Pour un capitalisme de long terme

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(Crédits : Reuters)
Dans une contexte général d'incertitudes, de baisse des indices boursiers et de la présence de fonds activistes en Europe, il est temps de revenir aux fondamentaux des marchés: financer la croissance, garantir la sécurité de l'épargne et payer une prime à la hauteur du risque pris par les investisseurs. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, et membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique

La fébrilité des marchés financiers est très forte en cette fin d'année 2018. La volatilité des prix du pétrole, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, accentuée par les déclarations intempestives de Donald Trump, le ralentissement de la croissance chinoise, l'aléa sur le Brexit ou encore l'affrontement entre la Commission européenne et le gouvernement italien sur le projet de budget 2019 sont de nature à offrir un début d'année 2019 perturbée pour les bourses mondiales.

D'ores et déjà, les marchés financiers ont fortement baissé au dernier trimestre 2018. Mi-décembre, le Dow Jones et le Nasdaq américains clôturaient en retrait d'environ -2%, le DAX allemand était lui aussi légèrement négatif. Le CAC40 français a perdu plus de 8% depuis le début de l'année et s'est installé durablement sous la barre des 5.000 points.

Fonds activistes américains

Ce climat d'incertitude financière est encore accentué, pour certaines entreprises européennes, par l'arrivée à leur capital de fonds activistes américains. En effet, ces derniers viennent de lancer une offensive en Europe sur le capital de plusieurs entreprises, à l'instar de Telecom Italia, Casino, Suez ou, plus récemment, Pernod Ricard. Ces fonds, dont l'objectif premier est d'obtenir un rendement maximum de leur mise initiale en un minimum de temps, considèrent que les entreprises, dans lesquelles ils investissent, sont mal gérées, qu'elle pourraient être plus efficaces et donc générer de meilleurs profits. Ils réclament des inflexions stratégiques importantes permettant de réaliser des profits à court terme, mais la plupart du temps aux dépens d'une vision stratégique de long terme.

Fondamental pour le développement des entreprises

Or, la question de la stratégie à long terme est fondamentale pour le développement des entreprises et l'allocation optimale des ressources financières. Ceci est un prérequis majeur pour le développement industriel, la conquête de nouveaux marchés et la mise en œuvre d'une stratégie stable pour le développement de l'entreprise.

Cette stratégie de long terme est notamment l'un des traits caractéristiques du capitalisme familial qui s'est développé en Allemagne, en Italie ou en France. La plupart des PME exportatrices italiennes, installées en Lombardie ou en Vénétie, appartiennent à des actionnaires familiaux de longue date.

C'est également une spécificité française qui a permis de constituer des groupes mondiaux de premier plan, à l'instar de Kering, LVMH, Dassault, ou encore Sodexo. Au-delà du rendement nécessaire pour développer l'entreprise, l'actionnariat familial est attentif à la transmission, de génération en génération, de l'outil créé et à l'intérêt social de l'entreprise.

Simplifier les successions des groupes familiaux

Les avantages du modèle capitalistique européen doivent donc être préservés afin de favoriser les stratégies et investissements de long terme. A ce titre, les successions des groupes familiaux doivent être simplifiées, et les fonds activistes étrangers devraient faire l'objet d'une surveillance attentive par les autorités de régulation, voire d'un contrôle européen. En effet, une législation européenne pourrait être proposée pour réguler les fonds activistes, par exemple en encadrant très strictement les ventes à découvert avec une obligation de publicité des montants concernés et des contrats conclus.

Il convient de renouer avec les fonctions fondamentales des marchés financiers qui sont d'assurer le financement de la croissance, de garantir la sécurité de l'épargne et de payer une prime à la hauteur du risque pris par les investisseurs.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2018 à 11:11 :
Je crains que l’Europe soit devenu le M.O du 1970 et que la Chine les usa d’après guerre...

On dirait que les pôles financiers ont muté avec les conséquences pour toutes les populations...

La solution : la coopération mondiale ? Et l’honnêteté mondiale ?
a écrit le 19/12/2018 à 18:51 :
Pour avoir un minimum d'emprise sur le capitalisme en France, il faudrait commencer par être propriétaire majoritaire des capitaux de nos entreprises.Nous sommes des capitalistes sans capitaux. Toutes nos grandes boites dites Françaises n'ont de Français que le management et le siège social. La stratégie et les arbitrages sont dictées par les propriétaires (actionnaires, oh le vilain mot qui rend tout rouge le moindre gilet jaune) le plus souvent anglosaxon.
a écrit le 19/12/2018 à 17:31 :
Oui oui, les américains...nos alliés qui nous veulent du bien...ou comment torpiller les concurrents ; fonds invasifs qui font de l'argent rapidement tout en affaiblissant "l'hote", système judiciaire tout puissant qui condamne les groupes étrangers à des amendes colossales, politique extérieure décidant unilatéralement que tous les groupes étrangers doivent interrompre les affaires avec un pays donné, groupes étrangers interdits de vendre leurs produits contenant des composants américains...
Sympa l'Oncle SAM
a écrit le 19/12/2018 à 13:35 :
"Il convient de renouer avec les fonctions fondamentales des marchés financiers qui sont d'assurer le financement de la croissance ..."

Il convient surtout d'apprendre à faire sans croissance car elle finira bien par s’arrêter si elle ne l'est pas déjà, en raison des limites physiques de notre monde ...

Or les marchés financiers génèrent aujourd'hui une "croissance" déconnecté des capacités physiques de production, en d'autres termes des bulles spéculatives, suivi de retours à la réalité, en d'autres terme des krachs ... Si c'est pour favoriser ce type de schéma, non merci.

Certains États/institutions ne seront sans doute pas en mesure d'absorber une deuxième crise qui pourrait bien intervenir avant 2020 ... et des États qui font faillite, ça commence à sentir sérieusement le roussi
a écrit le 19/12/2018 à 12:03 :
capitalisme de long terme ? alors que le capitalisme est en fait dans une impasse.
comme l'écrivait Satyajit Das dans Bloomberg en mai 2017, il n'y a plus vraiment d'innovation majeure aujourd'hui : https://www.bloombergquint.com/opinion/innovation-won-t-overcome-stagnation#gs.ItUVGa8
a écrit le 19/12/2018 à 11:39 :
Faire travailler son argent a sa place est une attitude mesquine!
Réponse de le 22/12/2018 à 11:08 :
On fait quoi alors ?
Le jeter par les fenêtres ou sur les autoroutes comme aux usa ?
a écrit le 19/12/2018 à 11:34 :
Une loi Européenne interdisant la vente à découvert ? Je suis curieux et impatient de voir la réaction des établissements et fonds qui ce prêtent contre rémunération au prêt de titre.
a écrit le 19/12/2018 à 11:06 :
La bourse est un marché de l'occasion, elle ne finance pas les entreprises, le but étant de ne jamais participer aux recapitulation le plus souvent defensives.

Le but de la bourse est de mettre à la merci de loups le capital des brebis et autres agneaux, c'est l'equivalent des navires marchands laissés sans defense face aux pirates de hautes mers.
Des institutions etatiques telles que la cia y tirent d'ailleurs une part importante de leurs revenus, comme les états jadis étaient de mêche avec les surcouf & co.
Réponse de le 20/12/2018 à 2:29 :
Si vous enlevez la bourse où les entreprises peuvent lever du capital et de la dette en fonction de leurs besoins d'investissement, etes-vous d'accord pour que votre livret A/assurance vie fonds Euro servent à investir dans ces entreprises en achetant leurs actions ou des obligations (non-côté du coup) ? J'imagine que non car vous semblez être plus dans l'idéologie que dans l'analyse, et pourtant cela permettrait à des capitaux français d'investir dans des entreprises françaises et de redistribuer les richesses créées par ces entreprises. A défaut de bourse, ce sont les banques, et donc les depots, qui financeraient les entreprises à 100%. Autant dire qu'elles ne pourraient pas se developer librement car les banques prennent des risques mesurés sur les lignes de credit. Il vous reste l'Etat donc pour financer les entreprises et donc vos impôts. Vues les capacities gestionnaires des Etats en general et du nôtre en particulier, c'est très peu souhaitable.
a écrit le 19/12/2018 à 11:05 :
"les successions des groupes familiaux doivent être simplifiées"

alors que l'on se retrouve avec des héritiers de plus en plus aliénés, qui ont grandi une cuillère en or dans la bouche, qui n'ont jamais connu la moindre secousse dans leur vie faisant qu'à l'export on se fait démonter par des entrepreneurs bien plus affutés intellectuellement vous voulez que l'on se noie encore plus au sein de ce système de rentiers zombis ???

Au secours...

"DANGER DE LA RICHESSE: Seul devrait posséder celui qui a de l'esprit: autrement, la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait à l'homme intellectuel, se transforme en véritable richesse, résultat trompeur de dépendance et de pauvreté intellectuelles. Cependant, le riche apparaît tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misérable, car il peut prendre le masque de la culture et de l'art: il peut acheter ce masque. Par là il éveille l'envie des plus pauvres et des illettrés - qui jalousent en somme toujours l"éducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque - et il prépare ainsi peu à peu un bouleversement social : car la brutalité sous un vernis de luxe, la vantardise comédien, par quoi le riche fait étalage de ses "jouissance de civilisé" évoquent, chez le pauvre, l'idée que l'argent seul importe, - tandis qu'en réalité, si l'argent importe quelque peu, l'esprit importe bien davantage.» Nietzsche "Opinions et sentences mêlées"

C'est de la profonde bêtise de nos dirigeants politiques et économiques européens dont il faut à tout prix nous protéger et de rien d'autre et merci, par la votre, de confirmer ce que je dis au final.

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