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Inflation : qui va sauver le système de santé ?

Nissrine Erraji

Publié le 30 septembre 2023 à 08:13

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OPINION. L'inflation est devenue la première préoccupation des Français, et ils ne sont pas les seuls à être inquiets. Tous ceux qui travaillent dans le domaine de la santé mesurent les conséquences des hausses des prix, avec trois craintes : leur impact pour la santé publique, leur poids sur le système médical dans son ensemble et les défis à relever pour qu'il perdure. Par Nissrine Erraji, Ipsos

Une hausse des prix qui impacte les déterminants de santé

Si les traitements sur ordonnance restent préservés - le budget alloué par l'État ayant augmenté ces cinq dernières années permettant d'absorber les hausses de prix - les médicaments en vente libre souffrent de l'inflation. Leur prix augmente déjà depuis leur mise en vente en accès libre en 2008, et les achats ne cessent de reculer. Comme dans d'autres domaines, les Français sont de plus en plus attentifs au prix et renoncent aux médicaments pour les maux du quotidien, sans oublier les compléments alimentaires, les vitamines en priorité. C'est un comportement nouveau qui fait peser d'autres risques pour la santé publique.

D'un côté, parce que les produits alimentaires étant plus chers, les consommateurs se tournent vers ceux dont le prix est le plus bas, achètent moins de légumes, de fruits, de poisson, de Bio, et achètent moins, tout court. Finalement, ce sont les produits - souvent industriels - les plus gras et les plus sucrés, les plus pauvres en vitamines, protéines, etc., autrement dit les moins sains, qui sortent gagnants de la crise. Et de l'autre, parce qu'en arrêtant d'acheter des compléments alimentaires, les Français ne peuvent espérer compenser les vitamines naturellement présentes dans des aliments naturels par des vitamines exogènes. Se dessine alors un effet de double peine : ni bonne alimentation avec ses apports positifs pour la santé ni produits susceptibles de réduire les carences.

C'est d'autant plus dramatique qu'avec la covid-19, les Français avaient compris l'importance d'une bonne hygiène de vie pour renforcer leurs défenses immunitaires et se sentir bien, impliquant autant l'alimentation que le sport. Ils ont saisi les limites de la nourriture bon marché, trop grasse ou portions réduites, entraînant dénutrition et carences, diabète et cholestérol, hypertension et problèmes cardiovasculaires, surpoids (l'obésité inquiète 23% des Français). Les principales victimes des hausses des prix sont sans surprise les classes sociales les plus modestes, les jeunes et les étudiants.

Un modèle social unique à préserver

Les hausses de prix ne sont pas qu'un problème pour les consommateurs. L'inflation pèse sur tout le système de santé, conditions d'hospitalisation, qualité de la restauration des patients, logistique, transport, énergie, etc. À l'augmentation récurrente des frais médicaux, au vieillissement de la population, à l'ensemble des prestations de santé gratuites, l'inflation ajoute un défi supplémentaire : la charge des investissements à réaliser et la continuité des prises en charge à 100%. Il vient en plus de tous les autres, la hausse actuelle du coût de nos dépenses quotidiennes, alimentaires, énergétiques, etc.

78% des Français considèrent déjà que le système de santé est débordé (+17 points par comparaison à la moyenne mondiale), 69% qu'il n'y a pas assez de personnel, et 55% se disent satisfaits de la qualité des soins auxquels ils peuvent accéder (-7 points par rapport à 2021). Quant à l'avenir, ils se révèlent de plus pessimistes au monde, 43% n'étant pas d'accord avec l'idée que le système de santé va s'améliorer.

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Il y a lieu de se demander comment, demain, les Français vont pouvoir payer leurs frais d'accès aux soins et comment la Sécurité sociale va pouvoir continuer à prendre en charge hospitalisations et traitements. Tous ces éléments pèsent sur le moral des Français et, dans un pays où environ 25% de la population est ou a été amenée à prendre des antidépresseurs après les dépressions et les remises en cause provoquées par la crise sanitaire, stress et santé mentale préoccupent respectivement 28% et 20% des Français. À l'échelle mondiale, elle passe pour la première fois devant le cancer comme le problème le plus important à affronter aujourd'hui (36% versus 34%).

La France ayant un modèle social unique au monde, notamment en matière de santé, il est clair que la situation sera pire dans de nombreux autres pays où le pouvoir d'achat va diminuer avec l'augmentation des prix... Mais il est urgent d'apporter des réponses et des financements dès maintenant à tous ces phénomènes qui ne semblent pas encore être la priorité de l'État alors qu'ils sont absolument prévisibles et certains. Aucun acteur ne pourra régler à lui seul toutes ces crises qui couvent : les solutions ne peuvent être apportées que par des partenariats, entre un leader de l'agroalimentaire, un leader de la santé, des banques et des assurances, afin que les patients puissent manger sainement, être soignés, et être aidés financièrement.

Notre rôle, en tant que professionnels des études, est de remonter ces informations et ces données, d'agiter les drapeaux rouges : toutes ces réalités ne se produiront pas dans quelques années, elles sont imminentes. À l'heure où la RSE est souvent mentionnée, la balle est dans le camp de tous ceux qui ont pris conscience des nouvelles menaces que l'inflation a créées et qui veulent agir, ensemble.

Nissrine Erraji

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