Dans le pays qui a inscrit sur chaque école le beau mot d'égalité, les inégalités scolaires n'ont cessé de se creuser ces dernières années: elles sont d'abord l'expression des inégalités sociales. C'est un fait: la corrélation entre le milieu d'origine et les performances scolaires des élèves est plus forte en France que dans la plupart des pays occidentaux. Derrière cette réalité statistique, il y a des parcours de vies préalablement établis selon son « capital » économique et culturel: un enfant d'employé ou d'ouvrier a huit fois moins de chances d'accéder à une classe préparatoire et quinze fois moins de chances d'entrer dans une école de management qu'un enfant d'une famille de cadres... Et, chaque année, plus de 100000 jeunes quittent notre système scolaire sans diplôme ni qualification, très majoritairement issus de milieux modestes. Et que dire du manque d'ambition pour les études supérieures selon le milieu d'origine des nouveaux bacheliers...
L'école est un miroir de l'état de notre société. Rabâchés par les déclinistes, le discours sur l'effondrement du niveau et l'ode à la méritocratie, le fameux « quand on veut, on peut », avatar scolaire du « c'était mieux avant », sont en fait des leurres idéologiques pour masquer l'absence de vision pour l'école. Cet aveuglement menace le futur même de notre pays, alors que l'éducation est un enjeu majeur du siècle notamment pour surmonter les défis démocratiques, climatiques ou industriels. Pour moi, comme pour la grande majorité des Français, l'éducation doit devenir notre grande cause nationale. La première urgence est de refaire consensus autour de l'institution, et donc, autour des valeurs qu'elle porte, celles de la République. Enseignants, parents, élèves, personnels doivent retrouver la confiance, notre confiance, sans laquelle sa mission émancipatrice apprendre à penser par soi-même et exercer pleinement sa citoyenneté est vouée à l'échec.