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OpinionsTribunes

Le rachat de Twitter par Elon Musk aura-t-il finalement lieu ?

Pascal Malotti

Publié le 19 mai 2022 à 07:08

Elon musk detient une participation de 9,2% dans twitter

Photo d'illustration

MIKE BLAKE

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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OPINION. C'est le feuilleton tech qui va nous tenir en haleine tout l'été. Mieux qu'une série Netflix, cette possible union entre deux marques mondiales à la réputation sulfureuse est déjà riche en rebondissements. Le dernier en date, un montage financier risqué pour Musk et un moral au plus bas au sein de la célèbre entreprise à l'oiseau bleu. Le spectacle ne fait-il que commencer ou bien est-ce déjà le début de la fin ? Par Pascal Malotti, Business Development & Strategy Director de Valtech France

L'accord semble déjà ne tenir qu'à un fil, conséquence d'un montage financier qui oblige Elon Musk à contracter des prêts coûteux contre la valeur de ses actions Tesla, dont le prix n'a cessé de baisser depuis l'annonce. Côté Twitter, le moral de l'entreprise est déjà en berne à la suite des différentes critiques proférées par Elon Musk à l'égard du produit Twitter et de ses dirigeants. Cela n'augure de rien de bon avec une vague de licenciements qui devrait suivre la conclusion de l'accord.

Twitter et son PDG en folie

Jeudi 12 mai au matin, le PDG de Twitter, Parag Agrawal, fraichement nommé après le départ de son fondateur Jack Dorsey, a diligenté un courriel à l'ensemble des salariés de Twitter pour leur annoncer la nouvelle suivante : Kayvon Beykpour, responsable des produits grand public de Twitter, et Bruce Falck, responsable des produits de revenus, ont été renvoyés de Twitter.

Parag Agrawal a aussi annoncé dans cette communication que Twitter suspendait la plupart des recrutements, « sauf pour les rôles essentiels à l'activité », et qu'elle réduirait ses dépenses en matière de sous-traitance, de consultants, de déplacements, d'événements, de marketing, d'immobilier, d'infrastructure et d'autres coûts d'exploitation.

Il n'est pas complètement aberrant pour Parag Agrawal de geler les recrutements et de réduire les coûts dans la situation présente de Twitter. Cependant, le destin de Parag Agrawal est déjà scellé puisque nous savons qu'il sera remplacé par Elon Musk lorsque la transaction sera finalisée. Ainsi, même si ces décisions apparaissent raisonnables, on peut se demander pourquoi il met autant de zèle à « faire le sale boulot. » On sait que Parag Agrawal aura droit à un versement de 39 millions de dollars lors de son départ. Est-ce une motivation suffisante pour expliquer l'ensemble de ces annonces ?

Certaines mesures sont toutefois tellement surprenantes : le licenciement de Kayvon Beykpour, alors qu'il est en congé paternité, ne fait pas beaucoup de sens et cet acte n'est pas vraiment pas classe dans sa situation personnelle.

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Kayvon Beykpour a rejoint Twitter en 2014, au moment de l'acquisition de Periscope, l'application qui a suscité une fascination de courte durée pour la vidéo en direct sur les réseaux sociaux et a poussé Facebook à s'agiter pour rattraper son retard. En 2018, il devient le chef de produit de Twitter, un rôle difficile qu'il a conservé plus longtemps que quiconque chez Twitter.

En cours de route, M. Beykpour a mis fin à l'impasse interne qui entravait l'organisation des nouveautés chez Twitter, supervisant des mises en production réussies, notamment de nouveaux outils de lutte contre le harcèlement ou bien la plateforme audio Spaces, qui a stoppé net l'élan de Clubhouse. Plus récemment, il a supervisé une série de fonctionnalités visant à aider les créateurs à gagner de l'argent sur Twitter via des abonnements et d'autres leviers.

Cependant, il est aussi fort probable que le destin de Kayvon Beykpour était scellé avec l'arrivée d'Elon Musk tant ce poste est essentiel dans la réussite future de Twitter.

Elon Musk dans une impasse ?

Le lendemain, Elon Musk se fendait d'un tweet annonçant que son offre d'achat de Twitter, d'un montant de 44 milliards de dollars, était temporairement suspendue afin d'examiner le nombre de comptes de spam sur le site, ce qui entraina immédiatement une forte baisse de l'action.

"L'offre d'achat de Twitter est temporairement suspendue dans l'attente de détails permettant d'établir que les spams et les comptes représentent effectivement moins de 5 % des utilisateurs", a-t-il tweeté, renvoyant à un article de Reuters de la semaine précédente citant un document de Twitter. Ajoutant deux heures plus tard dans un nouveau tweet : "Toujours engagé dans l'acquisition". On voit mal comment il pourrait en être autrement puisque l'accord qui a été signé par Elon Musk est contraignant. Peut-on réellement imaginer que son retrait « temporaire » soit le résultat du nombre de bots sur le service ?

Il est vrai que Twitter n'a pas été très honnête sur le sujet du pourcentage des faux comptes sur la plateforme. Sur la base des résultats trimestriels publiés récemment, il apparait que Twitter a surestimé le nombre de ses utilisateurs de 1,9 millions de comptes au cours des trois dernières années. Twitter avait déjà été pris précédemment la main dans le sac en surestimant le nombre de ses utilisateurs sur une période de trois ans. Même si ce pourcentage était plus élevé que les 5% affichés par Twitter - 20 % ou 30 % - cela ne changerait pas le caractère contraignant de l'accord entre les deux parties.

Certes, l'accord de rachat contient une disposition qui permet à Musk de se retirer si les déclarations de Twitter sont erronées - et ce chiffre de 5 % figure dans les déclarations de Twitter - mais uniquement si l'inexactitude a un « effet négatif important » sur la société. On est loin du compte dans le cas présent. C'est ce que l'on appelle dans le droit américain un MAE ou material adverse effect mais les tribunaux du Delaware n'ont presque jamais identifié un MAE.

On en revient donc à la question initiale : qu'est-ce qui se cache derrière les tweets d'Elon Musk. Il est possible que ce dernier cherche moins à se retirer qu'à renégocier. S'il n'avait pas décidé d'acheter la société au moment où il l'a fait, l'action qui se négociait alors autour de 39 dollars serait probablement plus proche de 20 dollars aujourd'hui. Même quand on est l'homme le plus riche du monde, on a toujours des raisons de vouloir économiser 20 milliards de dollars.

Il est vrai que le cours de bourse de Twitter était de 73 dollars en février 2021 mais le monde a profondément changé entre temps avec les valeurs boursières de la Big Tech qui ont glissé de 25% à 30% depuis novembre 2021. Alors, ce coup d'état a-t-il des chances de pouvoir réussir ? Elon Musk possède deux avantages qui peuvent l'aider dans sa volonté de renégociation. Le premier est la faiblesse totale du régime réglementaire américain. Bien qu'il ait enfreint diverses règles en matière de transactions boursières dans une transparence presque totale, notamment en omettant de divulguer le fait qu'il avait pris une participation importante dans Twitter dans les délais requis, il ne devrait pas payer plus qu'une amende ridicule en regard de sa fortune personnelle.

Le deuxième avantage, sans doute le plus important, est la faiblesse du Conseil d'administration et de la Direction générale de Twitter. Ces derniers n'ont pas pu trouver une seule idée pour faire remonter l'action de Twitter au prix auquel elle se négociait quelques mois avant que Musk ne propose de la racheter. Si Elon Musk devait revenir vers le Conseil d'administration de Twitter pour renégocier, nous ne sommes pas sûrs que les dirigeants de Twitter soient dans une position de force pour s'y opposer.

Twitter, entre renaissance et mort cérébrale

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Tout cela crée une cacophonie incroyable et un contexte de fragilisation de Twitter dont les salariés sont, à juste titre, très inquiets. Nous ne sommes pas dans une situation où la survie de Twitter se pose encore mais l'entreprise risque de connaitre des semaines à venir très agitées après le débarquement de deux de ses principaux dirigeants, annonciateur potentiellement d'autres départs tonitruants, et la remise en cause temporaire de l'accord par Elon Musk. Tout est désormais possible et le pire est-il encore à venir ?

Pascal Malotti

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