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Manifestations en Iran: l'importance de la grève des travailleurs du pétrole

Hamid Enayat

Publié le 20 octobre 2022 à 08:22 - Mis à jour le 20 octobre 2022 à 09:07

Iran

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Reuters

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OPINION. La mort brutale de l'étudiante Mahsa Amani après son arrestation par la police a déclenché dans tout le pays d'importantes manifestations populaires contre le régime iranien. La grève des employés des industries des hydrocarbures, un secteur clé de l'économie de l'Iran, pour soutenir les protestataires constitue un tournant. C'était l'arrêt du travail dans le secteur pétrolier qui avait précipité la chute de la dictature du Shah. Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

Lundi 11 octobre, au 25e jour du soulèvement national iranien, plus de 1.000 travailleurs de l'usine pétrochimique de Bushehr à Assalouye ont débrayé. Avec une partie des travailleurs de Kangan Petrochemical et ceux de Hemang Petrochemical, ils ont rejoint le soulèvement en scandant les slogans que l'on entend désormais dans toutes les villes d'Iran : « Mort au dictateur » ; « Mort à Khamenei ». Les travailleurs ont interdit tous les accès au complexe d'Assalouye aux forces de répression, allumant des feux et empilant des pierres sur les différentes voies, allant jusqu'à incendier un véhicule de sécurité dans un mouvement de colère démonstrative.

Les revendications portent sur le changement de régime

Maryam Radjavi, leader de la résistance iranienne, a rendu hommage à ces travailleurs rejoignant le soulèvement national du peuple iranien : « Toutes les sections du peuple iranien se sont unies d'une seule voix contre la dictature et l'oppression et crient :  « "Liberté. Cette révolution est jusqu'à la victoire". »

Le lendemain, le 12 octobre, ce sont les salariés de la raffinerie d'Abadan qui ont quitté leurs postes pour grossir les rangs des révoltés. Après quatre semaines de manifestations importantes en Iran, la grève des travailleurs du pétrole et de la pétrochimie est considérée comme un tournant. Pourtant, Ce n'est pas la première fois que les travailleurs du pétrole se mettent en grève. Mais, jusqu'à présent, leurs protestations se limitaient à la réclamation de leurs droits. Réclamations qui ne trouvaient pour réponses que violence, arrestations et licenciements. Cette fois, les revendications sont différentes. L'objectif, c'est le changement de régime.

Le rôle de premier plan des femmes

La mort brutale de Mahsa Amini a fait l'effet d'une braise dans un baril de poudre. Le mécontentement suscité par la suppression des libertés fondamentales du peuple depuis quarante ans s'est transformé en révolution. La confiance s'est étiolée au fil du temps et le peuple ne peut plus croire un seul instant aux promesses et aux mensonges éhontés de ses dirigeants. L'espoir est passé dans le camp du « Regime Change », dans un accès à la démocratie et à l'égalité hommes/femmes.

Malgré une répression sans précédent, notamment à l'égard des femmes, qui jouent un rôle de premier plan dans cette véritable révolution, les protestations quotidiennes se poursuivent. L'un des premiers moments clés de ce soulèvement a été le ralliement des étudiants aux manifestations du samedi 8 octobre. Des manifestations en réponse à la répression sanglante de fidèles innocents à Zahedan et aux menaces proférées à l'encontre des manifestants par le Guide suprême lui-même, profitant de l'occasion pour louer les qualités de ses forces répressives. Une provocation inutile ayant pour conséquences l'adhésion de tout un peuple aux messages visant à le destituer.

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L'importance du secteur pétrochimique

L'autre élément clé de ce grand mouvement pour la liberté en Iran tient dans la grève des salariés et contractuels du secteur pétrolier. Et ce, pour plusieurs raisons. D'abord parce que le pétrole est le plus important pilier économique du régime et que le secteur est aujourd'hui contrôlé par les grévistes, interdisant tout accès à quiconque ne rejoindrait pas leurs rangs.

Ensuite, parce que les travailleurs iraniens font partie des populations les plus pauvres du pays. Du fait de la corruption institutionnalisée et de l'incompétence des autorités, la société ouvrière s'est vue transformée en une véritable poudrière. Une poudrière qui, aujourd'hui, rejoint les rangs de la révolution et menace clairement le régime théocratique. De surcroît, du fait de cette corruption et du pillage de leurs ressources, ces travailleurs n'ont plus rien à perdre. Leur participation au soulèvement actuel signifie que les protestations sont entrées dans une phase nouvelle et irréversible.

Enfin, les travailleurs iraniens du secteur pétrolier ont leurs propres syndicats et font partie des secteurs les plus organisés en raison de leur historique de désobéissance au gouvernement. Ils savent gérer un conflit et toute la logistique devant l'accompagner. La propagation rapide des grèves en est la preuve.

L'Iran, un futur allié pour l'Europe

Outre ses richesses pétrolières, l'Iran possède la deuxième plus grande ressource de gaz au monde. Cependant, malgré la pauvreté sans pareille de 80% du peuple iranien, le régime iranien refuse d'extraire le gaz et de le fournir au marché. Ce faisant, il laisse la main à la Russie dans son jeu de pression avec l'Union européenne (UE). De plus, en délivrant des drones « suicide » à la Russie pour attaquer l'Ukraine ou en encourageant des mercenaires à rejoindre les armées russes, le régime iranien contredit définitivement l'idée bien occidentale selon laquelle l'Iran pourrait compenser les effets négatifs de la guerre en Ukraine sur le marché de l'énergie.

Compte tenu de l'embargo pétrolier en Iran, il est assez simple de prédire et de mesurer l'efficacité de la grève des travailleurs du pétrole dans la paralysie des organes du gouvernement. Ceci étant, l'impact politique de ces grèves affectera sans aucun doute l'esprit des manifestations contre le régime à travers le pays.

Les Iraniens ayant connu le règne du Shah se souviennent que les derniers mois de la dictature avait été marqués par la grève des travailleurs du pétrole et que cette dernière avait porté un coup irréparable au régime. Si la communauté internationale n'avait pas sanctionné le régime du Shah, la grève des travailleurs avait su paralyser son économie, jusqu'à provoquer sa destitution. Voilà pourquoi le ralliement des travailleurs du secteur pétrolier au soulèvement général en Iran est vécu comme un véritable symbole. Un symbole qui va bien au-delà du simple aspect économique.

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Alors que les États de l'UE sont en quête de solutions énergétiques, il existe un moyen permettant de faire face à une demande croissante dans un contexte de pénuries dues aux sanctions Russes : accroître la pression sur le régime théocratique d'Iran et aider le peuple iranien à accéder enfin à la liberté. Il est certain qu'un régime démocratique équilibré, de surcroît très riche en ressources pétrolières et gazières, s'avèrerait un partenaire commercial de choix.

Hamid Enayat

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