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La crise économique va-t-elle permettre de redéfinir l'entrepreneuriat féminin ?

Violaine de Filippis-Abate (*)

Publié le 08 mars 2021 à 14:11 - Mis à jour le 29 avril 2021 à 13:26

entreprenariat

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. En cette période de crise sanitaire et économique, la journée internationale des droits des femmes est l'occasion de se questionner sur leur place dans le monde du travail et leur rapport à l'entrepreneuriat. (*) Par Me Violaine de Filippis-Abate, Avocate en droit des affaires et fondatrice du e-media girl-boss.fr

Le féminisme actuel est largement dominé par la question des violences faites aux femmes. La libération de la parole qui en découle est un phénomène puissant et réjouissant, pour qu'enfin une vie de femme ne soit plus jalonnée de ces agressions. Si ce combat est donc salutaire, il tend aussi, à cannibaliser les autres enjeux et à cristalliser la femme-victime. Victime révoltée, forte, courageuse, enragée même, mais victime.

Un autre modèle que la femme-victime

Le féminisme ne doit ainsi pas être exclusif d'un « women empowerment », qui est son allié, bien plus que son rival. Les femmes de pouvoir sont aussi des femmes violées. Elles sont aussi des victimes. Elles incarnent toutefois une autre figure indispensable du combat, un autre modèle dans la lutte.

En effet, le patriarcat étant un système, sa destruction doit venir de partout. Nos guérillas doivent se mener dans tous les champs. Il en va ainsi au premier chef de nos carrières professionnelles.

Cela fait près de soixante ans, que nous pouvons ouvrir un compte bancaire et travailler sans recueillir le généreux octroi de Monsieur. Formidable avancée ! Nous pouvons donc choisir seule. Choisir le temps partiel, choisir le foyer, choisir l'inhibition de nos carrières à l'approche du pouvoir plus grand, du salaire plus gros, des enfants à garder ?  À voir !

Un monde à conquérir

Car, il suffit de donner quelques chiffres pour mesurer ce qu'il reste à conquérir.

En premier lieu, les femmes représentent plus des trois quarts des travailleurs à temps partiel. Le temps partiel c'est-à-dire plus de temps pour le foyer, mais moins d'argent, plus de précarité et aucune perspective d'évolution de carrière ainsi qu'une retraite réduite à la portion congrue comme l'ont signalé tant de syndicats.

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En deuxième lieu, si les femmes constituent 40% des cadres, elles ne sont plus que 20% des cadres dirigeants (étude Eurostat). La haute altitude est le lieu de nos complexes d'infériorité, de nos syndromes d'imposture, de ce surmoi d'une cime mâle.

En dernier lieu, salariat et entrepreneuriat partagent les mêmes écarts. Les femmes représentent en effet seulement un dirigeant sur quatre, d'après un rapport des greffes des tribunaux de commerce de 2019. De la même manière, ce rapport pointe que le chiffre d'affaires moyen réalisé par les entreprises dirigées par des femmes est deux fois inférieur, à celui de celles dirigées par des hommes.

La loi comme levier pour atteindre l'égalité réelle

Face à la trop lente évolution des mentalités, on sait que la loi est souvent l'un des seuls recours vers l'égalité réelle.

Pour encourager et faciliter l'accès à l'entrepreneuriat féminin, il est important de sensibiliser les jeunes. Sur ce point, il existe déjà « la semaine de sensibilisation des jeunes à l'entrepreneuriat féminin » qui vise les 13-25 ans. Au cours de cette semaine, les entrepreneuses vont à la rencontre d'élèves et d'étudiants dans les collèges, lycées et établissements de l'enseignement supérieur. Toutefois, les établissements n'ont pas d'obligation à participer à cet événement. Il conviendrait donc de rendre obligatoire leur participation. Une matière portant sur le développement de projets et l'entrepreneuriat pourrait également être instaurée.

Par ailleurs, de nombreux contrats de travail comportent une « clause d'exclusivité ». Il s'agit d'une stipulation qui interdit de développer une quelconque activité indépendante en parallèle d'un emploi salarié. Or, plusieurs conditions subordonnent la validité de cette clause. En effet, l'exclusivité doit être indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise. Elle doit également être justifiée par la nature de la tâche à accomplir. Pour finir, l'exclusivité doit être proportionnée au but recherché. Beaucoup d'employeurs insèrent ces clauses de façon abusive, en ne respectant pas ces conditions. Cela induit une croyance erronée dans l'esprit de la salariée qui pense qu'elle ne peut pas créer son entreprise. La loi devrait prévoir une pénalité financière spécifique, forfaitaire et claire, pour sanctionner les employeurs qui maintiennent des clauses d'exclusivité illégales. Rappelons d'ailleurs qu'en tout état de cause, et sauf pour les VRP, la clause d'exclusivité n'est pas opposable pendant une durée de 12 mois à compter de la création d'une activité. Cette précision devrait également figurer obligatoirement dans les contrats de travail.

La pandémie, révélatrice de la grande fragilité des entrepreneures

Enfin, la crise sanitaire met également en exergue le fait qu'il est particulièrement difficile de s'organiser pour les femmes, la répartition de la charge mentale dans les foyers n'étant toujours pas égalitaire. La fermeture des écoles pendant le 1er confinement est d'ailleurs venue rappeler frontalement l'inégalité femme-homme dans la garde des enfants et le suivi scolaire.

L'égalité entrepreneuriale n'est donc qu'un problème parmi tant d'autres, bien plus difficiles à régler car découlant plus des mentalités (y compris celles des femmes), que de la loi. Car pour tous, il est encore considéré consciemment ou inconsciemment comme « normal », le fait que la femme ait un poste inférieur, gagne moins, sacrifie sa carrière à la maternité et à l'éducation des enfants. C'est un réflexe global, lourdement conditionné, qui n'en est qu'au début de sa déconstruction.

Le simple fait de changer de nom en cours de vie et donc de carrière, après un mariage, participe des signaux mous et brutaux de l'infantilisation des femmes, acceptés par elles comme coutume et soumission. Gisèle Halimi écrivait encore dans son dernier livre (2020) :

« Nous sommes encore si loin du compte. Il nous faut une révolution des mœurs, des esprits, des mentalités. Un changement radical dans les rapports humains ».

Une opportunité de changement se profile sous la crise

À lire également

  • Index égalité hommes-femmes : 53 entreprises épinglées trois ans de suite
  • Journée des femmes: LREM propose une loi pour encadrer l'égalité hommes-femmes
  • La (très) lente progression de la lutte contre les inégalités hommes-femmes en quatre graphiques

La crise économique actuelle est à la fois une catastrophe et l'opportunité d'un tel changement, notamment à travers une accélération de la redéfinition du salariat traditionnel. Si le salariat doit être le modèle déclinant, alors que les femmes l'anticipent, au lieu d'être une fois encore à la remorque de l'histoire économique-sociale, à la remorque des choix des hommes.

Femmes de tous les pays, fédérez-vous et créez vos boîtes !

Violaine de Filippis-Abate (*)

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