française des industries de défense reste négative dans le contexte actuel d'investissement ESG. Les grandes banques françaises ne veulent pas plus financer de forages pétroliers dans l'Arctique ou dans une réserve africaine que de programme d'armement.Avant le conflit en Ukraine, un rapport parlementaire du 17 février 2021 a alerté sur les difficultés majeures de financement du secteur industriel de la défense française, et notamment des PMEs. Peu de choses ont changé depuis.
Jamais à court de petites solutions improvisées, le gouvernement propose de consacrer une partie de la collecte du livret A au financement des entreprises de défense, qui pourraient alors obtenir des prêts à un taux bonifié. En fléchant une partie des quelques 200 milliards libres vers les PMEs de la défense, cela permettrait de combler une partie de la pénurie de fonds. La mesure permettrait aux banques de se cacher derrière l'obligation réglementaire en faisant valoir qu'elles n'ont pas le choix et qu'elles ne dépassent pas le quota alloué à cette industrie.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les cris d'orfraie poussés par un certain nombre de syndicats et de partis de gauche illustrent bien la réalité de la difficulté pour les banques de financer le secteur et l'opportunité de se cacher derrière une obligation légale.
Mais les vraies mesures, que le gouvernement ne semble pas avoir le courage de prendre, sont d'une toute autre nature. Si les banques et les investisseurs privés hésitent encore pour investir dans les entreprises françaises de la défense, c'est en raison du risque important qu'ils perçoivent par rapport au secteur et ils ont sûrement raison. Si le gouvernement français et la société française finissent par réaliser l'importance de la défense nationale et de sa base industrielle lorsqu'une guerre à haute intensité est menée aux portes de l'Europe, il sera beaucoup moins risqué d'investir dans l'industrie de la défense et les solutions administratives seront inutiles voire inefficaces.
À lire également
Il serait avisé pour le gouvernement de ne pas gaspiller cette période où nos concitoyens sont sensibilisés à la menace extérieure pour lancer une réforme. Il serait dommage pour la sécurité à long terme de notre pays de s'en tenir à une petite extension budgétaire sans réforme en profondeur ni ambition de remise en état de nos capacités à nous protéger et protéger nos alliés menacés.
Marc Guyot et Radu Vranceanu