Semi-conducteurs : l’autre bataille de la souveraineté européenne

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L'Union européenne s'est engagée en décembre 2020, dans le cadre du plan de relance, à soutenir l'industrie européenne des semi-conducteurs. Objectif : produire à terme au moins 20% des circuits intégrés dans le monde. Un plan d'investissement ambitieux, qui pourrait atteindre 30 milliards d'euros, devrait ainsi être annoncé d'ici la fin du premier trimestre 2021 (Clément Rossi, directeur de la Stratégie, des Partenariats et des Relations extérieures du Forum International de la Cybersécurité)
"L'Union européenne s'est engagée en décembre 2020, dans le cadre du plan de relance, à soutenir l'industrie européenne des semi-conducteurs. Objectif : produire à terme au moins 20% des circuits intégrés dans le monde. Un plan d'investissement ambitieux, qui pourrait atteindre 30 milliards d'euros, devrait ainsi être annoncé d'ici la fin du premier trimestre 2021" (Clément Rossi, directeur de la Stratégie, des Partenariats et des Relations extérieures du Forum International de la Cybersécurité) (Crédits : DR)
OPINION. La pénurie de composants électroniques devient désormais un risque stratégique majeur pour les entreprises européennes dans le contexte de guerre technologique et commerciale que se livre la Chine et les États-Unis. Par Clément Rossi, directeur de la Stratégie, des Partenariats et des Relations extérieures du Forum International de la Cybersécurité (FIC)

Quel est le point commun entre un avion de combat, un smartphone, une trottinette électrique et un data-center ? La pénurie de composants électroniques ! Elle révèle en effet la forte dépendance des industries européennes en matière de semi-conducteurs. Cette dépendance matérielle, résultat de la stratégie du "fabless", qui a longtemps prévalu aux États-Unis et en Europe, devient désormais un risque stratégique (et systémique) majeur dans le contexte actuel de guerre technologique et commerciale que se livre la Chine et les États-Unis.

Les Etats-Unis cherchent à bloquer la Chine

Pour conserver un avantage compétitif sur les technologies numériques, en particulier sur la 5G, les États-Unis cherchent en effet à bloquer la Chine, quitte à bousculer la filière des semi-conducteurs, où Taïwan domine largement le segment "fonderie" avec 75,7% du marché mondial, et surtout une large avance sur la production de circuits de taille inférieurs à 7 nanomètres.

Le principal producteur taïwanais, TSMC, a ainsi été soumis à de fortes pressions pour interrompre ses relations commerciales avec la Chine et implanter une partie de sa production sur le territoire américain. Dans le même temps, les États-Unis ont placé SMIC, principal producteur chinois de puces électroniques, sur la liste noire d'exportation, limitant l'accès de l'entreprise aux composants embarquant des technologies américaines, qu'ils soient ou non produits sur le territoire américain.

Lourdes conséquences pour l'Europe

Cette stratégie de coercition américaine a de nombreux effets de bord. A court terme, elle amplifie le choc sur la filière semi-conducteur, déjà soumise à rude épreuve avec la pandémie. Au plan géopolitique, elle aiguise l'appétit de l'ogre chinois envers Taïwan. Au plan industriel, enfin, elle pousse la Chine à s'autonomiser en matière de semi-conducteurs et à combler son retard technologique en renforçant ses propres capacités. Dans le cadre de son plan "Made in China 2025", le pays redouble ainsi d'efforts pour réduire sa dépendance : il investit massivement dans le secteur et débauche à tour de bras des ingénieurs spécialisés en Corée du Sud et à Taïwan. Objectif : produire en 2025 70% des puces dont elle a besoin pour son industrie.

Mais cette stratégie a aussi de lourdes conséquences pour l'Europe. Alors que la Chine et les États-Unis vont redévelopper des capacités de fonderie, l'Europe pourrait-elle rester en dehors du jeu au moment où l'intelligence artificielle, le calcul haute performance, la 5G et les objets connectés vont faire exploser la demande de semi-conducteurs (le marché devrait progresser de 8,4% en 2021) ?

Des industries de pointe en Europe

Certes, l'Europe dispose d'entreprises à la pointe dans le domaine, qu'il s'agisse du franco-italien STMicroelectronics ou bien encore du hollandais ASLV, spécialiste de la lithographie EUV (ultraviolet) permettant de fabriquer des composants de très petite taille. L'américain Globalfoundries dispose quant à lui d'une vaste usine dans la "silicon Saxony" allemande. Mais la filière reste largement dépendante de Taïwan et de Corée du Sud en termes d'approvisionnement.

Certaines de ses pépites comme l'Allemand Siltronic (racheté par le Taïwanais Global Wafers fin 2020), les Britannique Dialog Semiconductor (racheté par Renesas début 2021) et ARM (dont le rachat par l'Américain Nvidia est encore en débat) sont par ailleurs l'objet de toutes les convoitises.

Soutien à l'industrie européenne des semi-conducteurs

Pour réduire cette dépendance stratégique et profiter de l'explosion attendue du marché, l'Europe doit donc adopter rapidement des mesures volontaristes combinant diversification des approvisionnements, aide à l'installation d'industriels étrangers sur son territoire, soutien au développement de la filière locale et contrôle des investissements étrangers. Sur le front de la diversification, des alternatives aux fournisseurs taïwanais existent en Asie du Sud-Est (Malaisie et Corée du Sud) ou aux États-Unis, en particulier sur les produits finis que sont les circuits programmables (FGPA). La réglementation ITAR, qui permet aux États-Unis de bloquer les exportations de produits intégrant des technologies américaines, reste cependant un obstacle majeur, en particulier en matière de défense.

Consciente des enjeux, l'Union européenne s'est engagée en décembre 2020, dans le cadre du plan de relance, à soutenir l'industrie européenne des semi-conducteurs. Objectif : produire à terme au moins 20% des circuits intégrés dans le monde. Un plan d'investissement ambitieux, qui pourrait atteindre 30 milliards d'euros, devrait ainsi être annoncé d'ici la fin du premier trimestre 2021. "Sans une capacité européenne autonome en matière de microélectronique, il n'y aura pas de souveraineté numérique européenne", soulignait Thierry Breton, commissaire européen. Une autonomie qui passera clairement par un rééquilibrage de notre dépendance et le renforcement de nos partenariats, tant avec les États-Unis qu'avec la Chine, compte tenu des investissements nécessaires. A eux seuls TSMC et Samsung prévoient d'investir respectivement 21 et 26 milliards d'euros dans les semi-conducteurs en 2021. "Le guerrier victorieux remporte la bataille, puis part en guerre. Le guerrier vaincu part en guerre, puis cherche à remporter la bataille" (Sun Tzu).

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a écrit le 26/03/2021 à 17:21 :
"et surtout une large avance sur la production de circuits de taille inférieurs à 7 nanomètres."
voire "taille de gravure", pas la puce, pas encore, il faut quelques jonctions de transistor pour avoir un circuit fonctionnel. La puce des cartouches d'encre Epso* fait qq mm de large, j'en avais démonté une, neuve, de la marque, qui était refusée (trop ancienne ?).
Quand Intel changeait de génération de processeur, il le créait pas une nouvelle usine (à coup de dizaines de milliards) à chaque fois ? Vu que les progrès de la micro-lithographie évoluent (rendant la finesse encore plus incroyable) c'est pas repartir de zéro mais il faut tout adapter (longueurs d'onde d'insolation, process des résines, etc).
a écrit le 26/03/2021 à 16:24 :
A force de blablater dans tous les domaines, et de bons sentiments, l'Europe, et la France sont complètement dépassées das de nombreux domaines technologiques (électronique, santé, batteries ...) pourtant vitaux pour les populations. Nous avons laissé les clé de la maison à des pays qui feront tout pour nous écraser dans un monde ultra-concurrentiel, et notre continent va être laminé
a écrit le 26/03/2021 à 13:32 :
Ben oui, il faut créer l'industrie du silicium qui est au 21éme sciècle le charbon et l'acier du 19ème.
Faut pas s'inquiéter, notre industrie nucléaire avec un tel niveau de qualité peut très bien se lancer dans la fabrication des lingots cylindriques de silicium épuré.
la pureté doit être de 99,999 9 %
voir sur le site du cnrs pour infos
Pour l'usinage et le sciage sciage en wafers, ça peut se faire ailleurs.
Réponse de le 26/03/2021 à 17:28 :
Un ancien chef avait fait sa thèse sur le dopage du silicium extra-pur en réacteur (on en avait deux sur site, expérimentaux) par création de défauts sous irradiation dans la piscine, mais il faut savoir doper P et N. Et en lingot entier c'est pas très utile.
"voir sur le site du CNRS pour infos" avec quels mots clé ? La purification de zone c'est terminé ?
A noter que pour le solaire, la pureté électronique n'est pas utile, il faut juste ne pas avoir les dopants non désirés dedans. Ça rend les choses plus économiques, mais ça permettait de valoriser le silicium pas assez pur.
a écrit le 26/03/2021 à 9:57 :
Pour l'europe, je ne sais pas, la France par contre, c'est rape.
Réponse de le 26/03/2021 à 14:42 :
En fait c'est l'inverse. La France est bien placée avec Stmicroelectronics qui a une très bonne intégration verticale avec sa propre fonderie (située à Grenoble) et Soitec qui est à la pointe de la technologie des semi-conducteurs type plaquette de silicium.
Réponse de le 26/03/2021 à 14:53 :
Mais que ce que la France vous à fait ?
a écrit le 26/03/2021 à 9:22 :
"produire à terme au moins 20% des circuits intégrés dans le monde" n'est ce pas trop ambitieux ? Les exemples que vous donnez :smartphone, trottinette, data center, 5G, ne sont pas/plus fabriqué en Europe.
Réponse de le 26/03/2021 à 10:00 :
L'idée de la construction de l'UE repose sur la stabilité de la monnaie et le commerce libre et non faussé alors que d'autres grandes Nations (mot détesté par l'UE) défendent leurs souverainetés.. Je suis d'accord avec votre remarque mais il faudrait peut être que les politiques s'en saisissent.. Toujours la petite musique de Michelet" Lorsque l'état est faible les sorcières apparaissent"..
a écrit le 26/03/2021 à 9:15 :
Comment peut on parler de souveraineté européenne quand nous avons affaire a des multinationales dont le seul intérêt est pécuniaire!
a écrit le 26/03/2021 à 9:13 :
Mais ils ne savent même pas ce que c'est un semi conducteur nos vieux actionnaires milliardaires propriétaires de l'UE. On est pas prêt d'y arriver, il vaut mieux se diriger plutôt vers des partenariats avec des pays d'avenir mais hélàs nos mêmes vieux propriétaires de l'UE pensent que l'UE est d'avenir.

Bref c'est mort.
a écrit le 26/03/2021 à 8:55 :
la france qui a mis dehors le grand capital capitaliste et nivelle tout par le bas, en interdisant aux enfants de savoir lire pour ne pas stigmatiseer ' ceux qui n'en n'ont pas la chance de savoir, eux', decouvre qu'elle va devenir dependante de l'exterieur!
he, elle va decouvrir que sans nucleaire elle va dependre de l'exterieur?
et que quand la chine ne voudra plus fournir les batteries les voitures ecolos obligatoires ne rouleront plus, et ca sera la faillite?
la france est un beau pays, tres en avance, et tres prospectif, avec des socialistes competents pour la diriger!
aussi competents et tolerants que ceaucescu et consors
( d'ailleurs ca finira pareil)
Réponse de le 27/03/2021 à 0:40 :
@ Churchill
Les obsessions, ça se soigne !

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