Pandémie covid-19  : Cygne blanc ou Cygne noir ?

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Nicholas Nassim Taleb explique que tous ceux qui ont qualifié le covid-19 de Cygne noir se trompent. Le coronavirus n'est pas un Cygne noir, conformément au titre d'un de ses livres à succès (2012, Les Belles-Lettres),
Nicholas Nassim Taleb explique que tous ceux qui ont qualifié le covid-19 de Cygne noir se trompent. Le coronavirus n'est pas un Cygne noir, conformément au titre d'un de ses livres à succès (2012, Les Belles-Lettres), (Crédits : Reuters)
IDEE. Je fais partie de ceux qui ont rapidement assimilé la pandémie du Covid-19 à un Cygne noir, du nom que l'essayiste Nicholas Nassim Taleb a donné aux événements imprévisibles, aux conséquences désastreuses, et à l'égard desquels il est difficile de se préparer. Dans un article récent, Taleb précise que la pandémie actuelle n'est pas un Cygne noir mais un Cygne blanc, obligeant par la même à réfléchir aux implications des risques extrêmes et systémiques. Par Cécile Philippe, Institut économique Molinari

Dans un article pour la plateforme de publication Medium, Nicholas Nassim Taleb explique que tous ceux qui ont qualifié le covid-19 de Cygne noir se trompent. Le coronavirus n'est pas un Cygne noir, conformément au titre d'un de ses livres à succès (2012, Les Belles-Lettres), mais un Cygne blanc. Il précise que cette pandémie est « un risque dont on était pratiquement certain qu'il se concrétiserait à un moment donné. Une épidémie intense est inévitable, résultat de la structure du monde moderne ; et ses conséquences économiques seront amplifiées du fait de notre connectivité croissante et de notre tendance à sur-optimiser ».

Et pourtant le coronavirus a pris de court un grand nombre d'Etats occidentaux, à commencer par la France, l'Italie, l'Espagne. Absolument pas préparés à une telle éventualité, ces pays ont été contraints de pratiquer un confinement très large de la population pour soulager des structures de santé débordées. Ce faisant, les économies de ces pays sont en partie à l'arrêt, entraînant en ricochet des conséquences graves et imprévisibles. Du point de vue de ces pays et de leur population, il s'agit bien d'un Cygne noir.

Point de vue d'un observateur précis

Le point d'observation de l'événement est très important dans l'analyse de Taleb. En effet, dans son ouvrage ultérieur Antifragile (2013, Les Belles-Lettres), Taleb précise que c'est du point de vue d'un observateur précis que des événements sont des Cygnes noirs. Ce sont les imprévoyants, n'ayant pas prévu des enchainements dont les conséquences sont extrêmement fortes, qui se retrouvent dans l'embarras. A l'extrême, pour une personne totalement ignorante, tout serait Cygne noir alors que pour une personne omnisciente, rien ne le serait.

La notion de Cygne noir pose, en fait, deux types de question. La première est d'ordre factuelle et l'autre d'ordre éthique. Sur le plan factuel, il est évident que pour nombre d'Etats occidentaux, la pandémie est un Cygne noir auquel ils ne s'étaient pas préparés. La seconde, d'ordre éthique, pose la question de savoir s'ils auraient dû l'être.

C'est sur ce plan que se situe Taleb quand il qualifie la pandémie actuelle de Cygne blanc. Du fait de sa très grande prédictibilité, la pandémie n'aurait en aucun cas dû prendre les Etats par surprise. Il précise à cet égard : « Le gouvernement de Singapour, que nous avons conseillé par le passé, était prêt à une telle éventualité, disposant d'un plan précis depuis début 2010. » De même, nombre de pays asiatiques étaient prêts à des tels événements, qu'il s'agisse de la Corée du sud, de Taiwan, Hong-Kong, etc. En Europe, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Islande, Luxembourg, eu égard à leur capacité de réaction face à la crise, ne seront peut-être pas qualifiés de « dinde » du Covid-19, terme que Nicholas Nassim Taleb réserve à ceux qui se sont laissés surprendre par des Cygnes blancs.

La question se pose donc de savoir si la France aurait, au même titre que d'autres pays, dû être prête à l'éventualité d'une telle pandémie. On ne voit pas très bien comment elle ne pouvait pas envisager la triste réalité, dans la mesure où nos autorités publiques avaient été à de multiples reprises averties.

Un rapport de 2003 signé Didier Raoult

Dès 2003, un rapport adressé au ministre de la Santé par le désormais célèbre expert mondial en maladie infectieuses et tropicales Didier Raoult, décrit, parmi les menaces qui pèsent sur nos sociétés, celle des virus émergents. Selon lui, « le risque actuel d'apparition de mutants de virus respiratoires, en particulier de la grippe, est le phénomène le plus redoutable. Un nouveau mutant grippal est apparu en 1999 à Hong-Kong. Ce virus d'origine aviaire, fréquemment mortel, a rapidement pu être contrôlé mais le prochain mutant grippal pourrait ne pas l'être. Le risque épidémique par les maladies transmises par voie respiratoire est extrêmement important, du fait de la densification de la population humaine. Actuellement, plus de 1,6 milliard d'individus vivent dans des villes dont 24 mégapoles de plus de 10 millions d'habitants, la plupart se trouvant maintenant dans des pays de faible niveau économique ». Il ajoutait que « notre préparation face à ces événements chaotiques est faible », avant de fournir de très nombreuses recommandations pratiques.

Plus récemment, en 2019, un avis d'expert de Santé publique France relatif au risque de pandémie grippal recommandait explicitement la constitution d'un stock de contre-mesures médicales. On peut y lire qu'« en cas de pandémie, le besoin en masques est d'une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d'atteinte de 30% de la population. L'importance du stock est à considérer en fonction des capacités d'approvisionnement garanties par les fabricants. Le stock doit être positionné au plus près des utilisateurs, avec un processus de distribution simple et lisible dans la communauté. »

La France avait les moyens de se préparer à la pandémie

Nombre d'éléments indiquent que la France, comme d'autre pays, avait les moyens de se préparer au risque de pandémie et aurait dû s'y préparer. Ne pas intégrer cette probabilité dans une stratégie publique prévoyante - en pratique, ne pas prendre en compte les avis d'experts dits « pessimistes » à cet égard - s'avère un mauvais choix. La méthode Coué n'aide pas à prévenir les crises et ne transforme pas les Cygnes blancs qu'on refuse de voir en Cygnes noirs. Lorsqu'on fera le bilan de la crise sanitaire actuelle, il est peu probable que nos Etats imprévoyants soient exonérés de leurs responsabilités. En attendant, faute d'avoir prévu et anticipé le prévisible, les Français sont dans la situation de faire face à un Cygne noir dont l'impact est et sera extrêmement fort.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2020 à 18:32 :
Impressionnant le message et le hasard, hier je suis parti apporter à manger à mon fils qui n'a ni argent ni moyen de transport, et la sur ma route à un bief du loir des cygnes profitant de notre absence, des bêtes merveilleusement belles, le corps blanc immaculé mais la tête noire comme le jais.
a écrit le 03/04/2020 à 11:31 :
Pour pouvoir affirmer cela il faudrait encore penser que la situation d'avant cette crise était vertueuse or vu le chaos néolibérale général on ne peut pas affirmer une telle chose.

Des gens qui ont tout et détruisent tout ne pouvaient pas généréer un cercle économique vertueux, c'est leur chaos actuellement que nous subissons mais leurs médias vont nous dire que ce n'est encore une fois pas de leur faite, cela ne l'est jamais d'ailleurs voyons.

Si donc on conserve ce mode de gestion cela sera négatif si cela permet à quelques uns au moins de se remettre en question cela sera négatif mais il est indispensable de prendre en compte le fait que nous partons de très trs loin.
a écrit le 03/04/2020 à 10:05 :
Encore une tribune d'un Expert ès Critique qui enfonce une porte ouverte : on ne s'est pas préparé au Covid-19 ? Mais on ne s'est pas non plus assez préparé à une épidémie Ebola, ni à une épidémie de dengue, ni à une épidémie de grippe porcine mutante, ni à la prochaine grippe aviaire ou Covid-20, ni à la future éruption volcanique dans le massif central, ni au prochain tremblement de terre dans les Alpes, ni à la prochaine comète qui va nous tomber sur la tête....
Ni à la dégénérescence neuronale des rouges-bruns qui prolifère à grande vitesse en ce moment.
a écrit le 03/04/2020 à 9:41 :
Je crois plus aux bactéries et aux virus qu'à une guerre nucléaire. Il est comptabilisé une douzaine de pandémies dans le monde ces 100 dernières années, certes de diverses importances mais les pays frappés le furent durement. Hors en fiabilité des systèmes il est habituel d'assimiler une avarie à un non évènement, deux à un précurseur et trois à une certitude (12 évènements en un siècle). En l'espèce il faut clairement annoncer une faute majeure de prévoyance et une faillite des autorités politiques mais pas seulement française. Je note que beaucoup d'articles alertes sur un risque d'apparition de virus "méchants" lié à la fonte du permafrost - que fait on ?

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