Un « discours de la méthode » pour politiques voulant (réellement) agir

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Robin Rivaton.
Robin Rivaton. (Crédits : Hugo Chauvin)
L'économiste Robin Rivaton rappelle  dans son nouveau livre, « Aux actes dirigeants ! » (*), que faire de la politique en démocratie c'est  proposer un programme de  mesures clairement définies fixant des objectifs réalistes. Un rappel salutaire à l'intention des responsables et des partis politiques qui recourent trop systématiquement, une fois au pouvoir,  à la communication pour justifier leur (in)action. Dernier exemple en date : le projet de loi sur le travail.

Une spectre hanterait la France depuis quelques années : une totale aversion aux réformes, surtout « structurelles »! Il est vrai que depuis les rejets du projet de réforme des retraites d'Alain Juppé en 1995 et de celui de la constitution européenne lors du référendum de 2005, on ne compte plus les annonces de réformes qui finissent sinon dans les sables du moins vidées de leur substance initiale. Le projet de loi Travail présenté par la ministre Myriam El Kohmri en est ces jours-ci un parfait exemple.

Selon l'économiste Robin Rivaton, qui publie « Aux actes dirigeants » (*), ce mal viendrait du fait que nos politiques sont convaincus qu'« un gouvernement réformiste ne sera pas élu, et encore moins réélu ». Une idée inculquée par « le reflet d'une pratique  politique qui pousse à voir les citoyens les plus désespérés et à être influencés par des intermédiaires dépassés qui ne représentent plus que des minorités ». Conséquence, la méfiance s'accentue entre la majorité des Français et leur élite politique. Cette dernière finalement se cantonne à gérer les rapports de forces et ses différentes clientèles électorales, comptant sur la communication pour défendre des mesures sans grand effet sur une croissance économique molle, un chômage (surtout des jeunes) élevé et une dette publique croissante.

Procéder par ordre

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle une large majorité de citoyens souhaite que la première réforme à faire touche d'abord le fonctionnement du personnel politique lui-même. Ainsi, 96% des Français jugent souhaitable d'avoir des élus plus souvent issus de la société civile. Ils veulent également la fin au cumul des mandats - la loi sera appliquée en ce sens en 2017 -, véritable plaie dans une démocratie, qui professionnalise le politique et favorise sa reproduction à  l'identique.

Pour sortir de cette impasse, Robin Rivaton propose non pas de faire table rase du passé mais plutôt un « discours de la méthode » à l'intention de ceux qui nous gouvernent, ou de ceux qui aspirent à le faire. Pour cela, il procède par ordre, invitant le lecteur à emprunter un chemin balisé qui passe par un diagnostic, une vision, une stratégie, un plan d'action et son exécution. Chaque étape correspondant à un chapitre. Ses arguments sont toujours accompagnés d'exemples, rendant le propos réaliste et non incantatoire. Au final, un véritable programme.

Voici qui n'est pas très original, et peut paraître banal! Oui, sauf qu'on a oublié cette évidence. Les partis politiques ne jouent plus aujourd'hui ce rôle d'intellectuel collectif capable grâce à des militants et des cadres de prendre le pouls de la société civile, élaborer des mesures concrètes et sélectionner celui qui sera le plus capable de porter un programme pour être élu président. Au contraire, aujourd'hui, tout repose en priorité sur l'image, les sondages, la communication et le sponsoring d'un parti.

Définir un « plan d'exécution précis »

En défendant dans son livre la nécessité d'une méthode, d'un projet et d'une explication, Robin Rivaton remet un peu de rationnel dans une pratique qui réagit aux événements plus qu'elle ne propose des solutions. « Les recommandations sur quoi faire sont nombreuses.  Plus rares sont celles qui présentent le pourquoi faire et aucune ne traite du comment faire », ironise-t-il. Pour défendre des projets réalistes, il faut établir un « diagnostic », partager « une vision collective de l'avenir », élaborer un « programme stratégique de mesures » et définir un « plan d'exécution précis ».

En l'absence d'une telle stratégie, il n'est donc pas étonnant de voir des gouvernements recourir à des médiateurs ou des commissions d'experts dont le travail de réflexion aboutit à des rapports qui souvent proposent les mêmes mesures à quelques détails près que les précédents. Quant au citoyen, il ne comprend pas toujours pourquoi il faut faire appel à de telles instances pensant qu'il avait voté précisément pour élire des personnes qui devaient appliquer un programme, même si l'application doit tenir compte des réalités. Bref, les citoyens aimeraient que les gouvernants... gouvernent.

Le caractère irréaliste des programmes présidentiels

Après tout, pourquoi ne fait-on pas en politique ce qui se fait banalement dans une entreprise, une association, un club sportif... « Evidemment, on ne gère pas l'Etat comme une entreprise mais des règles de bon sens, de sagesse populaire, s'appliquent à toutes les organisations, de la cellule familiale à la multinationale », souligne Robin Rivaton, qui remarque : « En relisant les programmes présidentiels de l'ensemble des partis politiques de 1995, 2002, 2007 ou 2012, on ne peut que déplorer leur caractère irréaliste et irréalisable. »

En réhabilitant une approche pragmatique et non héroïque de la politique, Robin Rivaton entend montrer au delà des mesures proposées - que l'on peut toujours discuter - combien le monde politique actuel est sourd aux demandes réelles des citoyens. C'est d'ailleurs ce qu'a compris le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, qui avec son initiative « En marche » entend revenir à une pratique de la politique davantage tournée vers la société civile, même si pour le moment on en reste plus aux intentions qu'aux actes.

Changer notre regard

Comme il l'avait fait dans son précédent ouvrage, « La France est prête », en prenant le contrepied du discours « décliniste » ambiant, Robin Rivaton insiste dans « Aux actes dirigeants ! » sur la nécessité de changer notre regard davantage que de se transformer de fond en comble. Nombre de Françaises et de Français - notamment les jeunes générations - ont pris la mesure du changement impulsé par la mondialisation depuis deux décennies.

Les habitants de ce pays peuvent avoir un avenir meilleur. L'une des conditions est d'accepter que la France soit devenue une économie moyenne dans le monde d'aujourd'hui, plutôt que la fantasmer en puissance dominante sur fond de nostalgie. Cela passe par la réconciliation des citoyens et de l'élite politique.

Robin Rivaton semble vouloir œuvrer dans ce sens. Il a quitté ses fonctions de « plume » du patron d'ADP, Augustin de Romanet (qui signe la préface de l'ouvrage), pour rejoindre Valérie Pécresse, la nouvelle présidente (Les Républicains) de la riche région d'Ile-de-France, un excellent laboratoire pour qui veut affirmer des ambitions nationales.

(*) Robin Rivaton « Aux actes dirigeants ! », éditions Les Belles Lettres/Fayard, 232 pages, 14,90 euros.

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Commentaires
a écrit le 21/04/2016 à 14:57 :
"Une spectre hanterait la France depuis quelques années : une totale aversion aux réformes" : C'est plus simple que cela... Nous sommes dans des démocraties où seul règne le clientélisme.
Les réformes passent lorsqu'elles ne frappent pas une majorité d'électeurs. Les réformes d'ampleur ne passent pas car elles impacteraient les zacquis d'une majorité d'électeurs. Exemples :
- Une réforme des retraites où les jeunes travaillent plus longtemps et pour moins que les anciens, ça passe (on se trouve plein de justification pour être mieux logé).
- Une réforme où on arrêterait de doper une bulle immobilière : Ça ne passe pas (17% de la population locataire dans parc privé, une bonne partie d'aspirant héritier, c'est pas rentable)
- Une réforme où les jeunes sont embauché en CDD dans la fonction publique (non remplacement d'un fonctionnaire sur deux ~ baisse de budget) pendant que le gros de la masse salariale part pépère en retraite : Ça passe.
Pourquoi la loi du travail à du mal à passer? Le risque d'émeutes chez les stagiaires, CDD et apprentis? Ou l'attaque sur le CDI qui ne protège que les salariés de longue date pouvant coûter cher en indemnité de licenciement?

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