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Le football français doit faire sa mue en matière de gestion de risque

Olivier Hassid

Publié le 24 novembre 2021 à 07:00

Olivier Hassid

Faute d'enquête, les Girondins de Bordeaux ont été au bord du dépôt de bilan lâché par le fonds d'investissement King Street l'été dernier.

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Le football est certainement le sport, qui a connu la plus forte internationalisation au cours des trente dernières années. Cette évolution a débuté en 1995 avec la ratification de l'arrêt Bosman marquant le début d'une libéralisation du football permettant la libre circulation des footballeurs entre les États membre. Ce qui a entraîné la hausse des flux de transferts. Par Olivier Hassid, président du Think Tank C.S.I (Corporate Security Intelligence)

Le football français, peut être avec un peu de retard par rapport à d'autres pays comme l'Angleterre, a connu cette même tendance. Ainsi, en France, au cours des dernières années, de nombreux clubs ont été rachetés par des intérêts étrangers. Qu'il s'agisse du PSG par des investisseurs qataris, l'Olympique de Marseille par un fond américain, l'AS Monaco par un investisseur russe ou d'autres clubs comme le FC Sochaux par le chinois Nenking... D'autres clubs comme l'Olympique Lyonnais ont favorisé l'arrivée d'un actionnaire minoritaire chinois, IDG Capital, représentant environ 20% du capital.

Et cet intérêt ne se dément pas au cours des derniers mois. Ainsi le club de Saint-Etienne a vu des marques d'intérêt aussi bien d'intérêts nord-américains que cambodgiens, l'Olympique de Marseille d'intérêts du Moyen-Orient, le SCO d'Angers par des potentiels acquéreurs provenant du Golfe ou encore l'Espérance Sportive Troyes Aube Champagne acquise par City Football Group, une société émiratie.

Vendre au plus offrant

Des propriétaires exsangues sont prêts à vendre au plus offrant leur club sans s'intéresser à qui sont les potentiels repreneurs et sans regarder l'intérêt du club. Or une bonne affaire et une belle histoire nécessitent de bien connaître les personnes qui se mettent autour de la table. Au Royaume-Unis, qu'ils s'agissent de repreneurs, d'investisseurs et même de nouveaux sponsors, il est très souvent regardé l'honorabilité et l'intégrité des parties tierces : son passif, les risques de corruption liés à sa personne, les escroqueries qu'elle aurait pu réaliser, les risques de blanchiment...

Bref, une vérification complète est réalisée afin de se protéger contre toute mauvaise surprise. Ainsi avant une éventuelle entrée au capital, Arsenal a-t-il vérifié si des investisseurs iraniens étaient sans risque. De même, avant de devenir sponsors du club, Liverpool a vérifié si les sponsors égyptiens qui gravitaient autour de Mohamed Salah étaient en conformité avec le cadre légal anglais.

En France, pas de gestion de risque

En France, il n'y a pas cette culture de la gestion de risque. Nos instances et nos clubs ne sont pas habitués à réaliser ce que les anglo-saxons appellent des integrity due diligences ou pour le dire plus prosaïquement des enquêtes de réputations. Les clubs donnent à des cabinets d'audit le soin de vérifier la solvabilité et les aspects financiers, sans se demander un seul instant si les capitaux pouvaient être véreux ou s'il y avait un risque d'escroquerie.

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Faute d'enquête, les Girondins de Bordeaux ont été au bord du dépôt de bilan lâché par le fonds d'investissement King Street l'été dernier. De même Saint-Étienne vient de faire l'amère expérience d'un rachat avorté. Un prince cambodgien aurait en effet produit un faux « document de garantie financière de 100 millions d'euros émanant d'une grande banque internationale » comme le mentionnait le club dans un communiqué de presse. Nous pourrions également mentionner la Ligue de Football Professionnel (LFP) qui avait vendu les droits de diffusion de la Ligue 1 à Mediapro, opération qui se solda par un fiasco.

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Des évaluations réalisées par des spécialistes de la gestion de risque auraient certainement permis au football français bien des désagréments aussi bien financiers que réputationnels. Il est peut-être temps que celui-ci opère sa mue et mettent en place, comme d'autres pays, des standards robustes en matière de gestion de risques afin de devenir un football réellement professionnel. C'est, il nous semble, une condition impérieuse pour que le football français devienne compétitif.

Olivier Hassid

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