Le coût d'un "Brexit" : fantasmes et vrais enjeux

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les fantasmes et vrais enjeux liés au "Brexit", l'éventuelle sortie de la Grande-Bretagne de l'Europe

Après le Grexit, voici que c'est le Brexit qui excite. Les évaluations vont déjà bon train. Sans que l'on connaisse encore la forme qu'il prendra, les chiffres les plus divers pour ne pas dire les plus fantaisistes circulent déjà. Allant jusqu'à une perte de PIB par habitant de 14% à horizon 2030, pour le Bertelsmann stiftung, un think tank pro-européen allemand.

Le coût de la non Europe ?

D'autres se contentent d'évaluation bien plus modestes ne dépassant pas 1 ou 2 points de PIB. Mais pour ceux qui se souviennent de l'épisode tragi-comique de l'évaluation de ce que l'on appelait alors le coût de la non Europe, mieux vaut rester sur ses gardes. Autant dire que l'on ne sait pas évaluer ce type d'évènement, surtout lorsque l'on n'en connaît pas encore les contours. A ce stade mieux vaut se contenter d'observer que ce nouveau psychodrame européen émeut plus les éditorialistes que les marchés ou les acteurs de la City.

Et avant de s'émouvoir d'un Brexit, prenons déjà la mesure du demi-engagement britannique et des multiples dérogations qui le caractérisent. N'ayant qu'un demi-pied dans l'UE, l'exit britannique ne serait par la force des choses qu'une demi-sortie. Car le Royaume-Uni est coutumier des va-et-viens et des semi engagements.

On se souvient de la renégociation du chèque britannique sous Margaret Thatcher en 1983. Plus de 4 milliards d'euros qui furent dispatchés sur les autres États-membres, la France en tête.

On se souvient encore de l'adhésion au SME en 1990, qui sous la pression des marchés tourna court..., de la ratification de Maastricht en 1992 sous réserve de ne pas adopter l'euro, puis de la signature du chapitre social du traité de Maastricht et du traité d'Amsterdam sous Tony Blair, assortie néanmoins de clauses d'exemption et notamment du refus de participer à l'espace Schengen, de nombreuses exceptions concernant le contrôle des frontières, sans oublier le refus britannique de signer le pacte budgétaire de décembre 2011, qui le dispense de la discipline budgétaire des autres états-membres.

Que veulent les britanniques ?

Essentiellement une Europe cantonnée au marché unique, avec un approfondissement de la libéralisation des services, notamment dans la finance, une réduction des limites régissant la durée du travail, et une levée des obligations sociales relatives aux travailleurs immigrés ou détachés. On peut toujours imaginer le séisme que constituerait la brutale rupture des accords de libre-échange avec l'UE. La défiance qui gagnerait les investisseurs de la City. Mais ce scénario catastrophe relève du pur fantasme.

Au pire le Royaume-Uni rejoindrait AELE, l'association européenne de libre-échange aux côtés de la Norvège, de l'Islande, de la Suisse et du Lichtenstein, laquelle, à l'exception de la Suisse, forme avec l'UE, l'espace économique européen.

Ce qui permet à ces pays de bénéficier de la libre circulation des personnes et des marchandises, des services et des capitaux au sein du marché intérieur. Et de certaines politiques horizontales (R&D, environnement etc.). Elle pourrait également négocier des accords bilatéraux, lui permettant de libéraliser plus encore certains secteurs, comme celui de l'agriculture. Bref on ne passerait pas du jour à la nuit en matière de libre échange.

Et d'ailleurs, le moins que l'on puisse dire, c'est que le Royaume-Uni est loin d'être en grand bénéficiaire du grand marché si l'on se fie à l'évolution des échanges de marchandise en volume depuis 2000.

Un paradis fiscal et réglementaire insulaire

Ce tournant, entérinerait surtout la volonté britannique d'aller encore plus loin vers un modèle de paradis fiscal et réglementaire insulaire. Le bilan d'une telle évolution en termes de croissance et d'attractivité est loin d'être écrit d'avance. Il est même envisageable que le Royaume-Uni y gagne lorsque l'on connaît la mobilité du capital, de la main d'œuvre qualifiée et des assiettes fiscales.

Et c'est finalement plus du côté des économies continentales périphériques que se situe le danger et c'est peut-être la raison principale de la multiplication des scénarios noirs caricaturaux concernant un Brexit.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 27/05/2015 à 18:39 :
Je voudrais comprendre pourquoi un pays qui sortirait de la zone U E ne pourrait plus commercer
avec les pays qui aujourd'hui le font et à fortiori ceux exterieurs à UE. Ne cherche t'on pas à nous faire peur.
a écrit le 27/05/2015 à 14:01 :
Et si l'on parlait des conséquences d'un Francexit il n'y a peut être pas que le FN qui souhaite sortir de l'Europe! En 2005 une majorité de français a exprimé son rejet de l'Europe libérale mais cela a été balayé d'un revers de main par nos politiques sensés représenter le peuple qui ne voient la solution que dans plus d'Europe alors qu'une majorité de la France d'en bas pense que l'Europe est plus le problème que la solution! ET arrêtons de nous bassiner qu'à 28 on est plus fort que seuls. il me semble que la Norvège la Suisse ou l'Islande ne souffrent pas trop de leur solitude!
a écrit le 27/05/2015 à 12:09 :
Si un Grexit et un Brexit n'étaient pas d'importance capitale pour les États de la zone euro, les médias pro-Bruxelles ne les gratifierait pas d'un seul titre. Si on en parle c'est parce que la Grèce et la Grande Bretagne sont ces briques qu'une fois sortis vont faire la tour s'écrouler. Alors pourquoi certains États utilisent un langage arrogant (et menteur) envers ces deux pays, en voulant nous faire croire que leur sortie cela leur ferait une belle jambe ? nous sommes devant un jeux de faux-semblants, peut-être le tout dernier de l'UE.
Réponse de le 27/05/2015 à 13:40 :
Vu juste, pour cela il faut voter Républicain en 2017. ;)

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