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« L'antisémitisme est une attaque insidieuse contre la République » (Julie Martinez)

Julie Martinez

Publié le 21 août 2023 à 10:03 - Mis à jour le 21 août 2023 à 14:00

Julie Martinez, rapporteure générale de la Commission France Positive.

Julie Martinez, rapporteure générale de la Commission France Positive.

Julie Martinez

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Des inscriptions à caractère antisémite ont été découvertes sur la devanture de la sandwicherie casher « Mr. Schnitz » à Levallois-Perret, samedi matin. La réaction du commerçant est aussi bouleversante que la photographie illustrant le triste événement. Le restaurateur n’a en effet pas souhaité faire enlever les inscriptions immédiatement, afin « que tout le monde le voie ». Ne plus se cacher, réveiller les consciences, alerter plus fort, voici ce que la victime peut enseigner à nos femmes et hommes politiques, estime Julie Martinez, Rapporteure générale de la Commission France Positive.

Le racisme et l'antisémitisme semblent toujours résister aux enseignements de l'histoire. Alors que les derniers témoins, porteurs de la mémoire, s'éteignent en emportant avec eux ce que fut l'horreur, l'antisémitisme est toujours bien vivace en France. Il s'exerce sur nos tombes, dans certains cercles intellectuels ou sur les devantures de nos commerces. L'antisémitisme tue encore également. Pensons à Ilan Halimi, aux victimes de l'attaque dans une école juive de Toulouse ou aux victimes de la prise d'otage dans un supermarché casher.

Pourtant, il semble s'être installé parmi nos rangs politiques la possibilité d'une qualification subjective de ces actes, en vertu de laquelle nous pourrions distinguer un « vrai » antisémitisme[1], d'un faux antisémitisme. Au-delà de ce naufrage intellectuel et politique, cette complaisance, dont fait preuve une partie de notre classe politique, alimente un contexte déjà fortement dégradé et inquiétant pour notre République.

Des discours toujours plus violents

Notre société est marquée par une tension palpable, se manifestant de manière particulièrement frappante à travers un flux incessant de ressentiments et de violences, ne laissant que peu de place aux bienfaits du « vivre ensemble ». La confiance à l'égard de l'État et de la sphère politique est grandement mise à l'épreuve ouvrant un boulevard aux thèses complotistes et à l'« antisystème », idéologie récupérée par de nombreux populistes et extrémistes.

A cela s'ajoute l'indifférenciation des discours, toujours plus violents, mais toujours plus admis dans un environnement de l'hyper-clash, facilité par les relais que représentent les réseaux sociaux et certaines chaînes dont la ligne éditoriale recherchera plus souvent l'audimat que la paix civile - souvent dans l'indifférence générale.

Une solidarité plus robuste

Pourtant, chaque acte antisémite doit être l'affaire de tous et doit être combattu comme tel. L'antisémitisme n'est pas seulement une terrible attaque portée contre les Juifs de France (ou les Français juifs), mais une attaque sinueuse contre la République elle-même. De manière similaire, le racisme ne peut se réduire à une simple manifestation de haine ou de mépris envers un groupe d'individus en raison de leurs origines.

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Il constitue également un déni de nos valeurs fondamentales, socle de notre contrat social. Se taire ou pire, tenter de requalifier ces actes ou d'en diminuer l'impact, c'est participer à l'affaiblissement de notre République, que nous avons tous en partage.

Notre République est consciente de ses ennemis et nos institutions œuvrent au quotidien pour lutter contre ce fléau et protéger tous ses citoyens. Cependant, dans un contexte où ces idées toxiques se propagent rapidement grâce aux réseaux sociaux, où le populisme gagne du terrain chez nos pays voisins, et où certains de nos politiques semblent s'octroyer le droit de définir subjectivement ce qui relève, ou non, d'un acte antisémite, nous aurions besoin de voir émerger une solidarité plus robuste et une capacité collective à s'indigner plus frontalement face aux agressions brutales qui continuent de viser des individus en raison de leur race, leur religion, leur origine ou leur apparence.

Protéger notre République

Nous devons collectivement veiller à ce que les crimes qui nous ont traumatisés hier, qui nous révoltent encore aujourd'hui et que nous combattrons avec autant de détermination demain, ne soient pas une tragique répétition d'une histoire bien sombre. Pour cela, oui, il nous revient à tous de nous révolter contre un tweet antisémite, un tag sur la devanture d'un commerce ou le saccage d'une tombe. Car « quelques crimes toujours précèdent les grands crimes »[2].

Alors qu'attendre demain ? Il en va de l'antisémitisme, comme du racisme, ce sont des maladies insidieuses qui rongent notre République. Sans remède, il se peut bien qu'elle en meure. Ce positionnement n'a rien d'original, mais tant que subsisteront ces maux, il nous faudra des femmes et des hommes capables de porter haut et fort ce combat. Nous avons besoin que nos représentants politiques, défenseurs de la République, se positionnent tous comme tel, sans relâche, lorsque chaque circonstance se présente.

Aucun de ces actes ne doit demeurer silencieux, diminué ou impuni - à eux d'être à la hauteur de leurs responsabilités et à nous de les y encourager : condamnons la violence sans relâche, dissipons la haine et efforçons-nous de tout mettre en œuvre pour protéger notre République.

Julie Martinez, est Rapporteure générale de la Commission France Positive

[1] Propos d'Aurélien Taché en réaction aux tags perpétrés sur la devanture de la sandwicherie Mr. Schnitz, à Levallois-Perret.

[2] Phèdre, Jean Racine

Julie Martinez

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