« Les médias classiques ont perdu la bataille du temps réel »
Marie Triau, Les Mardis de l'Essec

Photo d'illustration
Noir/Blanc
Marie Triau, Les Mardis de l'Essec

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, qualité du contenu, création de l'information, crise de la presse traditionnelle... aujourd'hui plus que jamais, le quatrième pouvoir fait débat. Dans un contexte d'instantanéité de l'information, la presse est aujourd'hui confrontée à de multiples enjeux. Brut, Le 1 et Courrier International ont décidé d'en saisir les opportunités.Eric Fottorino, tirant les conclusions de son expérience auprès du journal Le Monde, souligne l'importance de la réclame dans la presse.
Claire Carrard le rejoint tout en apportant une nuance : la publicité n'est plus le moteur des journaux. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Avant, la publicité représentait 40% du chiffre d'affaire de Courrier International contre seulement 10 à 15% aujourd'hui. Néanmoins, elle reste indispensable. Comment prendre le virage de la presse numérique sans garantie de revenus publicitaires ? Comment offrir une information à moindre coût autrement ? La position de Claire Carrard est claire : chez Courrier International, la publicité n'altère en rien la qualité éditoriale.
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oublient que la finalité est d'aller chercher le public" s'insurge Éric Fottorino. En tant que fondateur de l'hebdomadaire Le 1, il souhaite renouveler son modèle éditorial. L'ancien directeur du Monde s'attache depuis 2014 à développer la presse autrement. Petite structure, peu de salariés, son nouveau journal fonctionne sans aucune publicité. Éric Fottorino cherche à capter l'intérêt des lecteurs car il soutient qu'un modèle économique viable repose sur un modèle éditorial pertinent dans son contenu.média
, né il y a seulement trois ans. Son développement à l'international nécessite d'acquérir une capacité de financement, c'est pourquoi son modèle économique se fonde principalement sur des publicités présentes au début ou au milieu des vidéos et destinées à viser un public particulier. Cependant, son application n'est pas une tâche facile. Il existe une méfiance chez les lecteurs au regard desmédias
et de leurs actionnaires -méfiance assez paradoxale puisqu'unmédia
ne peut se développer sans ce financement. Mais l'indépendance est primordiale. Pour Rémy Buisine, il en va de la préservation du métier de journaliste.médias
cherchent à se réinventer dans leur pratique de vente.L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Pour se mettre à la page, Courrier International a donc choisi de créer sa zone abonnée numérique et offre désormais le même contenu sur papier qu'en ligne. Ce développement paraît inévitable puisqu'il est déterminé par les usages des consommateurs. Dans le même temps, Eric Fottorino souligne la difficulté pour la presse papier de concourir avec l'instantanéité de l'information, que seuls internet et la télévision sont capables de s'approprier.
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n'ont pas dit leur dernier mot. Le pari de Brut depuis ses débuts est d'aller chercher son public sur les supports où il est le plus présent : les réseaux sociaux. Snapchat est de surcroît un réseau porteur, à en croire Rémy Buisine. C'est un réseau qui donne la parole aux jeunes, mais également un canal de diffusion des sujets sociétaux. En ce sens, l'application si prisée de jeunes donne une nouvelle forme à l'information. Mais alors, comment capter cette audience en ligne tout en gardant une totale indépendance face aux GAFA ? L'adaptation n'est pas toujours facile pour les petites structures. Par ailleurs, "Le temps de la mettre en oeuvre, la technologie est déjà périmée" dénote Claire Carrard. Courrier International peine donc à mettre en place une vraie politique numérique car la viabilité sur les nouveaux réseaux tels que Snapchat n'est que trop peu garantie.Mais "Le papier n'a pas dit son dernier mot" répond Eric Fottorino, qui ne considère pas le support comme déterminant. Prenant appui sur son journal Le 1, il explique que les réseaux sociaux ne servent qu'à faire écho à leur activité, et ne mise pas sur ces derniers. Il préfère offrir "une agrégation de savoir sensibles et savants" en faisant analyser ses articles par le regard d'artistes et de chercheurs. Il joue sur la singularité du journal et la portée de ses articles : une démarcation appuyée par la qualité de l'information.
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recherche en premier lieu l'engagement des "viewers" : la diffusion des vidéos sur Facebook se fait d'ailleurs en fonction de cet engagement. Une nouvelle technique afin de fidéliser les internautes qui s'est révélé être un pari gagnant.Elle est rejointe par Eric Fottorino, pour qui "le journalisme est un métier avec ses règles et sa déontologie. Il a souvent baissé la garde sur certaines règles, notamment sur le terrain". Le journaliste d'aujourd'hui détient des instruments puissants, qu'il ne sait forcément contrôler. Il faut savoir s'approprier les réseaux sociaux, et gagner en bon sens face aux informations qui y circulent. Le verdict est sans appel : le journaliste doit être capable de quitter son univers, de tenir compte de l'avis des lecteurs. Le tout est de rester fiable.
En ce sens, les fake news ont rudement entaché la réputation des journalistes. Eric Fottorino parle d'un "mensonge collectif" : Internet donne accès à un savoir jugé fiable en même temps qu'il nous ferme les yeux sur la diversité de l'opinion publique. Sur les réseaux sociaux chacun est exposé à ce qui conforte le plus son opinion, et les GAFA refusent d'en prendre la responsabilité.
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est si importante. Le citoyen doit réussir à discerner le vrai du faux et le journaliste doit vérifier chaque information qu'il détient entre ses mains. Ainsi, apprendre à vivre avec les fake news deviendra-t-il vraiment inéluctable ?médias
, les lecteurs offriront-ils réellement leur confiance à l'intelligence artificielle ? Les dérives existent déjà : le deep fake, technique consistant à truquer une vidéo dans le but de faire passer une fausse information, sévit déjà depuis trois ans.médias
sème le doute dans la population, et la disparition de la presse locale n'aide en rien ce démantèlement. Ajoutons à cela que les deux fleurons de la presse américaine - le New York Times et le Washington Post - ont respectivement été rachetés par les milliardaires Carlos Slim et Jeff Bezos, brouillant davantage encore les notions d'indépendance et de liberté de la presse. Éric Fottorino par en citant l'exemple du Washington Post "d'une nouvelle économie venant au secours de l'ancienne". Est-ce là un sauvetage en trompe l'œil de la presse écrite américaine ?Le débat s'est clos sur une question posée au public :
médias
existe et existera toujours. Mais pour Rémy Buisine, c'est une chose normale, la confiance met du temps à s'acquérir, surtout envers les jeunes structures. Cela constitue un défi, et chacun desmédias
présents durant ce débat détient sa propre particularité pour le relever.Marie Triau, Les Mardis de l'Essec