Recherche dollars désespérément !

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Michel Santi, économiste.
Michel Santi, économiste. (Crédits : DR)
Depuis le mois de janvier dernier, les hausses de taux d'intérêt se sont accélérées à travers le monde. C'est simple : nous serions revenus au niveau moyen des taux pré-Lehman, selon une étude de Bank of America Merrill Lynch. Par Michel Santi, économiste (*).

Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que les liquidités globales au niveau international se raréfient car il va de soi qu'un tel resserrement de la politique monétaire de la part des banques centrales aboutisse à une contraction globale.

En réalité, c'est quasi exclusivement l'approvisionnement mondial en dollars américains qui se fait nettement moins généreusement qu'auparavant car cette monnaie est, et reste, l'indicateur unique de la santé économique et financière du globe. Cette ruée vers le billet vert constatée par l'ensemble des intervenants de la planète, et qui est progressivement montée en puissance à la faveur de l'avancement de cette année 2018, est bien sûr redevable à une rentrée au bercail de plus en plus de dollars, attirés par une économie incontestablement en superbe santé.

Le dollar, monnaie de référence de la plupart des obligations mondiales

Cette demande accrue - voire par moments frénétique -, de billets verts est également due au ralentissement chinois et à la fièvre protectionniste actuelle. Encore et toujours baromètre - et juge de paix - universel, le dollar et sa liquidité sont essentiels pour les rouages économiques de la quasi-totalité des nations du monde : devise de réserve de choix des banques centrales, le dollar est également monnaie de référence de la plupart des obligations mondiales et est utilisé dans le cadre de transactions et d'échanges se chiffrant à hauteur de 4.400 milliards quotidiennement.

L'euphorie règne sur les marchés boursiers américains. Attention au retour de bâton...

Si ce mouvement tectonique du plancher dollars qui s'effrite sous nos pieds est ressenti partout, c'est surtout les pays émergents qui en subiront les conséquences, parfois dévastatrices. Ayant vu un afflux de liquidités en leur direction il y a quelques années en quête de rentabilité supérieure, alors que les taux d'intérêt des principales économies étaient nuls, voire négatifs, ces pays émergents commencent seulement à subir aujourd'hui le mouvement inverse, c'est-à-dire un exode de dollars dans une conjoncture de normalisation de la politique monétaire des principales puissances.

Si c'est l'Argentine et la Turquie qui ont récemment défrayé la chronique, l'ensemble des nations ayant basé leur essor sur de la dette et dont les réserves sont faiblement dotées en monnaies étrangères seront les plus fragiles. L'Indonésie, la Malaise, les Philippines et l'Afrique du Sud seront donc vraisemblablement sur la sellette alors que, par ailleurs, l'euphorie règne sur les marchés boursiers américains ayant fêté la semaine passée leur plus long cycle haussier depuis 1945 !

Que les États-Unis ne sablent cependant pas le champagne trop tôt car l'extrême volatilité à venir sur les marchés émergents risque fort de les contaminer. On ne retire, en effet, pas impunément 600 milliards de dollars par an de liquidités comme le fait la Réserve fédérale américaine, sans effets pervers pour la profitabilité des entreprises et pour la croissance nationale.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : "Pour un capitalisme entre adultes consentants", préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 27/08/2018 à 16:14 :
Je ne trouve pas que ce soit l'euphorie sur les marchés américains, c'est une hausse constante mais faible, wall street finissant rarement au dessus de 1% avec en plus des rectifications discrètes ponctuées de baisses régulières.

C'est ça le pire, les politiques à court terme de Trump fonctionnent toutes, on ne peut que craindre ce qu'il nous a concocté à long terme, parce qu'un personnage politique aussi puissant pense forcément au long terme.

Obama ne tenait pas les acteurs économiques économiques américains, Trump les tient d'une main ferme et cette perte de 600 milliards ne peut qu'être compensée par le retour de nombreuses multinationales venant payer leurs impôts aux états unis et de cet afflux d'argent massif des investisseurs du monde qui ne peuvent que constater l'état pitoyable des politiciens de leurs propres pays, à cause en grande partie d'eux-mêmes d'ailleurs, hésitant forcément à parier dessus alors que les ayant acheté. "Plus on possède et plus on est possédé." Sans parler de la hausse du pouvoir d'achat permettant une croissante réelle et non seulement financière.

Ce sont les états unis qui ont conçu le modèle économique actuel, du moins sa base, maintenant que tous les pays du monde l'ont bêtement adopté, car leurs oligarchies en ayant copieusement profité, ce sont eux les maitres du jeu. Ce que nous fait Trump ne sera compris que bien plus tard, à froid, quand tous les subterfuges qu'il utilise pour se dissimuler seront dissipés.
a écrit le 27/08/2018 à 14:51 :
En remontant les taux, les banques américaines vont aussi récupérer une part de ce que l'Etat a lâché en baissant les impôts des entreprises. L'adage selon lequel la croissance américaine entraînait la croissance mondiale semble bien révolue. Mais la rareté relative du dollar laisse la place aux deux autres monnaies mondiales.L'Europe et la Chine vont-elles en profiter. A moins que Londres, en bon équilibriste de la finance mondiale...
a écrit le 27/08/2018 à 14:10 :
Merci de cet article intéressant,

Le rebond du dollar n'est il pas relatif où annonce-t-il une tendance de fond ? Rappelons qu'il était encore il n'y a pas si longtemps quasiment à parité avec l'euro et qu'il y a encore du chemin, notamment avec M. Trump qui s'agit dès que les autres monnaies baissent

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