Plan de relance et numérique : où sont les femmes ?

OPINION. Alors que la formation aux métiers du numérique a été identifiée comme un des axes du plan de relance, il est indispensable que 50% des effectifs formés soient des femmes. (*) Par Emmanuelle Larroque, fondatrice de la startup Social Builder et Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine (LREM) et présidente de la fondation Femmes@Numerique.

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Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine (LREM) et présidente de la fondation Femmes@Numerique.
Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine (LREM) et présidente de la fondation Femmes@Numerique. (Crédits : DR)

Le plan de relance annoncé par le gouvernement est ambitieux. Il propose, face aux dégâts de la crise sanitaire, de colmater l'urgence économique et sociale et, surtout, de préparer l'avenir. Il dessine une France de 2030 qui doit être résiliente et, avant tout, performante. Trois axes incarnent cette performance collective de la nation : écologie, compétitivité et cohésion. Le plan explicite des mesures claires, et ne fait pas l'économie d'évoquer le financement de chaque volet.

Pourtant, tout laisse à penser aux spécialistes des questions de genre et d'emploi que les femmes ne bénéficieront pas autant que les hommes de ce plan et du coup d'accélérateur qu'il doit donner à notre économie. Nous demandons donc que des engagements soient pris dès à présent pour que les femmes soient les bénéficiaires de ces mesures au même titre que les hommes. Que 50 % des aides leur soient allouées, et que des mécanismes de contrôle et de suivi de ces financements permettent, pour la première fois dans notre histoire, un investissement qui soit au service de toute la société sans favoriser un sexe.

Les femmes, premières sur le front et premières précaires

En France, des inégalités structurelles entre femmes et hommes font des femmes des publics plus précaires. Elles représentent 82% des salariés à temps partiel et 85% des chefs de familles monoparentales. A temps plein égal, les femmes salariées du secteur privé gagnent en moyenne 16,8% de moins que les hommes, jusqu'à gagner 42% de moins à la retraite.

Or, elles ont tout autant besoin de participer à la vie économique du pays et de gagner leur vie. Les inégalités économiques entre femmes et hommes sont endémiques et profondes. Elles sont subies par des femmes pauvres, et des femmes moins pauvres, qui sont systématiquement défavorisées face à leurs homologues masculins dans la répartition du capital et des richesses, comme l'a montré l'ouvrage « Le genre du capital ».

Le secteur numérique n'est pas exempt de ces inégalités. Les femmes ne représentent que 30% des postes dans les entreprises du numérique et ce, principalement dans les fonctions dites "supports". Plus grave encore, leur part décline dans un secteur en forte tension de recrutement. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Sans formation ou à Bac+5, on continue de prêter majoritairement aux hommes, quand les fondatrices de startups peinent à financer leurs entreprises. Elles reçoivent en effet en moyenne 2,5 fois moins de fonds que les fondateurs. Elles ne sont enfin que peu présentes dans les filières informatiques des écoles d'ingénieurs où elles ne représentent que 28% des effectifs. Enfin, 54% de celles qui sont en poste dans les métiers du numérique estiment ne pas être prises au sérieux.

50% des métiers occupés par des femmes seront touchés par l'automatisation

Faut-il en déduire que le plan de relance ne sera pas une exception ? Que le volet "jeunes" du plan de relance fera perdurer les inégalités citées plus haut ? Il existe de très nombreuses raisons qui font que cette situation est intenable. Deux d'entre elles ont un caractère urgent.

D'abord, c'est toute l'économie qui se transforme et se digitalise : santé, éducation, bâtiment, commerce... Dans la France de 2030, les métiers traditionnels, à de rares exceptions, seront aussi digitaux. Il convient donc de former le plus rapidement possible les personnes éloignées du numérique aux outils et aux usages qui leur permettront d'évoluer avec leur secteur d'activité, de conserver leur emploi, de créer une activité génératrice de revenus. Il faut également permettre à celles qui risquent de perdre leur emploi de se reconvertir. En effet, 50% des femmes actives occupent des métiers qui seront les premiers concernés par l'automatisation. Cette perte de compétitivité prochaine dans leur emploi et sur le marché du travail doit être anticipée et peut être résorbée. Encore faut-il investir maintenant pour lutter contre les biais sociologiques et freins qui éloignent les femmes du travail numérique.

Deuxième raison : l'économie numérique actuelle manque de bras et de cerveaux ! 80.000 postes en France selon le secrétaire d'État chargé du numérique. Notre économie, soucieuse de relocaliser productions mais aussi compétences, va-t-elle externaliser des pans entiers de son économie alors qu'une main d'œuvre disponible peut être formée en France ?

Show me the money !

Le plan de relance évoque un milliard d'euros d'investissements qui doit « soutenir la formation des actifs et digitaliser la formation professionnelle au service de l'innovation pédagogique et l'acquisition des compétences ». Quelle partie de cette somme financera-t-elle l'avenir des femmes ?

Le plan de relance rappelle en effet que le gouvernement va encourager massivement la formation sur des secteurs prioritaires, parmi eux l'industrie, le numérique, la transition écologique ou encore les métiers liés à la santé et au grand âge. Il faut s'assurer que les budgets dédiés à soutenir les compétences et l'accès au numérique bénéficient à égalité entre les femmes et les hommes. Il est indispensable que 50% des effectifs formés aux métiers du numérique - qui sont notre avenir - soient des femmes. Le plan de relance consacre également 300 millions d'euros à la numérisation des outils des organismes de formation. Là encore, alors que des sommes colossales vont contribuer à l'innovation pédagogique, il faut que cet argent serve une démarche égalitaire.

Les femmes françaises doivent être en première ligne de la relance, et elles ont besoin de garanties concrètes qu'elles ne viendront pas dans un second temps. La situation inédite dans laquelle nous nous trouvons nous donne l'opportunité de construire sur un pied d'égalité, dès aujourd'hui.

Liste des cosignataires :

La tribune a été signée à date par 31 personnes - des parlementaires et des personnalités de l'écosystème tech en France :

Marie-Pierre Rixain (députée de l'Essonne, LREM) ; Jean-Michel Mis (député de la Loire, LREM) ; Sereine Mauborgne (députée du Var, LREM) ; Graziella Melchior (députée du Finistère, LREM) ; Laurianne Rossi (députée Hauts-de-Seine, LREM) ; Marion Lenne (députée de Haute-Savoie, LREM) ; Valéria Faure-Muntian (députée de la Loire, LREM) ; Gaël Le Bohec (député Ille-et-Vilaine, LREM) ; Anne-France Brunet (députée de la Loire-Atlantique, LREM) ; Céline Calvez (députée Hauts-de-Seine, LREM) ; Laurence Vanceunebrock (députée de l'Allier, LREM) ; Paula Forteza (députée des Français établis hors de France, , Hervé Saulignac (député de l'Ardèche, groupe socialistes et apparentés) ; David Corceiro (député du Val D'Oise, MoDem) ; Marguerite Deprez-Audebert (députée du Pas-de-Calais, MoDem) ; Stéphane Viry (député des Vosges, Les Républicains) ; Emmanuel Vandamme (président de POP Plus) ; Pierre Verlyck (directeur général de POP School) ; Frédéric Bardeau (président de Simplon) ; Bernard Sebban (directeur général de FITEC) ; Claude Roiron (déléguée ministérielle à l'égalité filles-garçons, rattachée au ministère de l'Education nationale et de la jeunesse) ; Alain Assouline (président de WebForce3 et du CINOV numérique) ; Nicolas Glady (directeur de Télécom Paris) ; Erik Campanini (cofondateur LePont) ; Laurentino Lavezzi (directeur des affaire publiques d'Orange) ; Djamchid Dalili (président de 3W Academy) ; Jean Guo (directrice générale de Konexio) ; Henri d'Agrain (délégué général du Cigref) ; Heger Barkati (responsable de la Fabrique Numérique de Gonesse) ; Katya Lainé (directrice générale de Kwalys, présidente Femmes du Numérique et membre du Syntec Numérique) ; Guy Mamou Mani (co-président d'Open).

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Commentaires 7
à écrit le 05/12/2020 à 15:41
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Il ne faut pas recommencer les imbécilités des années 50/60 (sauf en Bretagne exode rural) qui a fait venir des milliers d'immigrés non qualifiés alors que ces dames restaient à la maison. La technologie moderne n'a pas de genre, beaucoup de matière...

à écrit le 05/12/2020 à 3:27
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Pourquoi les femmes voudraient plus de numérique que d'industrie ou de BTP? Parce qu'elles s'imaginent s'incruster sans effort au sommet de la pyramide comme en politique? Non à l'égalitarisme, oui à l'équité. A effort égal, salaire égal. Dé...

à écrit le 04/12/2020 à 14:08
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Tient tient tient ... Ou sont elles dans les moments critiques ?

à écrit le 04/12/2020 à 11:18
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Si l'homme renonçait a l'innovation, la femme ferait elle des progrès? La question se pose en permanence!

le 04/12/2020 à 11:45
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"Si l'homme renonçait a l'innovation" Le monde pourrait peut-être être sauvé surtout, je ne vois pas le lien avec les femmes. Parce que l'on peut voir aussi le phénomène que vous essayez d'expliquer sous un autre angle, c'est bien parce que les f...

le 05/12/2020 à 15:56
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Quand je travaillais comme technicien, il m'arrivait d'avoir besoin de personnes qui s'intéressent et contentes d'avoir des responsabilités éventuelles, je ne me suis jamais occupé si c'était des mecs ou des nanas je formais celui ou celle qui avait...

à écrit le 04/12/2020 à 10:46
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Elles se ruent dans tous les commerces pour faire leurs cadeaux de noël.

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