Tout pour l’investissement !

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Jacques Myard*, député des Yvelines (LR).
Jacques Myard*, député des Yvelines (LR). (Crédits : DR)
Peu abordés lors de la campagne, les programmes économiques des candidats à la présidentielle ne sont pas pour rassurer les électeurs. Par Jacques Myard*, député des Yvelines (LR), candidat à la primaire et président du Cercle Nation et République.

Alors que s'annonce la campagne des présidentielles, certains thèmes apparaissent dans le débat comme des enjeux majeurs, la sécurité et le combat contre le terrorisme, l'autorité de l'État, le contrôle des flux migratoires, la lutte contre les dérives communautaristes, la refondation de l'Union européenne. Autant de thèmes qui provoquent des positions tranchées sinon antagonistes.

En revanche, en matière économique, le discours est beaucoup plus circonscrit, se concentrant essentiellement sur la nécessité de baisser la dépense publique pour respecter le dogme maastrichtien des 3%. Or ce consensus quasi national est à l'origine depuis des années d'une purge budgétaire, d'une montée du chômage et d'une croissance économique atone.

En réalité, la politique de réduction des dépenses, véritable idéologie, est un non-sens économique et confond les conséquences - l'endettement - avec les causes réelles, l'absence d'investissements qui obère toute croissance et création d'emplois. L'enjeu majeur de l'économie française n'est pas la dépense publique car couper dans la dépense publique revient à provoquer la récession économique - à l'évidence, nombre de politiques ignorent l'effet du multiplicateur.

La pierre angulaire de l'absence de croissance réside aujourd'hui dans l'atonie des investissements tout particulièrement en France. Selon de nombreux économistes, le manque d'investissements est une réalité depuis deux décennies. Le cabinet allemand Roland Berger estime, quant à lui, que l'effort d'investissement français s'est dégradé depuis 2000, passant de 5% du chiffre d'affaires des entreprises à 3,9%, soit une baisse globale de 5 milliards d'euros par an. Et ce n'est pas le modeste plan Juncker et les prêts de la Banque Européenne d'Investissements (BEI) qui pallieront la faiblesse de nos investissements.

Pis encore, le matraquage budgétaire des collectivités locales qui, face au manque de ressources, se voient contraintes de réduire leurs investissements, aggrave cette situation. Soumis aux contraintes budgétaires sous l'effet du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), l'Etat réduit lui aussi ses investissements. Il y a quelques années, les investissements représentaient 20 milliards d'euros dans son budget, aujourd'hui, ils ne sont que de 4 milliards d'euros.

Comment relancer dès lors les investissements ?

En changeant radicalement de politique économique et budgétaire ! Donner la priorité à l'investissement impose :

  • la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui chasse l'épargne des Français pour créer des emplois par l'investissement partout dans le monde sauf en France ;
  • la baisse forte de l'impôt sur les sociétés (IS) pour permettre aux entreprises d'investir et de lutter à armes égales dans la compétition mondiale.

Mais ces mesures sont insuffisantes : il faut aller au-delà et renouer avec les avances directes de la Banque centrale à l'Etat pour les investissements.

Les puristes et idéologues vont crier au scandale, dénoncer la planche à billets, clamer que c'est contraire aux Traités européens - crime de lèse-majesté européen !

Sur ce dernier point, la réponse est aisée : ce que fait aujourd'hui la Banque Centrale Européenne (BCE), en rachetant sur le marché secondaire des bons du Trésor préalablement achetés par les banques, n'est pas conforme aux Traités ; le président Mario Draghi s'y emploie en pratiquant le fameux assouplissement quantitatif pour des sommes significatives de 80 milliards par mois... L'argument n'est donc pas recevable.

Mais l'assouplissement quantitatif a des limites : les banques elles-mêmes !

Les banquiers sont d'abord des commerciaux et gèrent des entreprises. Après avoir obtenu des liquidités auprès de la BCE, les banques y regardent à deux fois avant de prêter aux entreprises de l'économie réelle en raison des risques de non-remboursement et des ratios prudentiels à respecter (Bâle III). L'assouplissement quantitatif atteint donc ses limites du fait de la pusillanimité des banques, ce que souligne, entre autres, l'Union des industries  et métiers de la métallurgie dans son étude parue dans « Actualité » de juillet 2016. Il faut contourner ce blocage par des avances directes des Banques Centrales aux États pour l'investissement à taux zéro.

Nous avons un besoin drastique d'investissements : rénovation du réseau ferroviaire, modernisation de nos équipements militaires et satellitaires, la recherche, sans épuiser la liste. C'est par ce système que la IVe République a reconstruit la France.

Risque d'inflation ? Il n'y en a aucun, car aujourd'hui notre appareil industriel est en sous-production.

Quant aux puristes, partisans d'une orthodoxie budgétaire mortifère, quand comprendront-ils que l'État n'est pas un emprunteur ordinaire et que le contraindre à se financer seulement sur les marchés à des taux prohibitifs, comme ce fut trop longtemps le cas avec la politique de Jean-Claude Trichet adepte de l'euro fort, est tout simplement un non-sens qui n'a d'autre fondement que le dogmatisme ?

Aujourd'hui, nécessité fait loi. C'est à l'État et aux collectivités publiques d'investir dans un programme néo-keynésien pour relancer la machine. Si nous avions agi de la sorte depuis vingt ans, la dette française actuellement équivalente au Produit Intérieur Brut (PIB) serait quasi nulle. Alors, un peu de pragmatisme, sortons de l'idéologie maastrichtienne.

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(*) Jacques Myard, est Député des Yvelines, Maire de Maisons-Laffitte, Président du Cercle Nation et République et Candidat à la Primaire de la droite et du centre.

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Commentaires
a écrit le 12/09/2016 à 11:10 :
Je ne crois pas à ces investissements publiques. Pourquoi investir encore dans la rénovation du rail? Il n'y a déjà personne dans les TER. Qu'est ce qui nous manque comme satellite? Presque rien. A la limite, dans les énergies verte, pourquoi pas, mais avec les dernières co..ries en cours, c'est juste pour faire plaisir aux Allemands. Le manque d'investissement publique n'a qu'une seule raison: des dépenses de fonctionnement complètement obèses!!! S'il veut faire des investissement public, que l'état commence par réduire ses dépenses de fonctionnement. Mais ça, la clique Jacobine ne veut pas en entendre parler. Qu'elle aille sur une autre planète. On se moque de ce qu'elle propose.
Le problème de l'investissement privé vient du fait qu'à la fin, il ne nous reste rien. Ce n'est pas un manque de volontarisme ou quoi que ce soit, c'est juste qu'à la fin, il ne reste rien. C'est pour cela qu'on préfère sous-traiter aux allemands, aux Italiens, aux espagnols, aux anglais, aux chinois, aux indiens... Il n'y a pas d'autres raisons dans l'élaborations de mes décisions. Je ne veux pas investir, car je sais qu'il y aura forcément embauche et que s'il y a embauche, je serais tondus, jusqu'à l'os. C'est cela qui bloque toutes les décisions: la quasi certitude d'être perdant. Des projets, j'en ai plein. Le plus important est qu'ils ne génèrent aucune embauche et un minimum d'investissement. C'est sur ce critère que je les choisis. En industriel, mon choix est rationnel. Il fait de moi et ma société une société commerciale. C'est lamentable et logique. Un investissement industriel se doit d'être largement rentable, afin de financer les emm...des liées aux licenciements "poil dans la main" (merci Jospin, indemnités de licenciement x3 depuis 2002 et personne pour le dénoncer), les nuisances potentielles du voisinages qui ne manquera pas de m'expliquer la vie sur de son bon droit (merci l'écologie qui favorise les délocalisations sans lutter pour la planète), les taxes que je n'aurais pas vu venir mais que je devrai payer rubis sur l'ongle (chaque gouvernement est très créatif en la matière) et les banques, mais ça, c'est normal (un projet se doit avant tout de rémunérer un intermédiaire financier, conséquence logique de l'affaiblissement du capital individuel). Depuis les années Jospin, on est dans un système de spoliation (entendez "vol pure et simple") des industriels. Tout le monde s'adapte à ces données. Elles sont moches. La vie industrielle en France est laide. Je dirais à mes enfants de bien travailler à l'école et d'aller faire leurs projets ailleurs. La droite jusqu'à maintenant s'en fout totalement. La gauche est complice de l'Allemagne, laisse faire la mise sous tutelle de notre économie et l'arrivée de nouvelles bouches à nourrir au nom de on ne sais plus trop quoi. Enfant, on m'expliquait que la France était un grand pays. Adulte, je ne vois qu'un mandarinat obscurantiste, dirigé par des saltimbanques et des pitres. Les politiques sont de beaux parleurs. Une fois élus, ce qui les intéresse, c'est "air force one" avec un soldat le doigt sur la couture du pantalon, pérorer à l'international "Liberté" et en France "Fermez là et pensez ainsi". Dans le fond, je leur rend leur mépris. C'est la première élection vide de tout enjeu pour moi, tant les ficelles des uns et des autres sont grosses. Je n'ai aucune fierté à apprendre la marseillaise à mes enfants. C'est le chant d'hommes libres et fiers. Nous ne sommes ni libres, ni fiers, car il n'y a plus rien à quoi se raccrocher.
a écrit le 12/09/2016 à 9:09 :
Plutôt d'accord avec vous, Mr le Député. Mais on peut peut-être faire encore mieux : alléger vraiment les impôts des classes moyennes. Tout cet argent sera dépensé illico, et se retrouvera un an ou deux après dans les rentrées fiscales avec une économie en pleine forme.
Et supprimer l'ISF parce que c'est un impôt confiscatoire, pourquoi pas. Mais à condition de rétablir une vraie progressivité de l'impôt sur le revenu (: supprimer les défisc pour vrais riches). Cette progressivité est une des bases de la démocratie, et ce n'est plus le cas depuis des années. Et c'est pour ça : parce que vous, les politiciens, êtes à leurs ordres, que les riches sont toujours plus riches : pas besoin de se taper le bouquin de Piketty.
a écrit le 11/09/2016 à 21:19 :
Investir lourdement et rapidement dans des transports en commun en direction des salariés qui seraient ultra rapides, ponctuel confortables , modernes ( à inventer)
Les salariés seraient beaucoup moins fatigués du coup les entreprises seraient gagnantes avec une meilleure rentabilité.
a écrit le 10/09/2016 à 12:29 :
Cet homme là aux propos si sages est LR !?

Mais pourquoi ne s'est il pas présenté à la primaire ???

Trop clairvoyant certainement, merci beaucoup en tout cas pour ce témoignage.
a écrit le 10/09/2016 à 12:08 :
Pour que le secteur privé investisse il faut une rentabilité à la hauteur des risques encourus. Ce qui n'est plus jamais le cas en France après impôts. C'est aussi simple que cela. Comme le capital est déteste par les Hommes politiques la boucle est bouclée. Il reste à l'état à faire ses grands travaux.
a écrit le 10/09/2016 à 8:55 :
Pour prendre la décision d'investir, il faut justifier une rentabilité et pour cela établir une comparaison entre le cout du travail et le prix de l'énergie. Il faut augmenter le prix de l'énergie en diminuant le cout du travail, progressivement et à niveau constant. Il faut appliquer la note n°6 du CAE. Et prévoir le financement du temps libéré par une contribution de l'énergie. Demandez à Jean Tirole de vous l'expliquer.
Réponse de le 10/09/2016 à 18:35 :
Vous parlez de rentabilité ...
Si vous remplacer les charges des entreprises par une taxe sur l'énergie ( je suppose proportionnel sinon pour l'état ça marche pas ) , le taux de rentabilité sera le même ...

Et si vous regardez de plus prêt votre fameuse taxe sur l'énergie est omniprésente sur l'essence ...
Quand a notre électricité nous avons déjà une taxe sur la TVA ...

Enfin de compte vous voulez remplacer A par B avec B = A ...
C'est pour faire du vent pour les éoliennes?
Réponse de le 11/09/2016 à 8:27 :
Merci pour votre réponse. La justification est difficile à exprimer. Jean Tirole est favorable à une taxe sur l'énergie à caractère incitatif, donc plus importante que maintenant. Il faut utiliser cette taxe pour être favorable à l'économie, cad en participant au financement des charges sociales comme le propose la note n°6 du CAE. Cela marche en Allemagne et en Suède. Pourquoi pas chez nous?
Réponse de le 11/09/2016 à 8:50 :
Suite. Je n'arrive pas à comprendre l'opposition systématique des Français et de l'ensemble des économistes, à une taxe sur l'énergie pour réduire le cout du travail, alors que c'est une mesure favorable à l'économie qui permettrait de réduire le chomage et de retrouver un peu de croissance.
Réponse de le 11/09/2016 à 17:58 :
Depuis combien de temps vivez vous en France ?
Moins d'une dizaine d'année je suppose parce que sinon vous devinerez que notre pays est très frisant en impôts et taxes de toutes sortes.
On n'a jamais supprimé des impôts mais on les a la rigueur remplacés ( c'est ce que vous préconisez ) mais le plus souvent ajoutés ...

Alors a force de vous répétez comme vous le faites , il va bien avoir un petit malin qui va nous mettre une taxe ou un impôt supplémentaire sur les énergies et bien entendu sans supprimer de charges sociales et certainement pas pour diminuer le chômage ( un impôt ou une taxe supplémentaire n'a jamais au grand jamais fait reculer le chômage ).

Arrêtez s'il vous plaît votre leitmotiv sur la taxe énergie !!!
Réponse de le 12/09/2016 à 7:40 :
Réponse. La taxe sur l'énergie, c'est un prix Nobel d'économie qui le propose. Vous êtes plus fort que lui. Mes félicitations. Il faudrait en débattre!

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