Réseau de fibre optique unique en Italie  : double peine pour les consommateurs et contribuables

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(Crédits : DANIEL MUNOZ)
OPINION. Depuis l'année dernière, le secteur des télécommunications italien connaît de grandes manœuvres faites de fusions, rachats, nationalisations et dépenses de grande ampleur. Pas sûr que les consommateurs et contribuables italiens en tirent avantage. Par Patrick Coquart, analyste en politiques publiques (*)

Créer un réseau unique de fibre optique

Telecom Italia (Tim), opérateur historique de la péninsule, est à la manœuvre pour faire adopter son projet de création d'un réseau unique de fibre optique. Le but déclaré de cette initiative est de mieux servir le consommateur italien qui, jusqu'alors, ne bénéficie pas d'une couverture optimale du territoire. Le télétravail qui, chez nos voisins comme de ce côté-ci des Alpes, s'est étendu à la faveur du confinement, en a été le révélateur.

Pour offrir un service à la hauteur de ce qu'attendent les clients, Tim a donc eu l'idée de fusionner son réseau de fibre optique (FiberCop, détenu avec Fastweb, un de ses concurrents) avec celui d'Enel (OpenFiber). Une telle opération, selon Telecom Italia, permettrait de déployer plus rapidement la fibre et à moindre coût.

Le gouvernement italien soutient ce projet et veut même aller plus loin, prêtant une oreille attentive aux propositions de Beppe Gillo, le fondateur du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui souhaite placer la Caisse des Dépôts (CDP) italienne au centre du dispositif en la faisant monter au capital de Tim. Actuellement la CDP détient environ 10 % de Tim. Elle pourrait, si Beppe Grillo obtenait satisfaction, en détenir près de 25 % pour faire jeu égal avec Vivendi, premier actionnaire de Tim. Par ailleurs, la CDP détient 50 % d'OpenFiber.

L'Agcom (l'autorité de tutelle et de régulation des télécommunications en Italie) et la Commission européenne, en la personne de Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence, regardent tout cela d'un mauvais œil.

Telecom Italia serait-elle aux abois ?

Il est clair que Tim, en souhaitant mutualiser le réseau de fibre optique, cherche à faire des économies. Déployer un réseau unique utilisé par plusieurs opérateurs devrait coûter moins cher que de dupliquer des réseaux indépendants. Mais n'est-elle pas plutôt la conséquence des sommes astronomiques dépensées par les opérateurs de télécommunications italiens dans les enchères de la 5G ? Telecom Italia a déboursé 2,4 milliards d'euros dans ces enchères pour obtenir le droit d'utiliser les fréquences permettant de déployer le très haut débit mobile. C'est le double du montant que Tim s'était initialement fixé. C'est également le double de ce qu'a dépensé Orange pour obtenir ses fréquences 5G en France.

À ces milliards viendront s'en ajouter d'autres, plus nombreux encore, nécessaires pour déployer le réseau. On comprend, par conséquent, que l'opérateur italien veuille faire des économies. Mais n'est-ce pas sur le dos du consommateur ?

Les Italiens, doublement pénalisés

On ne voit pas, en effet, comment les consommateurs transalpins pourront éviter de payer la facture. Les sommes dépensées par Telecom Italia pour obtenir les fréquences 5G, puis pour déployer le réseau, se retrouveront, en partie du moins, dans les forfaits 5G qui seront commercialisés.

Tim ne se distingue pas de ses concurrents et homologues qui tous, peu ou prou, cèdent leurs infrastructures à des fonds d'investissement qui ensuite les leur louent. Le danger n'est pas nul, par conséquent, de voir les loyers des antennes progresser à plus ou moins brève échéance. Prévisible également le risque que les fonds cèdent leur participation à terme et qu'une concentration s'opère. Là encore, le consommateur en ferait les frais.

Du côté de la fibre optique, notre sujet initial, le manque de concurrence ne pourrait que pénaliser le consommateur. Il est évident, en effet, qu'un acteur monopolistique sur un marché a le pouvoir de limiter les produits et services et d'augmenter les prix comme il le souhaite.

Mais tout cela n'est pas très grave tant que n'existent pas de barrières légales à l'entrée de ce marché. Car alors des concurrents, avertis par l'augmentation des prix, se présenteront nécessairement pour profiter de l'aubaine. Ce qui aura pour conséquence de faire baisser ces mêmes prix.

C'est là où le projet de renationalisation larvée de Tim devient diabolique. Si l'État italien, à travers la CDP, devient à terme l'actionnaire prépondérant de l'opérateur, il pourrait être tenté d'entraver le libre marché au profit de Telecom Italia. Les contribuables italiens seraient également affectés par la mauvaise gestion qui caractérise, la plupart du temps, les entreprises publiques, monopolistiques ou non.

Si Tim tombait complètement dans le giron de l'État, les Italiens seraient donc doublement pénalisés. Comme consommateurs, en subissant une augmentation des prix et une dégradation des services. Comme contribuables, en finançant à perte une entreprise mal gérée.

C'est pourquoi la création d'un réseau unique de fibre optique en Italie, avec la CDP aux manettes, n'est pas anodine. Espérons donc que l'Agcom et la Commission européenne veillent correctement au grain pour préserver les Italiens de leur gouvernement.

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(*) Patrick Coquart est analyste en politiques publiques. Il collabore notamment avec l'Institut économique Molinari (IEM) et l'Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

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Commentaires
a écrit le 02/01/2021 à 14:37 :
En hyper centre de Chalon sur Saone, ville de 50K habitants, la plus peuplée de Saone et Loire, je n'ai pas accès a la fibre... Qu'est-ce que ce serait sans la concurrence !
a écrit le 02/01/2021 à 10:56 :
C’est sur que chez nous c’est mieux avec la super conçurrence.
Entre les mecs de SFR qui débranche les autres abonnés, au point de se faire agresser, Free qui est dispo que dans très peu d’endroit et qui utilise une techno juste pour eux.
Ça coûte 4 fois plus cher et on est le pays le plus à la bourre sur la fibre. BRAVO
a écrit le 02/01/2021 à 10:44 :
C’est sur que chez nous c’est mieux avec la super conçurrence.
Entre les mecs de SFR qui débranche les autres abonnés, au point de se faire agresser, Free qui est dispo que dans très peu d’endroit et qui utilise une techno juste pour eux.
Ça coûte 4 fois plus cher et on est le pays le plus à la bourre sur la fibre. BRAVO
a écrit le 01/01/2021 à 20:37 :
"la mauvaise gestion qui caractérise, la plupart du temps, les entreprises publiques, monopolistiques ou non"

merci de faire ainsi la preuve de votre positionnement idéologique politique
a écrit le 01/01/2021 à 11:16 :
C'est une vue un peu trop capitaliste... pour de grandes infrastructures comme l'électricité, le train ou la santé, c'est déjà nationalisé et fort heureusement d'ailleurs !
De plus vous ne mettez pas en avant le fait qu'une partie des impôts du coup reviendraient aux italiens ainsi, par des investissements dans quelque chose qui est utilisé au quotidien comme les routes. Et c'est sans compter sur la possibilité de fixer des tarifs par décret pour éviter d'avoir un peu trop de bénéfices partant dans les poches des actionnaires et pas dans l'investissement et l'entretien du réseau.
Forcément ça ne plaît pas à l'UE qui veut pousser les entreprises du privé, au détriment des européens... faut-il rappeler le flop de l'ouverture à la concurrence du rail en France ?
a écrit le 30/12/2020 à 17:02 :
Le réseau unique a aussi ses bons côtés, y compris pour le consommateur, si (et je crois que c'est le cas) la couverture du pays est en retard et cela surtout dans les zones moins denses, et si la concurrence peut jouer sur les offres avec un accès au réseau par les opérateurs tiers dans des conditions loyales et non discriminatoires. C'est comme ça que se développe la fibre en France avec les réseaux d'initiative publique pilotés par les départements ou les régions suivant les cas. Bien sûr, l'autorité de régulation des télécoms italiennes et la Direction de la concurrence de la Commission européenne doivent jouer le jeu. Mais je ne doute pas que les opérateurs privés feront en sorte que ce soit le cas (d'autant que l'un d'entre eux n'est autre qu'Iliad, maison mère de Free en France, qui ne laissera pas TIM faire ce qu'il veut)
a écrit le 30/12/2020 à 15:43 :
Ou est le problème ? prenons deux exemples simples
1) le réseau électrique en France un seul réseau plusieurs entreprises vendent l'électricité ....
2) le réseau ferroviaire en Italie (bientôt en France aussi) un seul réseau plusieurs entreprises utilisent le réseau...
a écrit le 30/12/2020 à 11:57 :
Ceux qui me fais rire c'est que les sociétés de com ceux fou des gens.
Le debit de la 5g ceux fais grace a la fibre...
De toure facon les politicien cest le niveau de la france en science 0.
Ps l'economie ce n'est pas de la science
a écrit le 30/12/2020 à 11:54 :
Ceux qui me fais rire c'est que les sociétés de com ceux fou des gens.
Le debit de la 5g ceux fais grace a la fibre...
a écrit le 29/12/2020 à 15:40 :
J'étais d'accord avec vous jusqu'à que vous nous disiez que la commission européenne l'était aussi, de ce fait je reviens sur ma décision vu que la commission européenne n'est qu'un tas d'emplois fictifs qui s'y croient vraiment à savoir les pires.

En néolibéralisme, système stupide imposé par des gens qui le sont encore plus, il faut bien se dire qu'une mauvaise idée peut vite se transformer en comparaison en moindre mal. On peut être sûr que l'UE ferait pire.

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