Ne faisons pas l’impasse sur les filières industrielles des transports publics

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Nous en appelons solennellement au gouvernement dans sa réflexion sur le monde de demain à ne pas oublier l'ensemble des acteurs des transports publics, ceux qui les commandent, ceux qui les conçoivent et ceux qui les fabriquent, si nous voulons continuer à accélérer les mobilités durables tant attendues par nos concitoyens, écrivent Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, et les patrons d'Alstom, de Bombardier, d'Iveco) et de CAF France.
"Nous en appelons solennellement au gouvernement dans sa réflexion sur le monde de demain à ne pas oublier l'ensemble des acteurs des transports publics, ceux qui les commandent, ceux qui les conçoivent et ceux qui les fabriquent, si nous voulons continuer à accélérer les mobilités durables tant attendues par nos concitoyens", écrivent Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, et les patrons d'Alstom, de Bombardier, d'Iveco) et de CAF France. (Crédits : DR)
LETTRE OUVERTE. Nous avons impérativement besoin d'un plan massif de soutien pour poursuivre les investissements si précieux pour nos filières industrielles et les centaines de milliers d'emplois qu'elles mobilisent. Par Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, Henri Poupart-Lafarge (Alstom), Laurent Bouyer (Bombardier), Stéphane Espinasse (Iveco), Francis Nakache (CAF France) et Jean-Luc Monfort (Bluebus).

La crise du covid a frappé les esprits en révélant au grand jour l'extrème vulnérabilité de notre pays, dépendant sur beaucoup de secteurs stratégiques des importations étrangères. Face à cette prise de conscience du gouvernement, un constat unanime semble s'être imposé dans le débat public : il faut impérativement nous réarmer en redevenant un grand pays industriel.

Alors même que la part de l'industrie dans la richesse nationale en France n'est plus que de 11 % en 2019  contre 17 % à la fin des années 1990, la priorité est avant tout de soutenir et moderniser nos filières industrielles actuelles gravement menacées par la crise, avant d'engager le chantier nécessaire mais ardu des relocalisations et de la reconquête. L'Etat a bien compris le message en accordant un plan de soutien de 8 milliards d'euros pour les acteurs de l'automobile et un plan de 15 milliards pour l'aéronautique, afin de sauver nos fleurons français que sont notamment Renault et Airbus.

Lire aussi : Renault: l'État donne son feu vert aux 5 milliards d'euros de prêt

Convaincre les Français d'adopter des transports plus écologiques

Mais l'Etat est également dans son rôle quand il s'agit d'accompagner dans cette crise historique les demandes des autorités organisatrices de la mobilité afin de compenser les 4 milliards d'euros de pertes de recettes pour l'année 2020 qu'elles subissent de plein fouet. En agissant ainsi, il soutiendrait un autre secteur industriel majeur qui fait notre fierté et organise le quotidien des Français, celui des transports publics. Enfin, en apportant son concours exceptionnel aux collectivités, l'Etat sécuriserait l'avenir de centaines de milliers d'emplois directs et indirects ancrés dans l'Hexagone.

Ce sont en effet les autorités organisatrices de la mobilité, gérées par les collectivités territoriales, qui contribuent via leur politique d'investissements à faire vivre ces filières industrielles, et surtout à favoriser la transition énergétique appelée de ses vœux par le gouvernement, à travers la commande de bus propres (électriques, au gaz naturel de ville, ou hydrogène) et de trains nouvelles génération qui sont essentiels pour convaincre les Français d'adopter des modes de transport plus écologiques et populaires.

Les AOM représentent 60% du total des commandes de bus

A titre d'exemple, Île-de-France Mobilités, qui sera du fait de la crise en cessation de paiement dès le mois prochain, a voté en 2016 un plan d'investissement historique de 10 milliards d'euros pour commander 1 100 trains neufs ou rénovés auprès des constructeurs Alstom et Bombardier et de leurs sous-traitants.

La commande géante pour 3,75 milliards d'euros de 371 rames « nouvelle génération » pour les RER D et E, tant attendues dès 2021 pour améliorer la qualité de vie du million de voyageurs qui les emprutent quotidiennement, sont ainsi réalisées dans les usines des deux constructeurs dans les Hauts-de-France à Valenciennes et Crespin et auront permis de créer plus de 2 000 emplois directs et 8 000 emplois indirects au sein de la filière ferroviaire française. Mais on peut également citer les nouveaux tramways des lignes T9 et T10 fabriqués à la Rochelle, la rénovation des RER B réalisée à Reischshoffen en Alsace, ou encore la rénovation des RER A par le constructeur CAF à Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées.

Les autorités organisatrices de mobilités représentent également 60% du total des commandes de bus auprès d'entreprises comme Iveco qui emploie 1600 personnes à Annonay en Ardèche, Heuliez Bus qui emploie 450 salariés à Rorthais dans les Deux-Sèvres ou Bolloré qui en emploie 1.000 à Quimper dans le Finistère, dans des territoires qui ont besoin de cette emprunte industrielle forte et pérenne.

"Nous avons impératif besoin d'un plan massif de soutien"

N'oublions pas non plus que les nombreuses commandes et réalisations sur le territoire national servent aussi de vitrine à nos industriels du transport public pour réussir à conquérir des marchés à l'international et à améliorer ainsi la balance commerciale de notre pays. Ce secteur est tout aussi fragile que celui de l'automobile ou de l'aéronautique, dépendant en majorité de la commande publique.

Nous en appelons donc solennellement au gouvernement dans sa réflexion sur le monde de demain à ne pas oublier l'ensemble des acteurs des transports publics, ceux qui les commandent, ceux qui les conçoivent et ceux qui les fabriquent, si nous voulons continuer à accélérer les mobilités durables tant attendues par nos concitoyens. A l'instar de nos voisins européens qui ont déjà pris leurs responsabilités, nous avons impérativement besoin d'un plan massif de soutien de ce secteur pour poursuivre les investissements si précieux pour nos filières industrielles et les centaines de milliers d'emplois qu'elles mobilisent.

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Signataires:

  • Valérie Pécresse, Présidente d'Île-de-France Mobilités et de la Région Île-de-France
  • Henri Poupart-Lafarge, Président-Directeur général d'Alstom
  • Laurent Bouyer, Président de Bombardier Transport France
  • Stéphane Espinasse, Président de Iveco
  • Francis Nakache, Directeur général de CAF France
  • Jean-Luc Monfort, Président de Bluebus (groupe Bolloré)

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Commentaires
a écrit le 19/06/2020 à 17:07 :
Allé hop, le lapin il va encore faire son pénible. Mais cessez vos paiements que diable on ne demande que ça. Allons dans votre sens , le transport le plus écolo,c'est celui que l'on ne fait pas Décrétons le démobilité générale, que les gens aient leur activités a 30 minutes à pied de chez eux, y compris en île de france (Après tout, il n'y a pas autant de raisons que ça que les franciliens soient plus bêtes que les autres). Quand au vrai transport vert urbain, il n'y a bien que le trolleybus de valable vous savez, ces véhicules sans piles mais avec fils, solution souple, mais trop simple pour vous.
Allez y donc, cessez vos paiements, et cessez surtout de casser les vitres de monsieur Bastiat bande de coûteux petits chenapans. Chiche. Sans votre vente forcée de transports, les gens vivraient mieux.

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