France, grande puissance maritime ? Il ne te manque que la confiance en toi ! 7/31

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Jacques Lefevre et Bernard Planchais.
Jacques Lefevre et Bernard Planchais. (Crédits : DR)
LA CONFIANCE, OU COMMENT RASSEMBLER LE TROUPEAU DE CHATS. [7/31] Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans un monde férocement individualiste, la confiance pourrait être le socle d'une nouvelle organisation de l'entreprise, voire d'un pays. "La Tribune", en partenariat avec Trust Management Advisors, publie une série d'une trentaine de textes dédiés à la confiance sous ses différentes facettes, sociétale, entrepreneuriale, associant une réflexion de fond et des exemples très concrets issus de cas réels.

On disait jadis de l'empire de Charles Quint que le soleil ne s'y couchait jamais. Qui, de nos jours, imaginerait qu'un pays peut encore se targuer d'une telle épithète ? Et pourtant, les Français l'ignorent souvent, mais ce pays, c'est le leur. De fait, la France peut être considérée comme le plus vaste archipel du monde, ce dont elle tire des atouts incomparables : la deuxième plus vaste zone économique exclusive au monde, des ressources naturelles exceptionnelles, des Outre-mer situés sur les cinq océans aux carrefours des grandes voies maritimes et une Métropole à la proue de l'Europe, ouverte sur l'Atlantique et la Méditerranée... La France est un géant des mers qui s'ignore et qu'il est plus que temps de réveiller.

Bien que l'économie maritime française pèse déjà 80 milliards d'euros et 340.000 emplois (*) , son potentiel reste largement sous-exploité. Conscients du gisement de croissance et d'emplois qui dort sur, sous et au bord des mers, les professionnels et les pouvoirs publics ont œuvré ces dernières années à mettre en place les nécessaires catalyseurs pour l'exploiter davantage. Depuis 2006, le Cluster maritime français (CMF) réunit l'ensemble des acteurs de l'écosystème maritime et, en 2017, a été créé le Comité France maritime, une instance partenariale innovante entre le CMF et le Secrétariat général de la mer (SGMer), afin de renforcer la concertation et de favoriser des décisions rapides. Mais, en dépit de ces efforts, l'économie maritime française stagne, loin du dynamisme affiché, par exemple, par les pays d'Europe du Nord et la Chine.

Créer une « équipe de France du maritime »

La débâcle actuelle des énergies marines renouvelables (EMR), l'une des nombreuses filières de cette économie bleue, compile la plupart des raisons de ce marasme : ambiguïtés de l'État, annonces sans lendemain, moyens mal orientés, complexité administrative, guerres picrocholines et luttes fratricides... Autant de facteurs qui empêchent la France de développer rapidement une filière au potentiel et aux avantages pourtant avérés. Là comme ailleurs, le problème fondamental est qu'il n'y a qu'une seule mer et que le littoral n'est pas extensible ! Il en résulte inévitablement des conflits d'usage et des tensions parfois vives entre les acteurs. Ce n'est qu'en surmontant ces antagonismes et en parvenant à jouer enfin collectif que notre pays pourra réellement tirer parti de son or bleu.

Créer une telle « équipe de France du maritime » n'est nullement un vœu pieux. il a démontré qu'il est possible, grâce à la confiance, de sortir par le haut de ce type de situation, où cohabitent au sein d'un écosystème borné des acteurs aux intérêts divergents. Par le dialogue et la méthode, on amène les parties à reconnaître leurs enjeux réciproques, à se donner des buts communs et à unir leurs forces pour les atteindre. Or, dans le domaine maritime, si les acteurs ont de nombreux sujets de dissensions, ils ont aussi quantités de raisons de se mettre autour d'une table : l'aspiration commune à un développement durable de l'économie maritime et littorale, un même attachement à la mer et à sa préservation, les solidarités de fait que crée cet environnement à nul autre pareil, avec son droit, ses compétences, ses exigences et ses risques si particuliers...

Qui pour piloter le développement de l'économie maritime ?

Source de frictions, cette proximité constitue aussi un facteur de compréhension mutuelle et donc le creuset d'une confiance constructive. Sur un sujet donné, les acteurs concernés peuvent convenir d'un objectif qui transcende leurs divisions. À l'image des « commandos de filière » évoqués dans un précédent article, ils peuvent alors trouver dans l'alignement, la coordination, la mutualisation et la coopération des leviers à même de créer un surplus de valeur qui non seulement préserve, mais maximise leurs intérêts respectifs.

À cette équipe de France, il faut toutefois un entraîneur. L'étendue, la complexité et l'imbrication des questions nécessitent en effet une capacité transversale d'orientation, de mobilisation, de soutien et d'arbitrage. À cet effet, la France pourrait initier un mode de fonctionnement inédit, ne relevant ni d'un dirigisme révolu ni du catalogue de mesures, mais capable de faire émerger et aboutir les initiatives du terrain. S'inspirant de la façon dont les entreprises conduisent leurs grands projets, le développement de l'économie maritime serait confié à une équipe de pilotage mixte, pluridisciplinaire, relativement restreinte mais dotée d'une réelle capacité d'action et d'une légitimité indiscutable. Son rôle serait de formaliser l'ambition maritime de la France à l'horizon 2030-2040 avec l'ensemble des acteurs concernés, puis de décliner cette vision stratégique sur les sujets clés - ports, pêche, EMR, construction navale, biotechnologies, exploitation minière... - avec des objectifs et une feuille de route précis. Elle se mettrait alors au service des acteurs dans un rôle de coordinateur et de facilitateur, s'attachant notamment à assurer la cohérence de l'ambition nationale et à lever les obstacles - juridiques, administratifs, techniques, financiers... - à leurs projets.

Légère et pragmatique, cette approche originale serait à même d'engager une dynamique de confiance vertueuse parmi les acteurs du monde maritime, et de donner à cette équipe la cohésion et l'élan nécessaires pour que la France accomplisse son destin de grande puissance maritime du XXIe siècle.

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(*) CMF, 2018

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LES AUTEURS

La société Trust Management Advisors-Stratorg est une société de conseil et de services aux directions générales dédiée au management par la confiance. Les auteurs ont forgé en son sein depuis 20 ans un corpus de méthodes et d'outils, en co-innovation à la fois conceptuelle et pratique avec des dirigeants et des sociologues. Ils prouvent au quotidien que si la confiance ne se décrète pas, elle se mérite, et se construit par l'élaboration d'un dialogue outillé et organisé.

Jacques LEFEVRE (Isae-Supaero) est associé chez Trust Management Advisors-Stratorg et cofondateur de Trust Management Institute.

Bernard PLANCHAIS (X, Ensta) est associé chez Trust Management Advisors-Stratorg et vice-président de Trust Management Institute.

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▶︎ PROCHAIN ARTICLE, mercredi 13 mars 2019 :

Grands groupes et startups : la confiance, accélérateur de la France 4.0 
par Jacques Lefevre et Bernard Planchais

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La confiance, ou comment rassembler le troupeau de chats 1/31
Touche pas à mon contrat invisible ! 2/31
La confiance française se reconstruira par le bas 3/31
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Grands groupes et startups : la confiance, accélérateur de la France 4.0 (8/31)
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Commentaires
a écrit le 08/03/2019 à 18:01 :
Un bon moyen d'obtenir la "confiance vertueuse" est de prouver ses "vertus" par ses actions passées. Peut-on faire confiance à un ex DG d'un grand groupe d'armement, qui a entraîné le dit groupe dans l'aventure hasardeuse des énergies marines en 2007 quand 11 ans plus tard on constate des pertes abyssales qui se chiffrent en centaines de millions d'euros d'argent public? Le fiasco des hydroliennes, qui a vu, la "première usine d'hydroliennes au monde" de Cherbourg fermer un mois après son inauguration majestueuse, est d'autant plus lamentable qu'il a pour origine la CONFIANCE des élus bernés par des marchands de rêves peu scrupuleux. L'auteur de cet article dès 2009 promettait déjà des milliers d'emplois.
a écrit le 07/03/2019 à 10:40 :
La France est sous la tutelle d'une administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles et n'est plus souveraine, donc... tout est dit!
a écrit le 06/03/2019 à 18:30 :
Si c'est bon pour la France c'est bon pour l'Europe, il faut convaincre les européens notamment l'Allemagne d'investir dans l'Europe d'outres-mer, bien que j'imagine l'Europe aide déjà nos îles sur le plan sociales :)
Réponse de le 06/03/2019 à 23:59 :
@dilemblue, quelle honte de dire et de croire des choses pareilles ! L' Europe aide nos îles sur le plan social ?? L' Europe, ou plutôt l'UE, n'as pas un kopeck. Elle ne génère aucune richesse !! Elle se contente de ré-distribuer l'argent que chaque pays lui verse. Concernant la France, nous versons au budget européen 9 milliards de plus que ce que nous recevons en subventions "européennes". Donc l'aide sociale de nos îles, et autre PAC, est 100% française !!!
Réponse de le 08/03/2019 à 5:03 :
A Dilemblue.
Ce que vous racontez fera plaisir aux gens vivants dans ces lointaines contrees francaises malgres elles.

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