L'avenir de la voiture électrique de masse se joue maintenant

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La France doit développer rapidement un vrai réseau de stations de recharge sur les aires de service, couvrant l'ensemble du territoire, tous les 50 kilomètres. il en coûtera beaucoup plus que les 100 millions d'euros prévus par France Relance. Comment financer le déploiement de cette infrastructure essentielle à la transition énergétique, s'interrogent Christine Goubert-Milhaud, présidente de l'Union Française de l'Électricité (UFE) et Christophe Boutin, délégué général de l'Association des Sociétés Françaises d'Autoroutes (ASFA).

Au moment où le Président de la République annonce sa volonté d'inscrire la défense du climat dans la Constitution, soyons également très attentifs à la manière dont une telle ambition se traduit concrètement dans le quotidien des Français. C'est particulièrement vrai pour les transports, premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France. Ceci nous impose de réussir la transition vers la mobilité électrique pour le plus grand nombre. Et pour réussir l'électrification du parc de véhicules, nous aurons besoin de déployer un très grand nombre de bornes de recharge électrique capables de répondre à tous les usages.

Le Gouvernement veut en déployer 100 000 accessibles au public avant la fin de l'année 2021. Il faut, en effet, créer l'offre indispensable pour convaincre les futurs acheteurs de véhicules électriques que leur vie sera aussi simple qu'avec la voiture thermique à laquelle ils sont habitués.

Les bornes électriques dans l'espace public sont particulièrement nécessaires dans deux cas. Pour ceux qui n'ont pas la possibilité de recharger leur véhicule chez eux ou au travail car il n'y a pas de borne sur leur parking personnel ou professionnel. C'est le rôle des collectivités d'équiper les rues et les parkings publics. Elles se mobilisent pleinement et elles sont aidées financièrement. La dynamique est lancée et l'équipement se fait progressivement. Il faut poursuivre et amplifier les efforts.

En revanche, pour les déplacements de longue distance, nous sommes encore loin du compte. Pour aller travailler, mais aussi tout simplement pour aller en vacances ou en week-end, l'autoroute est un passage obligé. Y recharger une voiture électrique facilement et à coût raisonnable est donc crucial, faute de quoi, les automobilistes continueront à opter pour un véhicule thermique pour être sûrs de faire le voyage en toute sérénité. De même, les gestionnaires de flottes d'entreprise ne pourront adopter ces motorisations pour l'ensemble de leurs véhicules que si les infrastructures de recharge sont largement déployées sur les réseaux structurants. Pour cela, des investissements importants sont nécessaires.

Un réseau couvrant l'ensemble du territoire

La France doit donc développer rapidement un vrai réseau de stations de recharge sur les aires de service, couvrant l'ensemble du territoire, tous les 50 kilomètres : une pause de vingt minutes toutes les deux heures, en cohérence avec les recommandations de sécurité routière, doit permettre de recharger au moins 250 kilomètres d'autonomie pour poursuivre en toute sérénité.

Seules des bornes ultrarapides peuvent répondre à un tel besoin, là où des bornes de recharge lente sont adaptées à la recharge à domicile et au travail. Ces bornes ultrarapides doivent être entretenues, facilement accessibles et en nombre suffisant pour répondre aux pointes de trafic.

Les engagements de la France sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre nécessitent une stratégie multisectorielle pilotée par l'État qui doit très rapidement définir et impulser un schéma directeur pour les routes nationales et autoroutes confié à un pilote opérationnel de haut niveau, personnalité compétente ayant une autorité incontestable. Ce schéma offrira une vision à moyen terme à tous les acteurs de l'écosystème de l'électromobilité, qu'il s'agisse d'opérateurs d'infrastructures routières, de constructeurs automobiles ou d'énergéticiens, pour massifier et accélérer la vitesse de déploiement de ce réseau de recharge tout en optimisant son coût socio-économique. Il sera la garantie de la réussite de la transition énergétique.

Un coût de déploiement sous-évalué dans le plan de relance

Historiquement, le développement des infrastructures de réseau en France s'est appuyé avec efficacité sur la concession, qui a permis d'équiper rapidement notre pays en garantissant les délais de réalisation, la qualité de service et l'équité territoriale. Le plan qui accompagnera le schéma directeur nécessitera certainement beaucoup plus que les 100 millions d'euros prévus dans le plan « France Relance », car la puissance électrique nécessaire à la recharge ultrarapide implique des investissements importants, notamment pour raccorder les aires de service aux réseaux électriques : l'Allemagne a ainsi engagé un plan de 3 milliards d'euros. Il est en outre indispensable que les opérations de raccordement s'appuient sur une vision à moyen terme du développement de la mobilité électrique et ne se contentent pas de répondre au coup par coup à des projets de déploiement de bornes.

Pour les autoroutes concédées, qui représentent la majeure partie du trafic longue distance, il est nécessaire d'accélérer le déploiement de ces bornes en s'inscrivant dans le cadre de la concession comme l'Autorité de régulation des transports l'a souligné dans un avis de septembre 2020.  Offrons donc aux automobilistes un service performant, quelle que soit la motorisation de leur véhicule. Les acteurs de l'électricité et les concessionnaires autoroutiers sont prêts, pour autant que l'État donne l'impulsion d'un projet d'équipement ambitieux et structurant.

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(*) Christine Goubert-Milhaud, présidente de l'Union Française de l'Électricité (UFE)
Christophe Boutin, délégué général de l'Association des Sociétés Françaises d'Autoroutes (ASFA)

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a écrit le 17/02/2021 à 17:52 :
Les décisions ne se prennent pas en prenant connaissance d'un slogan. C'est stupide de demander aux consommateurs d'acheter une voiture électrique pour faire de longs trajets. Il serait tellement plus réaliste de proposer aux foyers d'acheter une voiture électriques pour faire les petits déplacements de tous les jours et de garder la voiture diésel ou à essence pour faire les déplacements de l'autre conjoint. Les longs trajets ne poseraient donc plus de Pb pour la famille. Cela permettrait d'obtenir un parc automobile bien réparti entre les 2 formes d'énergies. Mais ça... ce n'est pas du niveau des écolo. qui sont sectaires et obtus, on ne fait pas dans la demi mesure. On obéi au gourou et pis c'est tout!
Et les hybrides... c'est la voiture de l'avenir parait-il ! Il suffira de franchir le pas et les gogos vont etre convaincus que c'est leur dernière bêtise. C'est beaucoup plus cher que la voiture thermique et le gain est défavorable. Pour une arnaque c'est une arnaque...
a écrit le 16/02/2021 à 14:31 :
"L'avenir de la voiture électrique de masse se joue maintenant" soit! Ainsi que le renouvellement des erreurs d'un monde construit autour! Le changement climatique va émettre ses conditions!
a écrit le 16/02/2021 à 14:28 :
Emmanuel, tu dois passer commande de 6 EPRs sinon le réseau va disjoncter
Réponse de le 16/02/2021 à 19:07 :
Propos totalement mensonger, la recharge se faisant principalement de nuit la demande au réseau baissera car l'on gaspillera moins d'énergie à raffiner le carburant des véhicules au jus de dinosaure.
Réponse de le 16/02/2021 à 19:08 :
Propos totalement mensonger, la recharge se faisant principalement de nuit la demande au réseau baissera car l'on gaspillera moins d'énergie à raffiner le carburant des véhicules au jus de dinosaure.
a écrit le 16/02/2021 à 14:00 :
effectivement, deployer du tout electrique coutera bcp plus; des centaines de milliards meme vu qu'il faudra refaire tout le systeme electrique de la france
et dans 10 ans, la voiture electrique ne sera plus ecolo, vu que la france va se rendre compte qu'elle depend de la chine pour tout et n'importe quoi
donc on expliquera que ca cree de l'acide et que ca ravage l'afrique avec les terres rares, et zou on passe a autre chose
et quand l'etat mettra son grain de sel pour recuperer en electricite ce qu'il ne recupere plus en TIPP, on en remettra une couche
a écrit le 16/02/2021 à 13:48 :
On peut aussi espérer que les voitures électriques doublent leur autonomie bien trop juste à l'heure actuelle et dans le marché du travail et l’économie dans lesquels nous nous trouvons.

La voiture électrique n'étant pas fini est il raisonnable de dépenser à outrance pour pallier à un défaut intrinsèque aux constructeurs ? Ou faut il en conclure qu'ils ne seront pas capables de faire mieux ?

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