L'industrie, un secteur d'avenir

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Benoît Clocheret.
Benoît Clocheret. (Crédits : DR)
En France, l'industrie ne jouit pas d'une image positive sur fond de discours décliniste. Pourtant, nombre d'exemples récents montrent qu'un tel cliché n'est plus de mise d'autant que la révolution numérique est en train de faire émerger une "industrie 4.0" française. Par Benoît Clocheret, directeur général d'Artelia.

L'industrie souffre depuis plusieurs années d'une image écornée sur fond de pollutions, risques en tous genres, délocalisations ou fermetures d'usines. De cette grisaille, l'opinion inquiète n'a-t-elle pas conclu trop vite, trop systématiquement que le déclin industriel de la France est irrémédiable ?

Quand les Allemands de Siemens et les Français d'Alstom conclurent une « fusion entre égaux » ou que les Italiens de Fincantieri firent l'acquisition des Chantiers navals STX, le discours décliniste reprit de plus belle. La France délaissait une fois encore ses fleurons industriels d'importance stratégique.
 
La presse italienne répliqua. Elle nous reprochait d'oublier comment les capitaines d'industrie français avec leur puissance ont pris possession du secteur du luxe italien, l'un des trésors de son économie. Ou comment le groupe Bolloré manœuvre depuis des mois pour déloger Berlusconi de son empire de communication et télévision.
 
Au début des années 2010, le débat économique portait sur le risque d'effondrement qui guettait l'industrie automobile. Peugeot, soutenaient bien des experts, était au bord du gouffre. Le rachat ou même la disparition de la marque semblait envisageable. Quelques années plus tard, Peugeot avec le soutien de ses associés rachetait l'allemand Opel.

L'effet  Schumpeter

Le catastrophisme, auquel l'esprit public français cède facilement, gomme la réalité qui contredit ou nuance ses théories. Comme les individus, les entreprises ont des capacités de résilience. En économie, le champ des possibles n'est pas illimité, mais il est plus vaste que souvent les acteurs et les observateurs ne l'imaginent.

Autrement dit, les difficultés économiques font naître de nouvelles opportunités. C'est ce phénomène dynamique, source de surprises, de mouvements de relance, qu'a saisi Schumpeter il y a plus de cinquante ans en parlant de destruction créatrice.

C'est un fait que la robotisation de l'économie détruit des emplois. Pourtant, les trois pays qui présentent le plus haut degré de robotisation  - Allemagne, Etats-Unis, Japon -  sont aussi ceux qui bénéficient du plus faible taux de chômage. Logique schumpeterienne. 
  
Oui, le monde industriel est en perpétuelle évolution, reconstruction, à l'image de notre monde. Ouvrons les yeux, tous les nouveaux objets qui façonnent notre mode de vie, des transports à la santé, de la communication à l'alimentation, des carburants à la domotique, sont issus de nombreux secteurs industriels. L'industrie est essentielle dans les pays en développement, mais également dans les pays matures comme la France où la plupart des challenges du futur passent peu ou prou par la case « usine ».

La transition énergétique, le développement des nouveaux modes de transport, la santé, la recherche constante d'une production plus propre,  « plus verte »,  vont continuer à générer une activité soutenue, d'innovation mais aussi de constructions, réhabilitations et transformations d'usines et de bâtiments industriels.

Notre société est également de plus en plus soucieuse d'une production locale, limitant les transports à forte empreinte carbone et privilégiant les circuits courts. Cette logique s'applique également dans le monde industriel avec une relocalisation de certaines unités de production et le développement de l'économie circulaire.

L'ingénierie à l'heure de la révolution numérique

La transformation de notre modèle industriel s'opère aujourd'hui grâce à la révolution numérique : connectique, simulation virtuelle, smart grids, robotisation, communication « machine to machine », big data...

C'est ici que l'ingénierie industrielle prend tout son sens, que le talent des ingénieurs se révèle pleinement : concevoir des process fiables et innovants, développer des outils digitaux, imaginer des solutions durables et respectueuses de l'environnement, mais aussi définir les meilleures choix technico-économiques ou encore maîtriser les risques, autant d'enjeux qui doivent rendre l'industrie sans cesse plus sobre et performante. Et ce grâce aux sociétés d'ingénierie.

Ces grandes mutations à l'œuvre ont déjà des répercussions très concrètes sur le fonctionnement des industries, sur leurs investissements, et sur les sociétés d'ingénierie qui les accompagnent, prouvant que le secteur industriel se métamorphose à grands pas et s'adapte sans cesse pour réussir cette quatrième révolution industrielle, l'« industrie 4.0 ».

En témoignent de multiples innovations tels que les véhicules autonomes, les satellites à propulsion électrique, la gestion intelligente de l'eau, les solutions d'interopérabilité domotique, etc. Le lancement de l'Alliance Industrie du Futur et plus récemment de la French Lab - avec l'espoir de réitérer dans l'industrie le succès acquis dans le numérique avec la French Tech - va dans ce sens et témoigne d'une volonté politique de propulser la France parmi les leaders mondiaux de l'industrie.
 
Nous avons donc de très nombreuses raisons d'espérer : l'industrie est un secteur d'avenir et l'ingénierie avec elle. Une France responsable doit encourager, stimuler, soutenir toutes les initiatives dans ce domaine. Son futur en dépend.

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Commentaires
a écrit le 15/02/2018 à 9:56 :
Ben dites le aux actionnaires milliardaires alors svp, qui délaissent totalement ce secteur pour investir sur l'argent.
a écrit le 14/02/2018 à 20:01 :
C'était un prêche de bruno lochet nourrit de tout ce que tout le monde sait deja, un perroquet, parrot.

Ce sont les memes qui caricaturaient l'industrie en parlant des usines qui fument.
Des girouettes, toujours dans le sens du vent mais comme il y a de très grand voiliers devant eux qui les mettent dans l'ombre éolienne ils perdent toujours la coupe de l'america...
a écrit le 14/02/2018 à 16:51 :
Cela fait référence à l’étude menée par EY, Accenture et Roland Berger sur l’industrie du futur (www.rolandberger.com) ?
Passer du 1.0 au 4.0, cela fait une sacrée mise à jour et il n’est pas sur que le hardware suive.
Il faudrait déjà se questionner sur les raisons de cet état d’esprit, pour ne pas retomber dans les mêmes travers. On pourrait chercher du côté de la population, des ouvriers ou techniciens, pour beaucoup très attachés (trop ?) à leur activité traditionnelle et au savoir faire. Facile à corriger par une MAJ technologique. Mais aussi du côté des patrons d’industrie, qui pour beaucoup abandonnèrent des entreprises ou des pans entiers d’activités en rase campagne, ce à la première difficulté ou mise en concurrence. Il y eut des errements et des conflits inutiles qui semèrent le doute. Pour preuve, ou pour conséquence de ce « doute », le manque d’investissements et dieu sait si les financiers analysent et comparent sans cesse, mais à un moment on se demandait si les patrons Français étaient en capacité de conduire le changement… (j’admets que sortir du charbon ne fut pas facile, pour preuve il demeure même quelques nostalgiques). Heureusement qu’il y eut des réussites et des groupes qui ont su se mondialiser, s’adaptant aussi à d’autres cultures et méthodes, le début de la collaboration européenne et l’arrivée d’investisseurs étrangers participèrent aussi au changement culturel.
On pourrait aussi mettre cela sur le dos d’une recherche du moindre coût, mais cela n’explique en rien le succès de l’Allemagne ou de l’Italie.
L’industrie est incontestablement un secteur d’avenir, mais pas l’industrie du siècle dernier. La nouvelle, celle des avances technologiques et de l’automatisation, celle qui va détruire des emplois en quantité et en créer d’autres, et surtout nécessiter une importante mise à jour de nos systèmes. Il serait enfin temps d’appliquer le taylorisme aux machines et non aux humains. (http://www.editions-ellipses.fr/PDF/9782340023161_extrait.pdf)
Autres contraintes :
- il faut faire vite, car plus de 10 ans sont nécessaires pour construire une industrie.
- dans un contexte de moindre croissance interne, cela oblige à être concurrentiel pour pouvoir se confronter d’entrée à la concurrence mondiale.
- il ne faut pas confondre performance industrielle et nombre d’emplois industriels. Le nombre d’emplois devrait globalement baisser, ce qui oblige à envisager une meilleure répartition du travail ou de la richesse produite. Mais c’est déjà un autre sujet, vieux comme le monde.
Réponse de le 15/02/2018 à 8:23 :
Pour être concurrentiel, il faudrait appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique, c'est à dire réduire les prélèvements à la charge des entreprises pour les reporter sur la consommation d'énergie.

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