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Iran : triste anniversaire révolutionnaire à Téhéran

Gérard Vespierre

Publié le 25 février 2019 à 11:20 - Mis à jour le 25 février 2019 à 14:18

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11 juillet 2026

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Cela fait 40 ans en ce mois de février que la révolution iranienne s'est imposée à Téhéran pour donner naissance à la République islamique. 40 ans, c'est normalement une fête. 40 ans c'est aussi une belle pierre sur un chemin de vie, de carrière, de réussites. Qu'en est-il pour la République islamique d'Iran ? Par Gérard Vespierre (*), chercheur associé à la FEMO, Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient, Président de Strategic Conseils.

Les dirigeants avaient prévu de tirer, en quelque sorte, un feu d'artifice, avec le lancement à intervalle de quelques semaines, de deux fusées destinées à mettre chacune sur orbite un satellite conçu et fabriqué en Iran. Hélas, les deux lancements se sont traduits par deux échecs confirmés par le régime. Cet avatar illustre parfaitement les résultats actuels et la situation iranienne. Un pays de plus de 80 millions d'habitants doit faire face à de très nombreux besoins, surtout quand presque 50% de la population a moins de 30 ans : emploi, logement, santé, niveau de vie.

Mais encore faut-il que le parti de la révolution reconnaisse et comprenne ce qu'est en réalité la « vraie cause du peuple », celle de satisfaire son droit à une vie décente, à une liberté d'expression, et à une vie meilleure pour ses enfants.

Le triptyque mortifère

Tels que les résultats apparaissent, cela ne semble pas être l'objectif que le régime religieux ait eu pour ses concitoyens. Le système politique mis en place à Téhéran a misé sur un triptyque mortifère pour la faible économie iranienne :

  • des dépenses militaires disproportionnées, avec une armée supplémentaire, politique, les pasdarans ;
  • des programmes nucléaires et balistiques onéreux, inadaptés aux vrais besoins du pays ;
  • une spirale d'interventions militaires très coûteuses, au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban.

Nul pays de surface économique moyenne, voire faible, ne peut résister à un tel triptyque, surtout s'il s'obstine à s'opposer aux principales puissances économiques de la communauté internationale, en encourant de ce fait des sanctions économiques! C'est ce même triptyque d'armement disproportionné, d'ogives nucléaires, de conquête spatiale et d'intervention de 10 ans en Afghanistan qui, il y a 30 ans, a fait imploser l'URSS, pays par ailleurs de faible puissance économique. Le triptyque mortifère a donc déjà été validé.

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La régression pétrolière et économique

Le Shah d'Iran avait fait de son pays la troisième puissance pétrolière mondiale avec un niveau de production supérieur à 6 millions de barils par jour. 40 ans après sa chute, l'Iran produit seulement 50% de ce volume et se trouve relégué à la 7e place mondiale derrière le Canada, l'Irak et... la Chine. Deux fois moins de production pétrolière en 40 ans, pour un pays dont la population dans l'intervalle a plus que doublé. Quel échec industriel, quel gâchis des ressources nationales alors que ses réserves de pétrole sont les quatrièmes du monde.

Cette situation conduit à un appauvrissement et a pour conséquence le glissement inexorable de la monnaie. Le cours du rial par rapport à l'euro a été divisé par 20 (!) en 20 ans! Comme une monnaie traduit la santé de l'économie d'un pays, une dévaluation constante traduit une économie en faillite. Corollaire de cette situation, la banque centrale iranienne se voit dans l'obligation de maintenir des taux élevés, à 18%, pour essayer de ralentir la glissade du taux de change. En outre, la dévaluation continue de la monnaie alimente une inflation forte liée à la part élevée des importations dans l'économie iranienne. Le taux d'inflation depuis 6 mois est repassé au-dessus des 30%.

Aucun gouvernement ne saurait développer l'économie d'un pays dans une telle situation de taux d'intérêt très élevé, de dépréciation monétaire, et d'inflation. Triste résultat de 40 années de très mauvaise gestion. Triste anniversaire révolutionnaire.

Les inévitables conséquences sociales

La conséquence de cette situation économique est la création d'un très fort taux de chômage. Le taux officiel est de 12% de la population (en réalité, probablement plus) avec une situation particulièrement difficile chez les jeunes. Plus de 25% des 15-24 ans se trouvent sans emploi selon l'Organisation Internationale du Travail OIT). Cette situation économique crée naturellement une situation sociale particulièrement difficile. Les mouvements sociaux, grèves et manifestations sont apparus dans plus de 210 villes depuis décembre 2017. Ces mouvements impliquent toutes les catégories de population, touchées par la dureté de la situation économique, étudiants, enseignants, paysans, employés de l'industrie, les transporteurs routiers, et même les retraités. Ces derniers ont en effet vu leurs pensions diminuer et leurs économies disparaître dans la faillite d'institutions bancaires passées sous le contrôle des pasdarans, comme à Meched. Triste situation sociale. Triste anniversaire révolutionnaire.

La crise environnementale est aussi celle du régime

A cela vient s'ajouter la dégradation des conditions environnementales, de la pollution de l'air à Téhéran à la pollution industrielle de l'eau, voire la disparition des cours d'eau comme à Ispahan. Des milliers de manifestants dont de très nombreuses femmes, depuis 2 ans, expriment régulièrement par des manifestations leur colère dans cette ville et ses environs. Leur slogan : « notre ennemi est ici, mais on nous dit que c'est l'Amérique » est particulièrement évocateur à la fois de l'impact politique de cette crise et de la lucidité de la population quant aux causes réelles et profondes.

Nous sommes ici au centre de la problématique du régime iranien. La dégradation de la situation économique et son impact dans la totalité des couches sociales, et des secteurs d'activité, conduisent naturellement la grande majorité de la population à mettre en cause le régime religieux, surtout après 40 ans de monopole du pouvoir. Le commentaire de Nategh Nouri, ancien président du Majlis, l'assemblée nationale du régime, quelques jours après la sortie des Etats-Unis de l'accord nucléaire, est particulièrement révélateur. « Le plus important n'est pas l'accord nucléaire. Le plus important c'est de savoir comment nous allons faire pour rester au pouvoir ». Les plus hautes sphères politiques sont donc tout-à-fait conscientes de l'ampleur du problème, et de l'absolue mise en cause du régime. Triste situation politique. Triste anniversaire révolutionnaire.

L'affaiblissement de l'image internationale du régime

Cette critique intérieure s'accompagne de la méfiance grandissante de nombreux pays européens à l'égard du pouvoir à Téhéran. Les nombreuses actions terroristes entreprises par ce régime à partir de leurs ambassades en Europe (projet d'attentat en France, au Danemark, en Albanie) ont abouti à plusieurs arrestations de ressortissants et de diplomates iraniens ces derniers mois. Cela vient s'ajouter à la vigueur de la position américaine vis-à-vis du régime iranien. La réunion internationale récente à Varsovie est venue le rappeler.

Alors qu'il y a 40 ans les gouvernants du monde entier se pressaient pour être reçus à la cour impériale, le régime iranien est maintenant sur le banc des accusés pour ses pratiques et son soutien au terrorisme. Comme il a été scandé dans un stade, il y a quelques mois, au cours d'un événement sportif : « Il y a 40 ans le monde entier nous aimait, maintenant le monde entier nous hait... ». Cruel constat, mais très juste analyse. Le peuple connaît de l'intérieur, chaque jour, la dure réalité de la situation du pays dirigé par ce régime. Triste image de l'Iran dans le monde. Triste anniversaire révolutionnaire.

Les raisons d'espérer

Pourtant, l'Iran possède d'énormes ressources, et pas seulement pétrolières et gazières. Il s'agit des Iraniens eux-mêmes. Le niveau d'éducation est un des plus élevés de toute la région. Les talents des mathématiciens et des scientifiques iraniens sont mondialement reconnus. La nation iranienne a donc les ressources intellectuelles pour faire face à cette impasse politique et économique.

Politiquement, il existe une opposition qui s'exprime via le Conseil National de la Résistance Iranienne, le CNRI, dont le siège est en France. Sa principale composante a été accusée d'être un mouvement terroriste grâce au chantage effectué par le pouvoir de Téhéran sur le gouvernement français en 2003. « Vous voulez commercer davantage avec nous. Eh bien, classez comme mouvement terroriste l'opposition à notre régime, qui a trouvé refuge chez vous ». Le gouvernement de l'époque accepta d'agir dans ce sens. Il faudra 11 ans de combat judiciaire pour que cette accusation soit, en septembre 2014, reconnue infondée, par les autorités françaises.

Le CNRI mène désormais, une lutte ouverte pleine et entière contre le régime en place à Téhéran. Les manifestations anti-régime se suivent à Paris, Varsovie, Munich, pour ne parler que des plus récentes et importantes, sur le sol européen. Mais le CNRI est également à l'œuvre à l'intérieur de l'Iran. Les centaines de manifestations et mouvements de grève dans le pays qui ont eu lieu depuis décembre 2017 nécessitent un minimum d'organisation et de coordination. Les « unités de résistance » sont donc à l'œuvre et se répandent à travers tout le pays. A l'évidence, devant la situation économique, et malgré les forces de répression, un jour, les Iraniens eux-mêmes auront à s'engager pour changer le cours des choses. Il faudra que « la cause du peuple » soit entendue, et que « le peuple prenne la parole ». Le peuple iranien aura le dernier mot. Il pourra fêter alors, d'autres anniversaires.

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(*) Gérard Vespierre, analyste des « arcs de crise », diplômé de l'ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA de finances, Paris Dauphine. Auteur du site www.le-monde-decrypte.com

Gérard Vespierre

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