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L'inflation, un coup de pouce providentiel pour la planète ?

Karl Eychenne

Publié le 13 novembre 2022 à 07:16

Illustration montre des figurines devant un graphique representant l'inflation

Illustration montre des figurines devant un graphique representant l'inflation

DADO RUVIC

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Photo d'illustration de l'article
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CHRONIQUE. L'inflation est une bien mauvaise nouvelle pour la santé de l'économie mondiale. Mais elle pourrait être une très bonne nouvelle pour la santé de la planète. Par Karl Eychenne, chercheur chez Oblomov et Bartleby.

L'inflation vole la vedette à la planète. Désormais, tout le monde ne parle que de hausses de prix, et plus de hausses des températures. Nos autorités ont des priorités. Il s'agit de sauver le pouvoir d'achat avant de penser à sauver la planète. Adieu la neutralité carbone en 2050 ? Pas si sûr. En vérité, l'inflation galopante pourrait créer des conditions particulièrement favorables pour de moindres émissions de CO2.

Bien évidemment, cela ne signifie pas que les efforts à produire seraient moindres de la part des gouvernants et des gouvernés, comme le rappelle notamment Jean Pisany Ferry dans une note tout juste publiée. Mais peut-être l'inflation agira-t-elle comme une nécessité de réagir faisant vertu, pour paraphraser Alain méditant sur le Bonheur.

Le bol d'air à court terme

Le premier effet favorable de l'inflation devrait être lié à l'essoufflement de l'activité économique. Lorsque nous produisons moins, la planète respire. Et cet effet est majeur, comme nous avons pu le constater avec la Covid. Le PIB confiné a chuté de près de -5% en 2020, les émissions de CO2 ont chuté de -5% en 2020. En 2021, le PIB déconfiné a rebondi de +6%, les émissions de CO2 ont également rebondi de près de +6%. Certes, corrélation n'est pas causalité. Mais le chercheur dispose désormais d'un éclairage intéressant sur une question majeure : l'Homme joue bien un rôle majeur dans les émissions de CO2.

Demain ? L'inflation galopante provoque une forte baisse du pouvoir d'achat, et anticipe donc un essoufflement significatif de l'activité économique. Si l'on poursuit le raisonnement décrit plus haut, l'essoufflement de l'activité exercera un frein aux émissions de CO2. Ce ralentissement de l'activité économique pourrait même être plus important encore, compte tenu des politiques monétaires menées par les Banques Centrales. En effet, ces dernières cherchent à faire à reculer l'inflation en freinant la demande. Pour ce faire elles procèdent à des remontées de taux d'intérêt directeurs afin de rendre le financement de l'économie plus difficile. L'activité économique subirait alors 2 effets susceptibles de l'essouffler : la hausse du coût de l'argent (les taux) et la hausse du coût de la vie (les prix).

La transition énergétique devient une affaire rentable

Un projet d'investissement doit être rentable ou ne pas être. Même s'il s'agit d'un projet destiné à la sauvegarde de notre planète. C'est d'ailleurs pour cette raison que si peu de projets finançant la transition énergétique ont vu le jour jusqu'à aujourd'hui : parce qu'ils étaient jugés trop onéreux. D'un point de vue académique, ce problème est devenu très populaire depuis que 2 chercheurs se sont opposés sur le sujet durant les années 2000. Nicholas Stern qui proposa un taux d'intérêt socialement responsable suffisamment bas pour rendre le projet de sauvegarde de la planète viable. William Nordhaus plus pragmatique qui opposa un taux plus haut, mais plus proche de celui pratiqué par les marchés financiers. Depuis, les politiques prennent partie pour l'un ou l'autre : Obama plutôt Stern, Trump plutôt Nordhaus.

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Demain ? L'inflation oblige déjà les Banques Centrales à remonter leurs taux, comme dit plus haut. Toutefois, les autorités semblent agir avec beaucoup de retenue, conscientes des dommages collatéraux qu'une politique monétaire trop restrictive pourrait avoir sur l'emploi et l'activité : le risque d'une récession majeure. Pour preuve, les taux d'intérêt directeurs n'ont été rehaussés qu'à 4% aux États-Unis et 2% en zone euro, alors que l'inflation y culmine entre 8 et 10%. Les taux sont donc bien inférieurs à l'inflation, ce qui produit un coût réel de financement très faible et constitue donc une opportunité pour des projets d'investissements. Certes, la hausse des taux n'est pas terminée de la part des Banques Centrales. De même, l'inflation retenue pour des investissements de long terme est plutôt une inflation anticipée, aujourd'hui plus faible que celle observée à près de 3%.

La taxe carbone Poutinienne

Sans le vouloir, Poutine a peut-être rendu un fier service à la cause climatique. De la même manière que Poutine a réactivé l'OTAN, il a réactivé le débat sur la taxe carbone. Jusqu'alors, l'idée d'une telle taxe semblait faire consensus parmi les économistes, mais peinait à franchir un cap décisif. Une taxe oblige chacun de nous à devoir faire un choix, à prendre position : s'acquitter de la taxe pour acquérir le produit, ou s'en priver et préférer un autre produit.

«La tarification du carbone est un signal essentiel pour transférer notre ambition climatique collective à tous les citoyens, les consommateurs et les producteurs (...) un prix uniforme du carbone est nécessaire pour permettre une transition écologique efficace et juste», comme il est apporté dans le rapport «les grands défis économiques» publié en 2021 avec les contributions de grands noms de la recherche académique (Jean Tirole, Olivier Blanchard, Dani Rodrick...).

La France peut notamment compter sur Christian Gollier, dont l'expertise et l'engagement nous invitent à la réflexion dans l'enceinte du Collège de France.

Demain ?

«Vladimir Poutine vient de faire exploser l'ère des énergies fossiles... Cette guerre a mis en place une taxe mondiale sur le carbone bien plus importante que celle que les économistes voulaient instaurer», nous fait remarquerAmory Lovins, penseur et acteur de l'efficacité énergétique.

L'inflation galopante est de fait une taxe carbone qui ne dit pas son nom. Une inflation qui s'explique principalement par les tensions sur les prix de l'énergie, initiée avec la Covid, mais largement entretenue par le conflit ukrainien. De fait, la valeur du carbone semble donc avoir atteint des niveaux suffisamment élevés pour être qualifiés de prohibitifs, constituant un argument financier convaincant pour réfléchir à d'autres sources d'énergie non fossile.

Trois raisons d'y croire

À lire également

  • Banques Centrales : l'art de l'improvisation
  • Marchés : de l'appétit à l'apathie pour le risque
  • Les marchés financiers sont de nouveau prévisibles
  • Marchés d'actions : point de salut sans baisse des taux

Le scénario qui vient d'être décrit propose que l'inflation galopante produise 3 effets favorables pour de moindres émissions de CO2. Le 1er effet lié à l'essoufflement de l'activité économique produirait un effet quantité favorable à court terme : nous serons toujours aussi nombreux à polluer, mais chacun polluera moins. Les 2e et 3e effets liés à la rentabilité de la transition énergétique et la taxe carbone produiront un effet qualité favorable à moyen - long terme : nous utiliserons toujours autant d'énergie pour produire, mais la part d'énergie fossile sera moins forte, car devenue trop onéreuse relativement à d'autres énergies.

« Quand les hommes ne choisissent pas, les événements choisissent pour eux »Raymond Aron

Karl Eychenne

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