La confrontation, paradoxal catalyseur de confiance 14/31

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Jean-Luc Fallou.
Jean-Luc Fallou. (Crédits : TMA-Stratorg)
LA CONFIANCE, OU COMMENT RASSEMBLER LE TROUPEAU DE CHATS [14/31]. Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans un monde férocement individualiste, la confiance pourrait être le socle d'une nouvelle organisation de l'entreprise, voire d'un pays. "La Tribune", en partenariat avec Trust Management Advisors, publie une série d'une trentaine de textes dédiés à la confiance sous ses différentes facettes, sociétale, entrepreneuriale, associant une réflexion de fond et des exemples très concrets issus de cas réels.

En octobre 1962, alors que des missiles nucléaires viennent d'être découverts à Cuba, J.F. Kennedy fait un immense pari. Convaincu que Khroutchev ne voudra pas plus que lui entraîner le monde à sa perte, il prend le risque d'adopter envers l'URSS une attitude d'extrême fermeté, mais sans agressivité, en ordonnant le blocus de l'île et en préparant ses troupes à l'invasion. Contre l'avis des va-t-en-guerre du Pentagone, il laisse cependant une discrète porte ouverte à la discussion, ce qui permettra finalement aux deux parties d'éviter à la fois le conflit et l'humiliation.

Apogée de la Guerre froide, la crise des missiles de Cuba fut aussi le point de départ de la détente entre Américains et Soviétiques. Dans cette confrontation paroxystique, s'est cristallisée la certitude que ni les uns ni les autres n'étaient prêts à tout sacrifier à une apocalypse nucléaire. Et s'il serait exagéré de parler de confiance entre les deux adversaires, ils s'accordent du moins tacitement sur les règles de leur futur jeu planétaire.

Parfois, mieux vaut un orage salvateur

De nos jours, dans le monde du troupeau de chats, l'habitude est au contraire d'éviter à tout prix le conflit. Surtout pas de vagues ! On s'effarouche du moindre accrochage et la confrontation, dernier refuge des brutes, des imbéciles et des apprentis sorciers, est forcément un échec dont rien de bon ne peut sortir. Bien entendu, il n'est pas question ici de pousser au pugilat mais, dans certains cas, refuser de percer hardiment un abcès peut se payer par des conflits larvés qui ulcèrent et gangrènent. Non seulement le problème originel n'est pas réglé, mais il se double d'un climat délétère et d'une défiance rampante entre les parties et envers ceux qui auraient eu vocation à les départager. Parfois, comme à Cuba, mieux vaut qu'un orage salvateur crève enfin ce ciel bas et lourd.

Spontanément, on a tendance à associer la confiance à des notions comme l'apaisement, la sérénité ou le consensus. En réalité, la confiance est avant tout une affaire de franchise et il est parfois bénéfique d'aborder sans détour, et avec une certaine vigueur, ses points de désaccord. C'est même paradoxalement l'un des plus puissants catalyseurs de la confiance car l'intensité du choc peut sublimer l'antagonisme et permettre de refonder la relation sur une forme d'estime mutuelle, voire de complicité. Pour cela, il faut toutefois que la confrontation soit maîtrisée et son énergie dirigée vers une sortie de crise, ainsi que JFK l'a admirablement fait.

Quand l'explication musclée mais correcte est la meilleure option

L'entreprise n'est pas étrangère à de telles situations où une explication musclée mais correcte s'avère la meilleure option. C'est notamment le cas lors d'une fusion entre deux organisations aux cultures voisines. En décryptant l'ADN respectif des deux entités, la méthode du Contrat invisible® peut faire émerger des valeurs ou des attitudes dont la similitude sera davantage source de conflits que de synergies. Par exemple, si deux entreprises industrielles sont chacune persuadées d'être le champion absolu de l'innovation ou l'expert incontesté de leur domaine, leur union est promise à faire des étincelles. Personne ne voudra céder et, au lieu de s'additionner, leurs forces s'annihileront dans une guerre de religion stérile, ou bien s'enliseront dans une organisation savamment équilibrée mais inefficiente et truffée de doublons. Le seul moyen pour sortir rapidement et par le haut de cette rivalité est de placer les deux équipes au pied du mur pour les contraindre à une confrontation salutaire. Puisque vous êtes si bons, montrez-le donc et que le meilleur gagne !

Quand le conflit couve et que la confiance est au plus bas, il faut s'appuyer sur des enjeux si fondamentaux que les acteurs n'ont d'autre choix que de parvenir à une solution car les conséquences d'un échec leur seraient intolérables. Pour Kennedy et Khroutchev, ce fut le refus de déclencher le feu nucléaire. Dans l'entreprise, ce peut être l'orgueil de relever un défi technique ou la volonté de conserver coûte que coûte une activité. Du conflit ainsi provoqué et maîtrisé naît alors un nouvel ordre purgé des divergences passées et porteur d'une confiance en germe.

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LES AUTEURS

La société Trust Management Advisors-Stratorg est une société de conseil et de services aux directions générales dédiée au management par la confiance. Les auteurs ont forgé en son sein depuis 20 ans un corpus de méthodes et d'outils, en co-innovation à la fois conceptuelle et pratique avec des dirigeants et des sociologues. Ils prouvent au quotidien que si la confiance ne se décrète pas, elle se mérite, et se construit par l'élaboration d'un dialogue outillé et organisé.

Jean-Luc FALLOU (Insead, École des Mines) est le président de Trust Management Advisors-Stratorg depuis 1998, il est également le président-fondateur de Trust Management Institute.

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Commentaires
a écrit le 24/04/2019 à 11:56 :
Si la confrontation est « saine » alors ok ça peut désamorcer le conflit et déclencher un dialogue .( sachant que ne pas parler est aussi de la communication)

Les carottes sont cuites pour les lapinous et pour le troupeau de chat , ce sont des lunettes virtuelles pour l’éternité ...

La destruction de la confiance mondiale est de 88%
Dans 30 ans ( je ne serais plus là sûrement ) ça seront de l’ordre de 98,7%.
a écrit le 24/04/2019 à 9:22 :
pourquoi "confrontation" ?

Vous essayer de calquer les phénomènes à votre mode de pensée alors que tout simplement comme le dit Nietzsche, le dialogue, à savoir deux personnes qui discutent entre elles est un des moments les plus agréables de la vie.

Alors que quand on discute à plusieurs l'instinct du chef de clan ne cesse d'essayer de s'imposer rendant du coup bien plus difficile la diffusion des idées.

Ensuite qu'une discussion se transforme harmoniquement ou par la confrontation il en résultera forcément du bon sauf bien entendu si on a à faire avec l'imbécile habituel petit chef illégitime et donc improductif car bourré de ressentiments et n'ayant pas envie d'avancer.

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