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Le Brexit : l'éternelle impasse ?

Mariem Brahim et Fakhri Korbi

Publié le 21 octobre 2019 à 13:36 - Mis à jour le 21 octobre 2019 à 13:58

Boris Johnson, à la Chambre des Lords, le parlement britannique.

Boris Johnson, à la Chambre des Lords, le parlement britannique.

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Le 19 octobre, les députés britanniques ont voté le report de leur décision sur l'accord proposé par Boris Johnson. Cela pourrait entraîner un report du Brexit au 31 janvier 2020. C'est donc une nouvelle défaite pour le Premier ministre britannique. Une renégociation en urgence d'un accord avec Bruxelles n'est pas à exclure. Par Mariem Brahim[1] et Fakhri Korbi[2]

Avec l'arrivée de la date butoir du 31 octobre, l'inquiétude et le stress montent. La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, prévue à cette date, inquiète de plus en plus les entreprises européennes. Le Royaume-Uni et l'Union européenne sont engagés dans d'ultimes tractations avec l'espoir de parvenir à un accord de divorce avant la fin du mois. La perspective d'une récession économique et financière prend corps. La course aux valeurs refuges comme l'or en est l'un des symptômes.

Il y a quelques jours, un accord fut trouvé entre les responsables européens. Une issue saluée avec beaucoup d'emphase, sinon de précipitation, par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et tous les négociateurs. A l'exception toutefois du vice-président du parti nord-irlandais DUP, Nigel Dodds, qui reprochait à M. Johnson de s'être trop avancé, et d'autant plus que cet accord semblait identique à celui négocié avec Theresa May l'année précédente, du moins sur plusieurs points.

Or, le 19 octobre, les députés britanniques ont voté le report de leur décision sur l'accord en question. Ce qui pourrait entraîner un report du Brexit au 31 janvier 2020. C'est donc une nouvelle défaite pour le premier ministre britannique. Une renégociation en urgence d'un accord avec Bruxelles n'est donc plus à exclure.

Soulagement en Irlande

Pour l'heure, en Irlande, c'est le soulagement, alors qu'on craignait le retour à une frontière physique entre les deux Irlande. Les règles européennes vont continuer de s'appliquer aux marchandises nord-irlandaises. Les biens seront contrôlés en Irlande du Nord et la frontière douanière en quelque sorte déplacée en mer d'Irlande, entre la Grande-Bretagne et l'Irlande. Pour autant, les entreprises locales demeurent inquiètes, notamment en ce qui concerne les formalités administratives qui risquent de rebuter beaucoup d'investisseurs souhaitant s'installer en Irlande du Nord.

Maintenant, ne convient-il pas d'examiner le contenu de ce « vrai faux » accord qui était sensé fixer les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ?

- Concernant le Royaume-Uni, sa « facture de divorce » s'élèvera à 33 milliards de livres. Quant aux citoyens européens vivant au Royaume-Uni et citoyens britanniques installés dans l'UE, leurs droits seront garantis.

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- L'accord prévoyait aussi les futures relations entre Londres et Bruxelles, les Britanniques s'étant notamment engagés à aligner leur réglementation sur les règles européennes en matière d'environnement, de normes sociales et de concurrence.

- Londres et Bruxelles s'étaient surtout entendus sur la délicate question irlandaise, essentiellement sur la manière d'éviter le retour d'une frontière physique entre la République d'Irlande, membre de l'Union européenne, et l'Irlande du Nord, province britannique. La paix sur l'île était probablement à ce prix. En un mot, l'Irlande du Nord aurait pu, non seulement conclure des accords de libre échange, mais aussi profiter de ses propres tarifs douaniers et exporter ses produits dans le monde entier. Elle aurait été alignée sur le marché unique de l'UE, et le Royaume-Uni n'aurait pas appliqué de droits de douane sur les produits entrant en Irlande du Nord, à la condition qu'ils ne fussent pas destinés à un transfert ultérieur par delà la frontière.

Quelles conséquences économiques et sociales ?

- Tout d'abord, une hausse du chômage comprise entre 2% et 3% est attendue au Royaume-Uni. Cela devrait se traduire par une perte 950.000 emplois d'ici 2020.

Par ailleurs, q

uel que soit l'accord, le retour des barrières commerciales pénalisera les exportations.

D'après la CNUCED, les pertes du Royaume-Uni devraient s'élever à

6 milliards de dollars. Le FMI envisage pour le moins une perte de croissance du PIB de 6 % jusqu'à 2030.
- Depuis 2016, date du référendum, les entrées d'IDE auraient baissé au Royaume-Uni de 16% à 20% chaque année. Une tendance qui devrait se poursuivre durant les prochaines années.

Selon les statistiques de la base de données « FDI Intelligence », la perte la plus importante du nombre de projets d'IDE au Royaume-Uni se situerait dans le secteur manufacturier. Les investissements provenant de l'UE27 au Royaume-Uni ont diminué de 11%. C'est un fait : le Brexit constitue plus un problème pour les entreprises britanniques que pour celles de l'UE. C'est pourquoi le nombre de nouveaux investissements réalisés par les entreprises britanniques dans les 27 pays de l'UE a augmenté de 12%. Rien n'est certain mais si elles délocalisent leur production dans l'UE27, c'est parce que les sociétés britanniques s'attendent à de grandes difficultés quant à leur faculté d'exporter.

_______

[1]

Mariem Brahim : Enseignant-chercheur à l'ESLSCA Business School Paris

[2]

Fakhri Korbi : Enseignant-chercheur à l'Université Paris Sorbonne Cité

Mariem Brahim et Fakhri Korbi

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