L'exploration spatiale, un projet pacificateur pour l'humanité ?

 |   |  989  mots
(Crédits : DR)
L'exploration de l'espace, ce bien commun, peut devenir un sujet unificateur. Par Didier Schmitt, ancien membre du Bureau des Conseillers de Politique Européenne, à la Commission Européenne et membre du Service Européen pour l'Action Extérieure.

De par l'incompréhension d'autrui nous perpétrons les guerres. De par la méconnaissance de notre planète nous déréglons le climat. L'exploration spatiale pourrait être un palliatif inattendu à ces dévoiements, susceptible de tirer l'humanité vers le haut.

Le pourquoi

L'espace est propice aux messages politiques, comme le rendez-vous orbital Apollo-Soyouz en 1975, un symbole de la détente entre deux blocs antagonistes. Une sorte de préambule à la station spatiale internationale, qui est devenue un rendez-vous permanent entre les puissances spatiales des années 90. La Russie avait même abandonné sa station mythique Mir pour cette coopération historique. Et depuis, la Chine s'est lancée dans la construction de son propre pied-à-terre orbital, et non le moindre, afin d'assouvir un besoin légitime de faire partie du club des grands.

Mais le défi technologique en lui-même ne suffit pas. Il faut une vision. Après six missions lunaires les moteurs d'Apollo se sont tus définitivement, par absence de rival et sans autre but que la répétition. Par la suite, la navette spatiale fut un autre fer de lance du programme spatial américain. Mais là encore, par manque d'un plan cohérent à long terme - et péché d'orgueil technologique aidant - ses allers-retours coûteux (en vies aussi) ont été abandonnés.

Le pourquoi pas

Un dogme semble être que l'exploration spatiale humaine est au-delà des capacités d'un seul pays. En fait, ce n'est qu'une question de priorité, comme l'a montré la course à la lune.

Au long cours la clef de voûte d'une entreprise hors du commun, comme l'exploration du système solaire, ne peut être que l'intérêt commun. Pour cela il faut rassembler au-delà des acteurs classiques, occidentaux, en se tournant vers des pays qui ont une aspiration à rejoindre le concert des nations. Car nul besoin d'être une puissance spatiale pour faire partie du club. Une panoplie infinie de contributions technologiques de divers niveaux sera nécessaire, en plus de contenus éducatifs, artistiques et culturels. Des projets très terre-à-terre en somme.


Un projet participatif

Au-delà de la collaboration des États, ce sont les citoyens (du monde) qui doivent être mis en avant dans cette aventure. Cela serait un bon exemple d'individus-décideurs, car la compétition pour les idées n'est pas l'apanage d'experts. D'autant plus que le résultat en sera bien visible pour tous, car d'ici 2040, les technologies de représentation holographique vont permettre de suivre une mission spatiale comme si l'on y était. Vivre ce rêve, avec sa dimension émotionnelle, sera possible.

Au-delà de l'argent public, le financement peut également être participatif, y compris sous forme de mécénat. Ce qui renforcerait la notion d'appartenance au grand public. Mais d'autres voix se profilent, comme des initiatives purement privées de type tourisme spatial. Ce qui ne laissera de place qu'aux plus offrants.

Et justement, combien ça coûte?

Les cinq plus grandes fortunes personnelles pourraient s'offrir ensemble un voyage aller-retour sur Mars. Cela équivaut aussi à une fraction de la guerre d'Irak ou des erreurs de la grande finance à l' origine de la crise de 2009. Mais la question n'est pas là. Combien cela va-t-il coûter de ne pas le faire pourrait être une interrogation plus pertinente. Si au travers de telles coopérations nous atténuons des tensions internationales, les avantages tombent sous le sens. En effet, la destruction a un coût, alors que la connaissance n'a pas de prix.

De toute façon, l'argent ne se dissipe pas dans le vide interstellaire, il fera travailler les cerveaux ici-bas. Sans compter les retombées technologiques, comme dans la robotique, ou le recyclage de l'air, de l'eau et des déchets en nourriture quand il s'agira d'envoyer des individus. Ce ne sont pas les initiatives low-cost qui font avancer la R&D, mais les défis. Tout cela pour un billet de cinéma par an et par personne, pour chaque pays contributeur. Le bénéficiaire étant l'humanité.


Au fait, pour aller où?

Dans le cosmos aussi, ce n'est pas tant la destination que le chemin qui est important. Ce qui compte le plus c'est le défi, le surpassement, comme de déposer une sonde sur une comète à des millions de kilomètres; une récente fierté européenne. Mars est bien sûr une candidate de choix. Il y a quatre milliard d'années elle était hospitalière pour la vie comme nous la connaissons, avec un océan et une atmosphère dense. De bonnes raisons pour comprendre ces changements (climatiques...) de plus près au travers d'expéditions. Mais il y a aussi moult astéroïdes et autres corps célestes, de quoi inspirer des générations successives.


Une Europe facilitatrice

L'exemple européen de coopération est unique - comme pour l'agence spatiale européenne. Mais au-delà de l'implication des agences expertes, l'exploration est un sujet politique de premier plan, un sujet unificateur. Seule une diplomatie européenne volontariste est à même d'élever le débat en l'étendant à toutes les bonnes volontés. Nous avons déjà donné l'exemple quand au début de l'aventure spatiale les spationautes européens - maintenant sous un même drapeau - ont volé avec des équipages russes et américains, sans distinction.

L'espace est un bien commun. Son exploration doit se faire par et pour les 'peuples de la Terre'. Et par-là, une prise de conscience accrue de notre place infime dans un Univers gigantesque pourrait nous inciter à plus d'introspection, de modestie existentielle, voire d'altruisme collectif. Le salut pourrait bien venir du ciel...

Didier Schmitt est un ancien membre du Bureau des Conseillers de Politique Européenne, à la Commission Européenne et membre du Service Européen pour l'Action Extérieure.
Les opinions exprimées dans le présent article sont uniquement celles de l'auteur.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/10/2015 à 20:38 :
Il est assez hilarant de voir la Commission Européenne prêcher ce genre de sermon angélique. Il est vrai que les résultats sur Galileo et les combats avec l'ESA démontrent toute la pertinence de l'approche. Sans même entrer dans le débat politique entre ces deux organismes européens, suggérer d'investir des sommes colossales, car le spatial humain est colossalement cher, dans des activités dont le retour technologique est quasi nul montre un sens des réalités ....sidéral.... Il y a beau temps que la présence d'humains dans espace, hormis le spectacle, n'apporte rien. La seule façon de 'rentabiliser' les activités spatiales, c'est de prendre le chemin de la robotique, des satellites inhabités et des sondes. Juste pour la rigolade, si aller sur Mars était si simple, et tellement à la portée de quelque grande fortune, il y a beau temps que l'on y aurait posé le pied. D'ailleurs pour le coût de quelques humains vers/sur Mars, combien de sondes pourrait on envoyer? Il y a des problèmes plus urgents sur la planète que le cirque holographique en orbite. De grace, ne réduisons pas le spatial à un cinéma politique!!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :