OPINION - Le 30 janvier, France 2 diffusera de manière exceptionnelle « Shoah », tout au long d’une soirée et d’une nuit. Nous souhaitons faire de cette programmation plus qu’un événement : une façon d'interpeller notre mémoire commune.Pourquoi, près de quarante ans après sa sortie, l'œuvre-monument de Claude Lanzmann reste-t-elle à ce jour la meilleure démonstration de l'horreur ? Pas seulement à cause du choc que sa projection suscita dans le monde entier, mais parce qu'hier comme aujourd'hui elle porte en elle une vérité brute. C'est ainsi que Claude Lanzmann l'avait imaginée, sans débats, sans fioritures, simplement avec la cruauté des archives : parce que la barbarie humaine est indicible.
Dans une époque où tout se commente et se noie en vaines polémiques, la force de l'œuvre est de pouvoir dépasser l'onde instantanée d'une remise en question manipulatoire. Et pourtant, il y a urgence, une urgence existentielle à se saisir de ce film historique pour le plonger dans la réalité du présent.
Nous croyons au pouvoir de la mémoire : c'est parce que nous savons nous souvenir que notre société peut avancer
Depuis des semaines, nous voyons surgir, là où naissent ces querelles, le poison du relativisme. Pour la première fois depuis des décennies, la mémoire de la Shoah tend à s'effacer. Elle est convoquée pour être comparée aux violences d'aujourd'hui, alors même que la pensée contemporaine a démontré que c'est la folie sans limite de cette destruction qui en fait le caractère singulier.
Comment être humain après Auschwitz ? Voici le questionnement sur lequel se sont reconstruites nos démocraties, il nous semble plus que jamais utile et nécessaire de le rappeler. Quiconque a mis les pieds une fois dans sa vie sur les vestiges des camps de concentration a ressenti au plus profond de sa chair l'horreur absolue. Il y a urgence à afficher l'impensable aux yeux du plus grand nombre car, sondage après sondage, débat après débat, nous voyons les faits et les dates s'évaporer, laissant place au négationnisme, qui sert une idéologie bien connue dont l'ignorance et le doute sont le terreau.
Delphine Ernotte-Cunci, Stéphane Sitbon-Gomez et Alexandre Kara